En football, sa première passion, sa couleur, c’est le jaune. Celui du Borussia Dortmund, qu’il supporte depuis de nombreuses années. En politique, son autre passion, il est dans le camp des noirs, la couleur affiliée à son parti: le PDC du Haut-Valais. Et il ne faut pas confondre. Outre-Raspille, les jaunes, ce sont les chrétiens-sociaux. Philipp Matthias Bregy, lui, est un conservateur. L’un des conseillers nationaux le plus à droite au sein du groupe du Centre. Cela n’a toutefois pas empêché l’avocat de Naters d’être porté, ce vendredi, à la tête de son groupe parlementaire, deux ans à peine après son arrivée sous la Coupole.

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Défenseur (poste qu’il occupe aussi lorsqu’il joue avec le FC Conseil national en raison de son manque de vivacité et de vitesse) des traditions, libéral en matière d’économie et fou de fédéralisme, Philipp Matthias Bregy, 42 ans, se dit avant tout démocrate. «Je sais mettre de côté mes opinions personnelles et accepter la décision de la majorité», assure-t-il.

Il en veut pour preuve le changement de nom de son parti. Réticent à l’origine, il se définit aujourd’hui comme un membre du Centre. Avec un C majuscule. Car, «Le Centre ce n’est pas toujours le centre du centre», appuie-t-il. Il préfère définir son groupe comme celui du consensus: «Nous cherchons toujours les meilleures solutions pour la Suisse et les alliances pour les réaliser.» Ce que sa conseillère fédérale, Viola Amherd, aime appeler «les bâtisseurs de ponts».

«En politique, c’est souvent le hasard qui décide pour vous»

Le lien entre les deux élus est étroit. Sa place à la Chambre basse, Philipp Matthias Bregy la doit à l’accession de sa collègue de parti au gouvernement fédéral, début 2019. Premier des viennent-ensuite, il quitte le Grand Conseil valaisan – et sa place de chef de groupe des PDC du Haut – pour l’échelon supérieur. «En politique, c’est souvent le hasard qui décide pour vous», sourit-il. Il sait que sa défaite contre l’UDC Franz Ruppen pour la présidence de Naters en 2016 fait partie des éléments qui l’ont amené à devenir l’un des hommes forts de son parti au niveau national. Tout comme le retrait d’Andrea Gmür, la cheffe du groupe, une année après sa prise de fonction.

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En remplaçant la sénatrice lucernoise, Philipp Matthias Bregy saisit l’occasion qui lui est présentée. «La politique, c’est comme le sport: s’il y a une opportunité, il ne faut pas la laisser passer», souligne-t-il. Quitte à échouer. «On apprend énormément dans la défaite et cela nous sert pour nos combats futurs», assure-t-il. Cette philosophie, il la tient de son éducation. «Dès mon plus jeune âge, mes parents m’ont inculqué l’importance du travail et la nécessité de se relever après un échec pour aller de l’avant. Ces valeurs me sont utiles dans la vie, mais aussi en politique.»

Un fils fan du Bayern Munich

Philipp Matthias Bregy essaie à son tour de transmettre ces qualités à son fils Maximilian, qui a 4 ans. Mais transmettre un héritage n’est pas toujours facile. A l’heure de choisir son premier maillot de foot, Maximilian a préféré le rouge du Bayern Munich, l’ennemi juré du club fétiche de son père. «C’est la première fois qu’il se différencie de moi par son choix. Cela veut dire qu’il a sa propre opinion», assure, fièrement, le Haut-Valaisan.

Et en politique, choisira-t-il le orange du PDC Haut-Valaisan, comme son papa, ou le bleu de son grand-oncle PLR, «parti trop tôt» l’année dernière? «Mon oncle a présidé les libéraux-radicaux de Naters alors que j’étais à la tête des PDC de la commune. Nous avions des partis différents, mais beaucoup d’idées communes», se souvient Philipp Matthias Bregy. Sa passion de la politique ne vient toutefois pas de son oncle, mais de sa maman, bien que cette dernière n’en ait jamais fait.

La passion de la politique naît en 1992

Alors qu’il est âgé de 14 ans, elle lui propose de l’accompagner à une assemblée du PDC de Naters, dans le cadre de la campagne pour les élections communales de 1992. «Lors de chaque élection, lorsque son stress est à son paroxysme, elle me répète que c’est sa plus grande erreur. Je lui réponds toujours qu’elle m’a ouvert une porte vers un monde que je ne connaissais pas et qui me plaît énormément», raconte Philipp Matthias Bregy.

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En reprenant les rênes du groupe du Centre au parlement, le Haut-Valaisan ajoute une nouvelle ligne à son CV politique. ll poursuit ainsi la lignée des Valaisans ayant pesé de tout leur poids sur la destinée de ce parti, que l’on appelait PDC avant sa fusion avec le PBD: l’ex-président Christophe Darbellay, l’ancien chef de groupe Jean-Michel Cina ou désormais Viola Amherd et Beat Rieder, l’un des conseillers aux Etats les plus influents. Très proche du sénateur du Lötschental – ils sont associés au sein de leur étude d’avocats de Brigue –, qui l’a pris sous son aile lors de son arrivée à Berne, Philipp Matthias Bregy assure qu’il saura s’en démarquer. Comme il a su se démarquer des nombreux autres Philipp Bregy de sa génération en utilisant son deuxième prénom.