Il est au centre des discussions. Président du groupe «Migration» du PLR, le conseiller national Philipp Müller est un des pères du document «Pour un contrôle plus pragmatique de l’immigration, en adéquation avec les besoins de la Suisse», présenté à la presse le 6 janvier. Le document, qui sera discuté ce samedi en assemblée des délégués à Zurich, a provoqué des gros remous internes.

Fait inhabituel, un comité s’est constitué en réaction à ces thèses. Il appelle à «corriger la ligne suivie et donner un accent plus digne aux propositions du PLR». Et sera à l’origine d’une bonne partie de la quarantaine d’amendements présentés samedi. Le conseiller national Claude Ruey en fait partie. Tout comme le sénateur Dick Marty, l’ancien chancelier de la Confédération François Couchepin ou le conseiller administratif genevois Pierre Maudet. Philipp Müller, 58 ans, l’homme qui dit tirer plus vite que son ombre et se compare volontiers à Lucky Luke, fait mine de ne pas y prêter une grande attention.

L’origine de la fronde menée par Claude Ruey? Le ton «très défensif» du document. «Il assimile globalement la population étrangère à une nuisance, sauf bien sûr lorsque celle-ci est hautement qualifiée et nous est utile économiquement. Cette vision n’est pas digne du parti qui a fait la Suisse, en la construisant sur des valeurs telles que l’ouverture ou la tolérance», souligne Pierre Maudet. La formulation de certaines phrases, telle celle qui affirme que «la Suisse est débordée par des flux perpétuels de migration», lui laisse par ailleurs un «goût amer».

«Confondre et mélanger la recherche de solutions au problème de la migration et à celui de la politique d’asile montre l’incompréhensible ignorance qui frappe les auteurs du document», ajoute François Couchepin. Il vient d’adresser une lettre au président du PLR, Fulvio Pelli.

Le ton du document incriminé est celui d’un parti qui, après avoir abandonné le terrain en matière de politique des étrangers à l’UDC, cherche à reprendre la main. «Mais si nous voulons gagner de nouveaux électeurs et convaincre ceux qui, lassés, ne votent plus, nous devons être une force de proposition, pas le paillasson de l’UDC», commente Pierre Maudet.

Certains chiffres, balancés en conférence de presse, semblent avoir été exagérés (LT du 08.01.2011). Et, selon nos informations, le comité directeur aurait, à la première lecture du document de Philipp Müller, procédé à quelques «réglages» au niveau du ton, en l’atténuant. Mais la traduction française aurait ensuite durci certains propos. Une nouvelle version a été préparée en prévision du congrès de samedi.

Comment réagit Philipp Müller à la fronde qu’il a provoquée? L’homme, féru de statistiques et connu pour être le père de l’initiative, rejetée par son propre parti, qui visait à limiter la population étrangère en Suisse à 18%, ne s’en inquiète guère. Ou plutôt: il a ses idées et les assume. Mais «très occupé», il n’accepte de répondre à nos questions que par e-mail. Et aurait préféré qu’on n’évoque plus son initiative controversée, rejetée en votation en 2000, trois ans avant son entrée au Conseil national.

Les propositions jugées par le comité frondeur comme «contraires à l’esprit libéral et tactiquement contre-productives»? «Le PLR veut rester un parti populaire. Cela implique que nous acceptions d’évoquer tous les thèmes qui préoccupent les gens et que nous proposions des solutions», rétorque-t-il. Avant de préciser que ses thèses «respectent les droits de l’homme».

Un des points controversés de ses thèses concerne le regroupement familial. Philipp Müller estime par exemple que les membres de la famille d’un réfugié reconnu doivent être traités comme les proches d’autres immigrés, s’ils n’ont eux-mêmes pas des motifs évidents de persécution à mettre en avant. Ce qui sous-entend notamment que les réfugiés ne pourront faire venir leur famille que s’ils ne dépendent pas de l’aide sociale. Il est l’auteur de plusieurs initiatives en ce sens, qui viennent d’être acceptées en commission parlementaire.

Le réfugié devra-t-il donc faire le choix entre persécution et famille? L’Argovien préfère dire qu’il faut se montrer plus strict «car le statut de réfugié ne permet pas, même en cas de faute de comportement grave, de retirer le permis de séjour». Fait-il du suivisme par rapport à l’UDC? «Insensé!», répond-t-il. «Nous prônons, depuis 2004 déjà, une nouvelle politique migratoire, plus dure.»

Au sein du PLR, l’homme, peu connu des Romands, est régulièrement qualifié de «crypto UDC» par les représentants de l’aile humaniste. «Le problème avec lui est qu’il plafonne à 18%», ironise un membre du parti. L’entrepreneur Philipp Müller est surtout un genre de «cheval fou», avec un fonctionnement assez autonome, que le parti n’arrive pas toujours à cadrer. Quelqu’un de très méticuleux qui, une fois une direction prise, ne dévie jamais de sa route – pas étonnant qu’il ait été champion d’Europe de course de voitures de tourisme en 1986.

Il se distingue par sa liberté de ton. «Il sait très bien quand il faut activer les médias et c’est parfois gênant», souligne-t-on à l’interne. C’est lui qui, par exemple, a été le promoteur de la «stratégie de l’argent propre». Elle avait aussi provoqué quelques remous à l’interne. Mais, déjà là, Philipp Müller avait Fulvio Pelli de son côté.

Son slogan sur son site internet? «Je suis un libéral, parce que dans la vie, réfléchir comme si l’on vivait dans un tunnel ne mène nulle part.»

C’est un peu un

cheval fou, autonome, que le parti

n’arrive pas toujours

à cadrer