Le PLR savoure une double victoire. En Argovie et à Zurich, Philipp Müller et Ruedi Noser ont chacun remporté dimanche un siège au Conseil des Etats. Ils ont devancé leurs adversaires UDC, PDC et écologiste. Globalement, à la Chambre des cantons, les résultats des seconds tours «s’inscrivent en droite ligne de l’élection au Conseil national du 18 octobre dernier, qui ont vu le PLR progresser en gagnant 3 sièges, commente le politologue Pascal Sciarini, professeur à l’Université de Genève. Mais, s’agissant de l’UDC, ils montrent l’incapacité de ce parti à confirmer aux Etats l’avance qui est la sienne au National».

C’est en Argovie que le suspens a été le plus intense. Philipp Müller, président du PLR et conseiller national, avait été mis en difficulté au premier tour; il affrontait au second tour un candidat UDC, Hansjörg Knecht, ainsi que la PDC Ruth Humbel. Les premiers résultats ont montré les deux hommes au coude à coude. Mais finalement, l’écart s’est creusé. L’honneur du président du PLR (63 ans) est sauf: Philipp Müller affiche une nette victoire. Il est élu avec 63 174 voix. Son principal adversaire, Hansjörg Knecht, échoue avec 53 824 suffrages. Ruth Humbel est nettement battue avec 35 909 voix. Philipp Müller représentera l’Argovie à la Chambre des cantons avec la socialiste Pascale Bruderer, élue au premier tour.

Le candidat UDC distancé

A Zurich, la victoire de Ruedi Noser (54 ans) ne faisait guère de doute. Avec 150 548 voix, il a battu le conseiller national écologiste Bastien Girod, dont le score est honorable, puisqu’il a engrangé 106 946 bulletins. En revanche, le candidat UDC obtient un résultat décevant: il est nettement distancé, n’obtenant que 74 758 suffrages.

Le libéral-radical succède à son collègue de parti Felix Gutzwiller qui s’est retiré après deux mandats. Il siégera à la Chambre des cantons avec le socialiste Daniel Jositsch, élu au premier tour. L’accession de Ruedi Noser à la Chambre des cantons libère une place au Conseil National; elle revient à Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’Union suisse des arts et métiers.

Résultats globaux

Ces derniers seconds tours passés, la composition globale des Chambres fédérales est désormais connue. A la Chambre des cantons, le Parti libéral-radical a consolidé sa progression. Par rapport aux élections de 2011, il a gagné deux sièges; il en détient 13, à égalité avec le PDC, qui est resté stable. De son côté, le PBD conserve un unique sénateur, tandis que les Vert’libéraux ne seront plus présents à la Chambre haute.

A gauche, le parti socialiste occupe 12 fauteuils (+1). Les Verts ne sont plus représentés que par le genevois Robert Cramer.

La surprise vient de l’UDC. Avec cinq sénateurs, auxquels s’ajoute l’indépendant Thomas Minder, le parti conservateur n’a pas progressé depuis 2011. «Il n’y a jamais eu un tel écart entre le pourcentage de sièges de l’UDC au Conseil national (32,5%) et son pourcentage de sièges au Conseil des Etats (10,8%)», commente Pascal Sciarini. Pour le politologue, «la droitisation» de l’UDC en est la cause. «Cela lui permet de mobiliser son électorat lors des élections à la proportionnelle. Mais ses positions radicales lui font perdre en capacité d’alliance et ne lui permettent pas de ratisser large dans les élections au système majoritaire. C’est le prix à payer pour un profil de droite dure», souligne le politologue.

Il note un parallèle avec les élections dans les parlements et les gouvernements cantonaux: «L’UDC progresse dans les Grands Conseils mais ne parvient pas à s’imposer de la même manière dans les Conseils d’État.»

Risques de blocage

S’agissant de la législature qui va s’ouvrir, Pascal Sciarini avance cette hypothèse: «Avec d’un côté un Conseil national marqué par une forte composante de la droite dure, relayée par un PLR fort, et de l’autre, un Conseil des Etats dont la majorité penche vers la droite modérée avec une forte composante de gauche, on va au devant de plus grandes difficultés pour faire passer les projets». «Il sera plus compliqué pour les deux Chambres de se mettre d’accord, il y aura plus de navettes, de conférences de conciliation et de risques de blocage», anticipe-t-il.

Les dossiers touchant l’ouverture internationale de la Suisse et les relations bilatérales avec l’Europe seront les plus concernés, de même que les thèmes de politique sociale, familiale ou énergétique.