Certains appelleront cela du toupet. D’autres du cran. Il a beau siéger depuis seulement un peu plus d’un trimestre au Conseil national, Philippe Nantermod s’apprête à reprendre la vice-présidence romande du PLR, seul en lice pour succéder à Isabelle Moret. «On m’a reproché d’aller trop vite. Mais j’ai juste dit clairement que la fonction m’intéressait. Je n’ai interdit à personne d’être candidat.»

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A 32 ans, Philippe Nantermod s’est déjà forgé une solide réputation dans le sérail politique suisse. On dit de lui beaucoup de choses: qu’il aurait pu rouler sur son prédécesseur Jean-René Germanier pour accéder au Conseil national, qu’il a les dents qui rayent le parquet, mais aussi qu’il est brillant, un pro de la communication, taillé pour être un élu influent.

Vérifications autour d’une fondue. D’entrée de jeu, le stylo s’affole. Philippe Nantermod, c’est un peu le Roger Nordmann (PS/VD) du PLR: intarissable, amoureux du débat, roi de la formule, il pratique la politique sur la base de solides convictions forgées en toute indépendance. L’avocat de Morgins gère sa propre étude à Sion. Mais, s’il a embrassé le droit, c’est pour faire de la politique, dit-il. «Pendant dix ans, j’ai tout construit pour arriver au Conseil national. J’ai désormais atteint mon but».

Le coup de la voisine

Pourtant, tout a débuté par hasard. Adolescent, il vit l’élection de Pascal Couchepin au Conseil fédéral comme un déclencheur. «Je connaissais très mal la politique suisse, mais j’avais des positions en totale adéquation avec les siennes». A cette époque-là, Philippe Nantermod est un vrai geek, qui voue un culte aux Etats-Unis, son modèle économique. A 17 ans, sa voisine, «tenancière d’un bar où je prenais mes cuites», l’emmène à une assemblée du Parti radical local. Sans comprendre tout à fait comment, il se retrouve élu au comité. Et tant pis pour la crise familiale provoquée par cette adhésion. «J’ai entendu au moins mille fois que mon grand-père, qui a été préfet PDC de Monthey, avait dû se retourner dans sa tombe».

Il n’y a rien de plus humaniste que les positions libérales. La réflexion libérale, c’est Benjamin Constant, Frédéric Bastiat.

Il assume totalement sa ligne politique. Il s’enflamme même pour elle. «Il n’y a rien de plus humaniste que les positions libérales. La réflexion libérale, c’est Benjamin Constant, Frédéric Bastiat. C’est le citoyen au centre, la protection du droit des individus face à l’oppression, la balance entre démocratie et libertés!»

L’élimination de Germanier

Dès 2007, Philippe Nantermod grimpe à bord du comité directeur des jeunes libéraux-radicaux suisse. Il est au front contre le droit de recours des associations écologistes et le prix unique du livre. En 2009, il entre au Grand conseil valaisan comme suppléant. Depuis sa majorité il se présente à toutes les élections au Conseil national. Ce qui a fini par payer en 2015. Même si, pour s’installer à Berne, il a dû écraser un monument du PLR Valais: Jean-René Germanier. «J’ai beaucoup de respect pour Jean-René. C’est vrai que c’est triste de le mettre dehors. Mais le but n’était pas de passer devant lui mais de décrocher deux sièges PLR au Conseil national.»

Le terrain et les valeurs

Le Valaisan veut désormais s’investir pleinement sur la scène nationale. D’où sa candidature à la vice-présidence du parti qu’il occupera en duo avec le Genevois Christian Lüscher. Deux fortes têtes. Pour quel partage des tâches? «Nous n’en avons pas vraiment parlé jusqu’ici. Nous aurons assez de travail sans devoir nous poser trop de questions.»

Le PLR doit à mon avis avoir une ligne claire, une raison d’exister, qui ne passe pas que par l’histoire.

Philippe Nantermod inscrit ses motivations sur deux tableaux. «J’adore le côté social des partis. Passer un dimanche électoral à Delémont ou Fribourg, c’est super-sympa.» Le deuxième est programmatique. «J’ai envie de participer à la discussion sur les valeurs du parti. Le PLR doit à mon avis avoir une ligne claire, une raison d’exister, qui ne passe pas que par l’histoire.» Ce travail de redéfinition a débuté sous l’ère Fulvio Pelli, estime Philippe Nantermod. Il s’agit de le poursuivre.

Combat médiatique

Lui-même se profile à Berne comme un ultralibéral. Il plaide dans le cas d’Uber, pour remplacer l’OTR2, l’ordonnance sur la durée du travail et du repos des conducteurs, par la législation ordinaire sur le travail. «On ne pourra jamais empêcher quelqu’un de monter dans la voiture d’un tiers et de lui donner dix francs pour un déplacement!» Il applique d’ailleurs sa vision à tous les secteurs, médias y compris. Même lorsqu’il s’agit de cracher dans la soupe qui l’a tant nourrie? «J’ai la même cohérence à l’égard de la RTS que de tous les secteurs économiques. Le consommateur doit avoir le droit de ne pas regarder un média qui lui déplaît et de ne pas le financer».

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Un peu poussé, il admet que le PLR pourrait encore se montrer plus libéral et progressiste sur les questions de société. «Oui, un virage doit être opéré.» Il a d’ailleurs adhéré, le premier sans doute, à la section Femmes du PLR qui a changé ses statuts en mars pour s’ouvrir aux hommes. Déjà dans son rôle futur de vice-président, le Valaisan s’empresse d’ajoute: «Mais nous avons plein de membres à l’avant-garde. Regardez notre combat pour l’imposition individuelle. C’est fondamental.» L’art du rebond, encore, lorsqu’on évoque l’impact des récentes prouesses oratoires du président PLR Johann Schneider-Ammann sur le parti. Une légère moue, une gorgée de vin blanc, et Philippe Nantermod lance la réplique en trois temps: «Il est assez sympa dans ses petits dérapages. Il n’a pas fait de faute grave non plus. Pas comme lorsque Eveline Widmer-Schlumpf a signé l’accord avec la France sur les successions.»

Et le Conseil fédéral?

L’élu sait être collégial. Mais il ne parvient pas à se départir de cette image de jeune loup aux dents longues qui rayent le plancher. «C’est vrai, j’ai beaucoup d’ambitions, je ne l’ai jamais caché. J’ai toujours dit où je voulais aller. Parfois ça marche, parfois pas. Mais je ne crois pas que cela soit un défaut.»

Et le Conseil fédéral? «Si dans cinq ans, il faut un valaisan PLR du district de Monthey pour le Conseil fédéral, je vais y réfléchir, bien entendu. Mais je me laisse aujourd’hui porter». Il rit. «Vous ne me croyez pas, n’est-ce pas?»