portrait

Philippe Schwab, l’homme de l’ombre

Le Biennois sera élu Secrétaire général de l’Assemblée fédérale. Un poste clé, mais peu connu

Intermédiaire, facilitateur, serviteur: Philippe Schwab ne manque pas de mots pour décrire le rôle des quelque 300 employés qui assurent chaque jour le fonctionnement du parlement, à Berne. Futur secrétaire général de l’Assemblée fédérale, le Biennois établi à Lausanne succédera, en 2013, à Christoph Lanz à la tête de cette cohorte de fonctionnaires réunie sous le nom de services du parlement. Le 12 décembre, il doit être élu par les deux Chambres, seules compétentes pour désigner leur chef d’orchestre. Il sera le premier Romand, depuis 1992, à accéder à ce poste méconnu.

Philippe Schwab est un homme du sérail. Après un passage au Département militaire fédéral, il achève un master à l’Institut de hautes études en administration publique, à Lausanne, qui le conduira tout droit aux services du parlement, en 1994. Secrétaire général adjoint de l’Assemblée fédérale, il assure le secrétariat du Conseil des Etats depuis 2008, quand Alain Berset en était le président. Mais, on a beau insister, il ne fera aucune confidence sur l’actuel conseiller fédéral.

Distant et intransigeant pour les uns, agréable et serviable pour d’autres, l’homme à la silhouette longiligne se compare à un concierge d’hôtel. Informé de tout, il agit en grand ordonnateur de l’ombre. Mieux le travail est fait, moins il se voit. Ses clients à lui, ce sont les 246 membres du parlement. Ses services organisent tout: sessions parlementaires, coordination entre le Conseil fédéral et les Chambres, sécurité du palais, voyages des députés à l’étranger. Sans eux, le pouvoir législatif serait en panne.

Rythme accéléré

Au fil des ans, Philippe Schwab a vu le rythme politique s’accélérer sous l’effet de pressions extérieures. «La population attend de plus en plus des élus qu’ils répondent rapidement aux problèmes. Lors de la crise économique, en 2008, le parlement a dû décider en urgence de recapitaliser UBS.» Lui qui connaît sur le bout des doigts la machine législative, a-t-il le pouvoir d’influencer le cours de la politique? Non, répond-il, «le rôle de secrétaire général est apolitique». C’était moins le cas dans les années 1970.

John Clerc, ancien secrétaire général adjoint de l’Assemblée fédérale et mémoire vivante du parlement, se rappelle d’un tandem entre le secrétaire général de l’Assemblée fédérale, Aloïs Pfister, et l’ancien chancelier de la Confédération Karl Huber, tous deux PDC. «Ils maîtrisaient l’art du calendrier pour faire en sorte que les objets de vote passent au moment opportun. Nous avions toujours l’impression qu’ils menaient la barque tous les deux.»

«Notre influence sur la politique est extrêmement faible», estime Philippe Schwab. Il en veut pour preuve son affiliation au Parti radical lausannois, presque inconnue à Berne. «Nous ne sommes pas là pour briller, ce sont les 246 parlementaires qui doivent pouvoir rayonner.»

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