En cette rentrée électorale, les villes de Suisse se profilent les unes après les autres en communiquant sur l’urgence climatique ou leur plan climat, à l’instar de la capitale vaudoise. Elles répondent aux revendications de la rue et mettent en avant les mesures qu’elles ont déjà entamées.

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Le Temps: La pression de la rue a poussé la municipalité de Lausanne à présenter un plan climat. A l’échelle d’une ville, cela fait-il sens?

Philippe Thalmann: Cela fait tout à fait sens. On a reporté ces cinquante dernières années la responsabilité d’agir sur d’autres. Aujourd’hui on a compris que c’est à l’employé de l’entreprise, à l’entreprise, à la commune, au canton, à nous tous qu’incombe la protection du climat. La ville de Lausanne a les moyens financiers pour agir, elle a également une composition politique rouge-verte qui aide, c’est donc souhaitable qu’elle prenne les devants sur son canton. Si Lausanne démontre que l’on peut ramasser les ordures sans émettre de CO2, ou que l’on peut faire passer tous les bâtiments scolaires à une haute performance énergétique, il sera difficile pour les autres communes de dire que ça coûte trop cher ou que c’est inutile. En plus, cela crée un marché pour des solutions d’avenir. Devenir une ville exemple, montrer la faisabilité, ça a des répercussions ensuite beaucoup plus larges.

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Lausanne ne le fait pas, mais d’autres villes ont déclaré l’urgence climatique. Qu’en pensez-vous?

Si l’on ne définit pas exactement ce qu’implique «l’urgence climatique», cela ne sert pas à grand-chose. Déclarer l’urgence climatique nécessite de changer les priorités; elle signifie que l’économie n’est plus systématiquement prioritaire. Cela doit être une révolution dans nos têtes. Lorsque Lausanne ajoute une chaudière à gaz à son réseau de chauffage à distance pour éviter, trois jours par année, que la température descende à 18 degrés dans les appartements, elle va dans le sens inverse. Actuellement la sécurité et le confort prévalent. Ainsi, jamais la moindre panne de courant ne vient gêner les habitants, la mobilité n’est pas non plus interrompue, on sécurise tout! L’urgence climatique change la donne et dénonce ces mesures qui coûtent cher aussi en énergie fossile. Je n’ai pas encore vu de villes vraiment le dire comme cela, il faut que la population soit prête.

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Comment faire pression sur les privés?

Ce que peut faire la ville est assez limité. Elle n’a pas le droit de renchérir l’essence sur son territoire, et si elle le faisait les gens iraient faire le plein à Pully ou à Renens. Elle peut donner l’exemple et sensibiliser, avec un message crédible: «Pour nous, c’est une priorité.» Elle pourrait aussi agir sur les marchés publics en ne contractant plus que des services chez des prestataires prêts à améliorer leur empreinte carbone. Elle peut aussi verser des subventions, comme elle l’a fait pour la mobilité électrique. Ce qu’il faut comprendre en Suisse, c’est que chaque fois que l’on a un débat sur des mesures qui pourraient augmenter les coûts pour les entreprises, on aura des réticences à mettre en péril notre tissu économique. C’est le problème de fond de toute la protection du climat. Dans quelle mesure accepte-t-on, pour préserver la planète, de sacrifier une certaine prospérité économique? Si l’on réfléchit sur le long terme, au contraire, dans cinquante ans la qualité de vie, protégée, en Suisse sera peut-être si bonne que les entreprises voudront y installer leurs employés.