A 32 ans, Tomaso milite depuis trois ans au sein du mouvement Attac-Neuchâtel. Ce jeune laborantin en biologie et chimie fait partie des 39 manifestants anti-G8 qui ont vu leurs photos publiées sur le site de la police genevoise. Pourtant, en se remémorant les manifestations qui s'étaient déroulées dans les rues de Genève à l'occasion du sommet d'Evian, Tomaso dit avoir en effet vu «des scènes de violence et de pillage», mais assure ne pas avoir «participé à de tels débordements». Ainsi, selon lui, la police agit en «véritable entreprise de criminalisation du mouvement altermondialiste». Tomaso devait se présenter ce matin à 10 heures à l'hôtel de police pour être entendu par le responsable du «Groupe enquêtes G8». L'avocat de Tomaso, Me Jean-Michel Dolivo, estime que «la procédure d'identification de la police genevoise est choquante et scandaleuse».

«Casseurs avérés», «individus formellement mis en cause» et surtout «criminels impunis», voici les expressions que la police a choisi de faire figurer dans le communiqué annonçant la publication des photos en cause sur Internet. Carine Papp, attachée de presse de la police cantonale genevoise, reconnaît que «le terme de criminels est malheureux et sera donc retiré du site». Selon le droit codifié effectivement, «toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité soit établie» (article 5 du nouveau code de procédure pénale). Toutefois, Carine Papp maintient que les personnes mises en cause «sont des casseurs avérés contre lesquels nous avons des preuves tangibles». S'agissant de la mise en circulation des photographies sur Internet, la porte-parole affirme que «c'est un moyen d'enquête qui nous a été accordé par le juge d'instruction. Nous le cautionnons car il porte ses fruits».

Plainte envisagée

En tout état de cause, Me Jean-Michel Dolivo envisage le dépôt d'une plainte pénale à l'encontre de la police genevoise pour diffamation, voire calomnie. Une action civile sera également engagée au titre du préjudice moral subi par le militant d'Attac, qui reconnaît que «la situation est émotionnellement insoutenable pour lui et ses proches».

Au sein d'Attac, plusieurs voix s'élèvent pour appeler à la démission de Micheline Spoerri, patronne du Département de justice, police et sécurité. Selon eux, la Conseillère d'Etat «dépasse l'incompétence et porte de lourdes responsabilités dans cette affaire». Ils sollicitent également «le retrait des listes et des photographies contenues dans le site de la police et la création d'une commission d'enquête, indépendante des pouvoirs politiques, afin de réaliser un audit des services de police».