Des vendeurs l’ont remarqué en peinant à la faire glisser dans un range-pièces. D’autres en s’échinant à l’enfoncer dans la fente d’un automate. Ils n’ont pas la berlue: la pièce de 5 francs frappée en 2012 qu’ils tenaient entre leurs doigts a bien un défaut de fabrication. Elle est trop épaisse.

Contactée par Le Temps, la Banque nationale suisse (BNS) le confirme du bout des lèvres. «La BNS a connaissance du fait que dans la production de l’année 2012, des pièces de 5 francs étaient quelque peu plus épaisses que dans les années antérieures. Les dimensions sont, cependant, tout de même dans les limites de tolérance selon les spécifications de Swissmint», commente la porte-parole Silvia Oppliger, avant de renvoyer à Swissmint. Swissmint est l’entreprise publique qui s’occupe de la frappe de la monnaie suisse. Elle dépend du Département fédéral des finances et travaille en étroite collaboration avec la BNS.

Sur un «nombre limité» de pièces - il n’en dira pas plus –, «le listel [petit rebord] est légèrement plus haut», admet à son tour Hanspeter Koch, de l’unité numismatique de Swissmint. Les défauts de frappe sont rares, ajoute-t-il: «En 1931 et en 1967, il y a eu des confusions concernant l’ordre des segments de l’inscription sur la tranche. Il peut aussi y avoir des fissures du coin de frappe qui provoquent un défaut sur la pièce. Et parfois, les positions de l’avers et du revers peuvent être décalées. Les erreurs de matériaux sont encore plus rares.»

«Pas de valeur supérieure»

Une pièce de 5 francs standard, en cuivre et nickel, a un diamètre de 31,45 millimètres, un poids de 13,20 grammes et une épaisseur de 2,35 millimètres, avec l’inscription Dominus providebit et treize étoiles sur la tranche. Les pièces avec un listel plus haut pourraient-elles prendre de la valeur? La valeur d’une pièce est intimement liée à sa rareté, rappelle le site numismate.ch. Une pièce de 2 francs datant de 1992, avec une imperfection dissimulant l’un des 9, peut par exemple atteindre une valeur de 50 à 250 francs, selon les spécialistes. Mais Hanspeter Koch est catégorique: «Il n’y a pas de défaut de frappe dans le cas évoqué. Il n’y a aucune raison pour que ces pièces aient une valeur supérieure.»

La révélation de ces problèmes intervient alors que la BNS doit faire face à des retards concernant l’émission de nouveaux billets de banque. Prévus pour fin 2012, ils ne verront pas le jour avant 2015. Le recours à des technologies nouvelles, la combinaison d’éléments de sécurité encore jamais utilisés, et un retard à cause de «problèmes techniques survenus dans la phase précoce de la production industrielle» sont invoqués pour expliquer le repor t.