L'attention portée aux vestiges archéologiques en Valais est inversement proportionnelle à la flambée des constructions immobilières. C'est ce que regrettent les membres de l'Association valaisanne d'archéologie (AVA), qui ont vécu une année 2007 des plus mouvementées. Pétition, interpellation au parlement et autres amendements: devant le manque de moyens alloués aux fouilles et à la recherche, ils ont multiplié les appels à l'aide.

«Partout où l'on creuse, on trouve...»

Alors que les promotions immobilières se succèdent à un rythme effréné dans les «zones archéologiques», les chances de découvrir des vestiges d'importance majeure dans la plaine du Rhône croissent à la même cadence. «A Sion, partout où l'on creuse, on trouve quelque chose», résume simplement Claire Epiney, membre de l'AVA et par ailleurs collaboratrice du bureau d'investigations archéologiques ARIA. Or, les fouilles archéologiques en terres valaisannes doivent être menées dans la précipitation et très superficiellement, faute de moyens.

Vestiges du néolithique sous les pelles mécaniques

Exemple: sur un récent chantier, au Ritz, dans le quartier nord de la ville de Sion, des fouilles ont permis de mettre au jour une habitation incendiée du néolithique, de loin la plus belle et la plus complète jamais découverte en Valais. Mais le temps et les moyens à disposition ont permis d'inspecter à peine un quart du secteur. «S'il y avait d'autres habitations du néolithique à proximité, et c'est fort probable, elles sont parties dans les godets des pelles mécaniques», déplore François Mariéthoz, secrétaire de l'AVA, qui essaie de plaider sa cause par l'humour: «On a, comme qui dirait, juste de quoi sauver les meubles.»

Le parlement a refusé 600000 francs

Récemment, le parlement a refusé un crédit supplémentaire de 600000 francs, destiné aux fouilles d'urgence, précisément, pour lesquelles le financement fait défaut depuis des années de manière récurrente. Si la députée suppléante Virginie Crettenand, coauteur de l'amendement en question, a bien fait du lobbysme dans les couloirs du Grand Conseil et manqué de peu son geste d'assistance (63 non contre 55 oui), elle partage la frustration des archéologues: «Je crois que les parlementaires, comme la population, n'ont pas complètement pris conscience de la richesse archéologique que recèle notre canton. C'est un atout culturel, économique et touristique incontestable.» Le conseiller d'Etat Jean-Jacques Rey-Bellet avait lui-même plaidé d'une voix vive devant le Grand Conseil pour obtenir cette précieuse manne supplémentaire. Lui qui, au printemps déjà, s'était retrouvé contraint de demander une rallonge au parlement pour mener à terme les fouilles d'urgence.

D'un point de vue législatif, les préoccupations de l'AVA s'inscrivent dans le contexte d'une «Convention européenne pour la protection du patrimoine archéologique», également ratifiée par la Suisse. Et, en Valais, certains comprennent mal que l'on ne mette pas plus d'ardeur à faire respecter la loi sur la protection de la nature, du paysage et des sites. «Entre la position légale et la réalité du terrain, il y a un gouffre», constatent, amers, Claire Epiney et François Mariéthoz, qui déplorent davantage encore le manque de moyens disponibles pour la recherche et les publications, complément indispensable au travail d'investigation à proprement parler. «Une fouille dont on n'étudie pas de plus près les découvertes n'est pas vraiment profitable d'un point de vue scientifique.»

Et les deux chercheurs de s'interroger sur leur sort: «Notre travail de terrain a-t-il encore du sens dans ces conditions? Ce que les gens ne réalisent pas, c'est que, sous leur maison ou dans la friche industrielle d'à côté, il y a peut-être des vestiges d'une immense valeur. Chaque année, il y a des milliers de mètres carrés de vestiges qui disparaissent. Il y a urgence.»

Le Musée d'archéologie va disparaître

Si l'archéologie valaisanne se sent particulièrement dévalorisée, c'est également qu'elle a l'angoisse de son avenir. Celui-ci passe par la mise en valeur des collections archéologiques qui paraît, elle aussi, compromise. Dans le cadre de la restructuration des Musées cantonaux, le Musée d'archéologie (la Grange à l'Evêque à Sion, ndlr) est en effet appelé à disparaître et deviendra un département du futur Musée d'histoire du Valais. Accordera-t-on à l'archéologie la place qu'elle mérite? Rien n'est moins sûr, estiment les membres de l'AVA, qui ont remis une pétition au conseiller d'Etat Claude Roch en fin d'année, munie de 7000 signatures et intitulée «Pour une présentation des collections archéologiques valaisannes en accord avec leur valeur patrimoniale».

Parmi ces vestiges d'importance, on cite souvent les fameuses stèles gravées du Petit-Chasseur, datant du néolithique. Il y a plus de 4000 ans, ces stèles se dressaient devant les tombes collectives d'une grande nécropole. Elles témoignent d'un art et d'un rituel funéraire exceptionnels qu'un travail de recherche intensif, sous la conduite du Professeur Alain Gallay, de l'Université de Genève, avait permis d'interpréter. Ces stèles sont aujourd'hui une des plus grandes fiertés patrimoniales du canton.

«Meilleure visibilité des collections»

En réponse au flou qui règne autour de la restructuration des musées, et de la stratégie muséographique prévue pour les collections archéologiques, la directrice des Musées cantonaux, Marie-Claude Morand, répond aujourd'hui par une lettre ouverte aux visiteurs de l'actuel Musée d'archéologie. On y apprend que «la salle des stèles restera ouverte aux visiteurs tant qu'une meilleure exposition publique de cet ensemble mondialement connu n'aura pas été achevée». Pour la directrice, l'intégration du Musée d'archéologie au nouveau Musée d'histoire du Valais «permettra une meilleure visibilité des collections, une meilleure présentation didactique, et un meilleur encadrement scientifique et technique». Alors que le budget de la culture a quadruplé en vingt ans, les crédits alloués aux fouilles archéologiques, eux, continuent de fondre.