Plus rien ne se dresse entre Pierre Bayenet et les urnes. Après quelques jours de flou juridique autour de sa candidature au Conseil administratif de la ville de Genève, qui aura bloqué la publication officielle des listes définitives, celle-ci a été validée. Elle avait été dénoncée par plusieurs lettres adressées à la Chancellerie, remettant en cause sa domiciliation en ville, alors qu’il est propriétaire dans la commune de Bardonnex, où sa famille réside toujours. L’avocat, qui roule aux couleurs d’Ensemble à gauche, a en effet déménagé en décembre seulement.

Le critère de durabilité du domicile n’a pas été déterminant aux yeux de l’administration. Le fait que sa famille ne vive pas en ville, non plus. Le canton, s’il ne commente pas les cas particuliers, fait savoir que les vérifications ont été faites via l’Office cantonal de la population et des migrations (OCPM), notamment par le biais d’une visite sur place et en respectant le droit à être entendu.

«Un petit air de République bananière»

Pour le Parti du travail (PdT), en bisbille avec SolidaritéS – les deux mouvements se disputant, entre autres, le nom de la coalition Ensemble à gauche et n’ayant pas réussi à faire une liste commune –, cette décision est incompréhensible. La question du recours n’est pas exclue par la formation, qui en discutera lundi soir lors de son comité directeur. Maria Perez, auteure d’une des lettres et candidate elle aussi au Conseil administratif, renonce à faire recours mais n’en dénonce pas moins: «L’OCPM n’a pas été chercher midi à quatorze heures. C’est donc un parachutage assumé. D’un point de vue de confiance envers les institutions, il y a quand même un petit air de République bananière. Au moins, les électeurs voteront en connaissance de cause.»

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L’avocat spécialiste du droit administratif Romain Jordan, s’il n’est pas étonné par cette décision, arrive cependant à une conclusion similaire: «Juridiquement, on pourrait se demander si l’on n’est pas en présence d’une fraude à loi sur les droits politiques, puisque cet établissement en ville semble tardif et circonstanciel à certains égards. Cette conclusion ne s’impose toutefois pas d’emblée. Dans le domaine des droits politiques, c’est en général au souverain qu’il appartient de trancher en cas de doute, et non à l’administration voire au juge; leur calendrier procédural se concilie au reste mal avec la dynamique électorale.»

Avocat lui aussi, mais également président du PLR Ville de Genève, Vincent Latapie voit évidemment les choses autrement, lui dont le parti aurait tout intérêt à ce que les querelles d’Ensemble à gauche s’enveniment: «J’ai tendance à dire que son domicile de Bardonnex, domicile où il vit avec son épouse et ses enfants constitue encore et toujours le centre de ses intérêts. Ce point est au cœur de la loi sur l’exercice des droits politiques. Je trouve pour le moins désinvolte et peu respectueux des citoyens de la ville de Genève de se parachuter ainsi la veille d’une élection pour y participer.» La balle est désormais dans leur camp.