Ses problèmes cardiaques forcent le conseiller d'Etat vaudois Pierre Chiffelle à arrêter de travailler. Dès ce lundi, le politicien socialiste est en congé maladie, pour une durée de «quelques semaines», le temps de se refaire une santé. Pas d'hospitalisation, ni même d'intervention médicalisée importante, indique son porte-parole, mais une coupure complète, du sport, une alimentation saine, indispensables à une remise en forme qu'on espère complète d'ici à la fin de l'été.

Après examens, l'origine cardiaque du malaise que Pierre Chiffelle avait connu en mars, en pleine crise de la Fareas, s'est confirmée. Des symptômes persistants ont du reste suivi. Le chef du Département des institutions et des relations extérieures (DIRE) souffre d'une arythmnie cardiaque (battements irréguliers), qui provoque un état de fatigue. Il s'agit de fibrillation auriculaire paroxystique, précise un communiqué officiel, qui concerne donc les oreillettes et que l'on distingue de la fibrillation ventriculaire. Il y a quatre ans, Pierre Chiffelle avait été victime d'un infarctus. Les malaises sont à prendre avec le plus grand sérieux, comme autant de signaux d'alarme, a fait valoir le cardiologue du conseiller d'Etat.

Affaiblissement politique

«L'idée d'un allégement de la charge n'a pas été envisagée et, personnellement, je la déconseillerais, note Jacqueline Maurer, présidente du gouvernement cantonal. Seule une vraie coupure permet d'oublier le stress.» Jacqueline Maurer sait de quoi elle parle. En 2000, la ministre de l'Economie avait pris un congé forcé de six semaines, après avoir frôlé la rupture d'anévrisme. Depuis lors, la conseillère d'Etat radicale a également été opérée des hanches, mais elle assure que sa santé est aujourd'hui entièrement rétablie.

Pierre Chiffelle et Jacqueline Maurer ne sont pas les seuls ministres vaudois à avoir connu de sérieux ennuis de santé ces dernières années. A la fin des années 1990, le radical Jacques Martin avait été durablement absent. Plus récemment, l'écologiste Philippe Biéler a démissionné en déclarant qu'il était «au bout du rouleau». Durant son mandat, il avait déjà fait une cure de repos, revendiquant la nécessité pour les magistrats d'écouter leur corps et de rappeler leur humaine condition. Ces divers épisodes font apparaître le pouvoir vaudois, qui s'exerce dans les tensions et les frustrations d'un tunnel financier interminable, comme particulièrement usant.

Mais, pour Pierre Chiffelle, les problèmes de santé surviennent d'autant plus mal que le politicien est également affaibli, deux ans après son élection, sur le plan politique. Contrairement à sa collègue Anne-Catherine Lyon, qui a su gagner rapidement la confiance de son département et vient de remporter un succès notable en mettant fin à la guerre des notes, Pierre Chiffelle n'a pas convaincu de son étoffe d'homme d'Etat, tout en ayant déçu, pour avoir proclamé la fin de l'exception vaudoise dans le domaine de l'asile, une partie de son électorat.

Suppléance par l'UDC

La démission n'est pas à l'ordre du jour, assurent en chœur le porte-parole de Pierre Chiffelle, la présidente du gouvernement vaudois et la secrétaire du Parti socialiste vaudois (PSV). De tous côtés, on espère que ces quelques semaines de congé maladie, prolongées au besoin par de vraies vacances, remettront le conseiller d'Etat sur pied dans le courant de l'été. Le contraire mettrait le PSV dans l'embarras, même si Pierre Chiffelle ne s'est pas non plus révélé comme le tribun populaire qu'il aurait pu être. A trois ans des prochaines élections générales, avec un Pierre-Yves Maillard qui a opté pour le Conseil national et la vice-présidence des socialistes suisses, le parti cantonal ne dispose pas d'un conseiller d'Etat de rechange tout prêt.

Pour l'heure, par le jeu des suppléances, c'est l'UDC Jean-Claude Mermoud qui reprend les dossiers de Pierre Chiffelle: la mise en œuvre de la Constitution, avec son calendrier très serré, la nouvelle péréquation intercommunale, les réfugiés. Il y a quelque temps, l'idée de confier la politique d'asile à Jean-Claude Mermoud avait surgi, pour faciliter son alignement sur la politique fédérale et son nouveau chef, Christoph Blocher. Rapidement écartée à l'époque, cette option est maintenant réalisée, provisoirement du moins, par les problèmes de cœur de Pierre Chiffelle.