«Www.affaireethenoz.ch», tout simplement. C'est l'adresse Internet du site que vient d'ouvrir l'ancien contrôleur des finances, Pierre Ethenoz, en vue du procès qui l'opposera à l'Etat de Vaud à la suite de son limogeage. Des tractations en vue d'un arrangement à l'amiable ayant échoué, l'ex-haut fonctionnaire a décidé de tout déballer, en exposant au public les arguments avec lesquels il entend défendre ses droits devant le Tribunal des prud'hommes. Aucun réengagement n'étant envisageable, ces droits ont notamment une portée financière: Pierre Ethenoz réclame à son ancien patron plus d'un demi-million de francs.

Les premiers documents disponibles sur le site de Pierre Ethenoz – d'autres sont annoncés – sont les déterminations de son avocat, Me Eric Stauffacher, contre la procédure d'avertissement et contre la décision de licenciement pour justes motifs, avec effet immédiat et sans indemnité, dont il a fait l'objet. L'ancien chef du Contrôle cantonal des finances (CCF) conteste la totalité des reproches qui lui sont adressés. Selon lui, l'affaire du service social lausannois explique à elle seule pourquoi ses relations avec le Conseil d'Etat se sont «infectées» et pourquoi il devenait «de plus en plus encombrant, principalement pour Pascal Broulis», le chef du Département des finances.

Pascal Broulis chargé

Le site Internet n'apporte pas d'élément vraiment nouveau sur une affaire déjà largement médiatisée jusque dans ses détails. Mais la lecture de cette version des faits est très peu flatteuse pour le conseiller d'Etat Broulis. Celui-ci y apparaît comme un homme emporté, faisant la chasse, pour empêcher les fuites, aux copies d'un rapport intégral du Service de justice dont le Conseil d'Etat avait supprimé un passage, et qui aurait déclaré vouloir défendre la municipalité de Lausanne «comme si c'était sa propre famille». Il est également reproché au patron des Finances d'avoir ravivé et instrumentalisé, à charge contre Pierre Ethenoz, une vieille querelle entre celui-ci et le chef du service du personnel, Frédéric Daler. Ce dernier se retrouve à son tour très exposé, en raison de la lumière que l'affaire Ethenoz a jetée sur le fonctionnement de son propre service.

«Pierre Ethenoz fait un procès public, c'est son droit», relève le président du gouvernement vaudois, Jean-Claude Mermoud. L'exécutif pourrait difficilement s'indigner: il avait été le premier à publier sur Internet les déterminations qui l'ont amené à congédier Pierre Ethenoz. «Nous expliquerons notre version des faits à la justice, mais je répète que c'est avec la personne de Pierre Ethenoz que le Conseil d'Etat avait un problème et nullement avec son travail», précise Jean-Claude Mermoud.

Conscient que sa position juridique risquait d'être faible si Pierre Ethenoz contestait les justes motifs devant le tribunal, le Conseil d'Etat avait chiffré au préalable l'indemnité qu'il pourrait être amené à verser à l'ancien contrôleur: 400 000 francs au maximum selon son calcul. Pierre Ethenoz arrive, lui, à un autre total. Le haut fonctionnaire, qui touchait un salaire annuel de 220 000 francs, réclame le reste de son salaire de mai dernier et 27 mois de salaire en indemnités: 6 mois comme délai ordinaire de résiliation, 9 mois comme indemnité de départ des chefs de service, 6 mois pour licenciement ordinaire injustifié et 6 mois pour licenciement immédiat sans justes motifs. A cela vient s'ajouter une indemnité pour tort moral de 20 000 francs Total: 523 519 francs.