Deux ans après le virulent conflit qui les a opposés, le gouvernement vaudois et son ex-contrôleur des finances Pierre Ethenoz se battent actuellement côte à côte. Reconverti en directeur d'EMS, l'ancien haut fonctionnaire réapparaît publiquement pour défendre la loi sur les établissements médico-sociaux (LEMS). Attaquée sur divers fronts par référendum, cette loi est soumise au vote populaire le 17 avril.

Dans cette affaire, non seulement Pierre Ethenoz se rapproche de l'Etat. Mais il s'oppose aux milieux libéraux et patronaux qui l'avaient le plus soutenu à l'époque de son limogeage. «Je me suis inscrit spontanément dans le comité de soutien à la loi sur les EMS, car celle-ci est juste», souligne Pierre Ethenoz. Son rabibochage avec le gouvernement est lié à ce dossier particulier, précise-t-il. La preuve: il est opposé aux quatre hausses d'impôt sur lesquelles les Vaudois voteront le même jour et ne se gênera pas de faire connaître son opinion.

«La LEMS est cohérente avec les recommandations faites par le Contrôle cantonal des finances (CCF)», explique Pierre Ethenoz. Dirigée par lui, une retentissante enquête dans les maisons de retraite avait déclenché une commission d'enquête parlementaire et débouché sur une nouvelle loi. Celle-ci renforce le contrôle sur les EMS, donne au Conseil d'Etat la compétence de fixer les salaires des directeurs.

La nouvelle loi stipule que les EMS ne pourront plus avoir de but lucratif, mais les propriétaires concernés auront tout de même dix ans pour s'adapter. «Dans les EMS, il est juste que le bénéfice revienne au but et non à l'exploitant lui-même», note l'ancien patron du CCF. Il ne craint pas que ces restrictions découragent les investisseurs, alors que le besoin de construire est grand. «Le modèle est calqué sur celui du logement subventionné, il offre un cadre sûr avec des garanties de rénovation et de rendement.»

Pierre Ethenoz écarte sans hésitation l'objection qui risque de faire le plus de tort au projet de loi: le report sur les résidents, sous forme d'un loyer, des frais d'investissement. Le prix de l'hébergement augmentera ainsi en moyenne de 900 francs par mois. «Beaucoup de cantons procèdent de même. Les seuls lésés seront les héritiers des 15% de pensionnaires qui ont les moyens de payer une facture plus importante. Les autres 85% sont de toute manière couverts par les régimes sociaux.» Dans le système en vigueur, l'Etat verse une contribution «arrosoir» à l'investissement, qui se répercute à la baisse sur le prix de pension pour tous les résidents, quel que soit leur niveau de revenu.

Mais Pierre Ethenoz se bat aussi parce que l'établissement qu'il dirige depuis un an, La Paix du Soir, au Mont-sur-Lausanne, est directement concerné. Cette maison, où vivent aujourd'hui une cinquantaine de résidents, a un très gros projet: un nouveau bâtiment offrant 84 lits de psychogériatrie – près du quart du besoin recensé dans le canton –, soit un investissement de 25 millions de francs. «Si la LEMS passe, nous pourrons démarrer directement, la loi accordant automatiquement la garantie d'emprunt. Dans le cas contraire, il faudra passer devant le Grand Conseil, ce qui entraînera un an de retard.»

La bataille en vue de la votation du 17 avril s'annonce difficile. Cette loi est de celles qui succombent aux coups portés par des oppositions contraires. A droite, il y a l'association des EMS «privés» et le Parti libéral, qui défendent le droit de faire du bénéfice en dirigeant des EMS. Il y a aussi l'association de résidents Residems et l'Association des vieillards, invalides, veuves et orphelins (AVIVO), qui combattent toutes deux l'introduction du loyer. Enfin, il y a le Parti socialiste, qui envoie des signaux contradictoires mais que l'on compte parmi les opposants. Le conseiller d'Etat Pierre-Yves Maillard s'est engagé pour défendre la loi, avec son prédécesseur libéral Charles-Louis Rochat, mais le comité cantonal du PSV a pris position très largement contre. Vu la conjonction d'oppositions contraires, vu que l'opinion amalgame la loi avec la coupe effectuée dans les subventions du budget 2005, les socialistes ne donnent pas cher de cette loi. Dès lors, ils aiment mieux être du côté des gagnants le 17 avril.