Même s'il n'a que 44 ans, Pierre Kohler est un roublard de la politique. Il s'est efforcé de cacher sa légitime fierté, de ne pas crier victoire et ne pas enfoncer le clou dans la plaie béante qu'il a creusée dans la majorité de gauche de Delémont. Il s'est présenté en «rassembleur», à la radio RFJ, juste après avoir pris connaissance des résultats du premier tour de l'élection à la mairie de la capitale jurassienne.

L'ex-ministre et conseiller national PDC vire nettement en tête, avec 1739 voix et 43% des suffrages, laissant le maire PS sortant, Gilles Froidevaux, à 625 voix (avec seulement 27,56% des suffrages). Une gifle pour Gilles Froidevaux, qui se trouve en ballottage défavorable avant le second tour du 21 décembre. La mairie de Delémont risque, après cinquante-six ans d'hégémonie socialiste, de passer à droite.

Pourtant, les jeux ne sont pas faits. Pierre Kohler a focalisé le vote protestataire, Gilles Froidevaux subit un indiscutable vote-sanction. Le 21 décembre, il s'agira d'élire le président de la Ville. Certains fonctionnaires ont exprimé leur mécontentement envers le maire sortant dimanche. Pas sûr qu'ils confirment ce vote le 21 décembre, pouvant craindre une dégradation plus importante de leur situation en cas d'élection de Pierre Kohler. Il n'empêche, celui qui fut le trublion de la politique jurassienne a parfaitement réussi son retour. Il se trouve en situation idéale pour faire tomber un bastion socialiste. Car la gauche, jusqu'ici majoritaire à Delémont, n'obtient que 46,7% des suffrages (y compris les voix chrétiennes-sociales). A peine plus que Pierre Kohler, seul, qui pourra compter sur le report des suffrages radicaux (6,3%). La campagne s'annonce chaude d'ici au 21 décembre. Gilles Froidevaux entend «se battre», tandis que Pierre Kohler s'appliquera à entretenir le souffle qui lui est favorable.

Suspense aussi à Porrentruy

Les socialistes ont vécu un sombre dimanche dans le Jura. Ils ont certes conservé les mairies de Saignelégier et du Noirmont, mais ont perdu celles de Courrendlin et de Fontenais, sont en ballottage défavorable à Delémont et devraient être éliminés de la course à Porrentruy.

Challenger en 2004, François Laville ne termine que troisième, loin derrière le maire sortant, le PDC Gérard Guenat, qui recueille 32% des suffrages. Et derrière le chrétien-social Thomas Schaffter, qui arrache la deuxième place avec 33 voix d'avance sur le socialiste. Le radical François Valley termine loin derrière, avec un petit 17,7% des suffrages.

Même si François Laville entretient le suspense sur sa candidature pour le second tour, les joutes du 21 décembre devraient confronter le PDC Gérard Guenat au PCSI Thomas Schaffter. L'addition des voix bourgeoises (PDC-PLR) est pratiquement égale à celles du changement (PCSI-PS): 1422 contre 1435. Les quelque 300 électeurs du quartier de Lorette, coalisés pour exiger un passage sous voie de la gare à leur rue, seront les arbitres du duel. Ils pourraient alors apporter un appui décisif à Thomas Schaffter.

Dans le Jura bernois, l'UDC Antoine Bernasconi est réélu à Malleray. A La Neuveville, il faudra un second tour pour élire le maire. Le radical Roland Matti est en tête, devant François Christen, de Forum. Si le PS soutient le challenger François Christen, la présidence radicale est en péril.