«C’est le plus beau de mes mandats, j’y travaille davantage que quand j’étais ministre.» Pierre Kohler rayonne, onze mois après son accession à la mairie de Delémont. L’ex-ministre PDC, 45 ans, élu en 1993 au gouvernement jurassien contre l’avis de son parti, qui en a démissionné avec fracas en 2002 après avoir multiplié les esclandres, qui a ensuite fait un passage éclair au Conseil national entre 2003 et 2007, paraît avoir fait son nid à la mairie de sa ville. Qu’il a subtilisée aux socialistes qui y régnaient depuis 56 ans, à la surprise générale.

Il y a une année, Pierre Kohler ne semblait intéressé que par le «bon coup politique» consistant à renverser le maire PS en place, Gilles Froidevaux. Or, une fois élu, il s’est pris au jeu. Il apparaît métamorphosé. Certes, il reste le «bon type rigolard» qui tape sur l’épaule de ses administrés, mais il est devenu une «marque de fabrique du dynamisme». En une petite année, Pierre Kohler a imprimé sa patte. Il a bousculé les habitudes. Son discours est bien perçu par la population: dimanche dernier, il a fait accepter par près de 80% des votants un projet de soutien à la patinoire locale, projet qui avait échoué un an auparavant.

Beaucoup investir

La méthode Pierre Kohler consiste à «beaucoup investir pour rendre Delémont attractive, tout en réalisant des économies de fonctionnement». Il est ainsi parvenu à réduire le salaire des fonctionnaires de 1,8%, alors que les autorités de la ville restent majoritairement à gauche.

De trublion de la politique jurassienne, Pierre Kohler est devenu un puits de projets. «Un par jour», dit un haut fonctionnaire, qui salue son esprit d’initiative. «Et ce n’est que le dixième de ce que je pense», renchérit le maire, qui paraît avoir délaissé ses caractéristiques d’opportuniste, égocentrique ou imprévisible. Il s’affiche désormais comme chef de file collégial et solidaire d’autorités delémontaines auxquelles il insuffle ses envies. «Je suis vraiment à l’aise dans cette fonction de maire, où on peut agir très concrètement, dit-il. Quand je m’en irai, en principe après deux mandats, je veux avoir participé au développement de la ville, qui devra avoir augmenté sa population de 10%. Il est nécessaire de foncer et d’entreprendre, sans quoi on est cuit.»

Le volontarisme de Pierre Kohler suscite l’intérêt d’investisseurs extérieurs au Jura. Disposant d’un carnet d’adresses bien rempli, le maire n’a semble-t-il qu’à les interpeller pour les faire venir à Delémont. N’a-t-il pas convaincu les Services industriels de Genève d’injecter 100 millions dans la construction d’un parc de quinze éoliennes?