Elu deuxième candidat radical pour l'élection au Conseil d'Etat lors de l'assemblée des délégués de son parti jeudi dernier, Pierre Kunz fait un retour remarqué sur le devant de la scène politique. Député de 1993 à 1997, il fut réélu cette même année, mais renonça à son mandat au soir des élections qui donnaient la gauche gagnante. Aujourd'hui directeur du centre commercial de Balexert, Pierre Kunz, politicien de droite et fier de l'être, admirateur de De Gaulle, explicite ses idées.

Le Temps: Maintenant que votre candidature au Conseil d'Etat est confirmée, quelle vision de Genève allez-vous défendre?

Pierre Kunz: Genève est un centre de communication et un pôle régional. Il est dès lors nécessaire de l'entretenir en en poursuivant son développement. Quand j'entends des discours qui prônent la croissance zéro pour éviter les problèmes que peut poser l'arrivée de nouvelles entreprises, je suis interloqué. Les problèmes induisent d'ailleurs une dynamique qui permet d'avancer.

– Vous souhaitez poursuivre le développement de Genève, mais comment pensez-vous résoudre la question lancinante du logement?

– Quand j'observe ce qui a été réalisé aux Avanchets ou aux Charmilles, j'estime que ce type d'aménagement est une catastrophe. Trop densifier les zones villas pour sortir du tunnel n'est pas raisonnable. Il est en revanche indispensable de mettre à disposition de nouveaux terrains et surtout d'impliquer les communes genevoises pour décentraliser la problématique du logement. Ces dernières manquent singulièrement de pouvoirs et de responsabilité en la matière.

– Comment voyez-vous les relations de Genève avec le canton de Vaud?

– Une fusion n'est pas réaliste. Si je reconnais que l'initiative Vaud-Genève a le mérite de susciter le débat, c'est une illusion de croire qu'on va pouvoir fusionner ne serait-ce que les finances cantonales. L'essentiel est de créer des passerelles sur des dossiers bien précis comme la fiscalité.

– A l'instar des socialistes français, revendiquez-vous également le droit d'inventaire concernant l'héritage que vous lègue votre collègue de parti Guy-Olivier Segond?

– Je dirais qu'il n'y a effectivement pas beaucoup de domaines où je suivrais Guy-Olivier Segond les yeux fermés. Le revenu minimum de réinsertion (RMR), par exemple, m'est suspect. Je ne pense pas que ce soit la meilleure manière de résoudre les problèmes. Mettre en place un filet social qui ne laisse rien passer, c'est la négation de la responsabilité individuelle. Dans la vie, il est nécessaire d'assumer un certain nombre de risques sociaux. En outre, avec la collectivisation des EMS, on a fondé le droit à l'incivisme. Ce système pousse les gens à se débarrasser de leurs biens avant d'entrer dans de tels établissements, et les personnes qui paient leur séjour en EMS voient leurs charges augmenter en conséquence.

– L'Etat a opté pour une réforme en douceur de sa fonction publique. Y êtes-vous favorable?

– Le statut actuel de la fonction publique a deux défauts. Premièrement, il fige les structures et le fonctionnement de l'administration. Deuxièmement, il porte préjudice à la relation client-Etat. Aujourd'hui, l'Etat doit être organisé selon le principe de la méritocratie. L'important, c'est que l'homme soit au cœur de l'organisation administrative. Mais je ne revendique pas pour autant la suppression de ce statut.

– Vous préconisez un degré de tolérance zéro en matière de sécurité. Qu'entendez-vous par là?

– Genève n'est certes pas la banlieue lyonnaise, mais un sentiment d'insécurité est perceptible. Il n'est pas lié à la criminalité, mais à la dégradation du patrimoine urbain causée par le vandalisme et l'affichage sauvage. Des actes que le laxisme des autorités de la Ville tolère, mais qu'il faut réprimer. C'est aussi une question d'image.

– Vous êtes réputé pour vos positions très tranchées et votre franc-parler. Pensez-vous dès lors être capable de jouer le jeu de la collégialité?

– J'approuve la manière dont le conseiller fédéral Pascal Couchepin conçoit la collégialité. Car cette dernière ne doit pas être un expédient pour éviter ou tronquer le débat. Elle doit intervenir après le débat et non pas avant.

– Vous avouez ne pas être partisan du centrisme. Quel homme de droite êtes-vous?

– Je suis un humaniste qui prône la responsabilité individuelle, la méritocratie et l'esprit d'entreprise. L'Etat ne doit jouer qu'un rôle subsidiaire; de Providence, il doit devenir social. Si l'on assiste au sein du PRD genevois à un glissement vers la droite, cela relève d'une prise de conscience que l'Etat ne peut pas tout faire.

– Vos thèses sont très proches de celles des libéraux. Pourquoi restez-vous radical?

– Sociologiquement, les deux partis sont très différents. Mes parents ayant été de petites gens longtemps sans le sou, je ne me reconnais pas dans les grandes familles libérales. Dans l'âme, je suis plus un footballeur qu'un golfeur.