Le suspense aura duré trois mois. La Chambre pénale d’appel et de révision de Genève acquitte finalement Pierre Maudet pour son voyage à Abu Dhabi, annonce son avocat Me Grégoire Mangeat. La décision écarte l’acceptation ou l’octroi d’un avantage concernant cette invitation tous frais payés au grand prix. Seul Patrick Baud-Lavigne, l’ancien bras droit du ministre, écope d’une condamnation à 90 jours-amendes avec sursis pour violation du secret de fonction et instigation à abus d’autorité dans le volet de l’ouverture précipitée d’un bar.

Les frais de la procédure sont laissés à charge des appelants (sauf pour Magid Khoury) car ceux-ci ont eu «un comportement contraire à leurs obligations en acceptant l’invitation», ont dissimulé des preuves au sujet du voyage, fait «le ménage» dans leurs boîtes de courrier électronique et «crassement menti au début de la procédure, sur l’origine du financement du voyage». Pierre Maudet et son ex-bras droit reçoivent des indemnités pour une partie seulement de leurs frais de défense s'agissant du voyage. «Ils ne seront indemnisés que pour la période postérieure au renvoi en jugement, dès lors qu'il se justifiait d'ouvrir et diligenter une instruction sur la base des faits qui leur étaient reprochés, mais pas de les renvoyer en jugement, les éléments réunis aux termes de l’instruction préliminaire permettant d’y renoncer.» Aucun tort moral (réclamé par le seul Patrick Baud-Lavigne) n'est octroyé.

En substance, la décision admet que l’ancien ministre et son bras droit ont «incontestablement accepté un avantage indu octroyé par la couronne d’Abu Dhabi» qui allait bien au-delà des usages admissibles. Mais ceux-ci ne peuvent se voir reprocher de l’avoir fait dans la perspective générale d’être redevables à la famille royale. Quant aux deux promoteurs du cru, qui ont participé à l’organisation du périple, la cour estime que les intéressés ne peuvent être considérés comme les auteurs de l’octroi de cette invitation, ni à titre principal, ni à titre accessoire. Et cela même si leurs intentions n’étaient pas pures. Pierre Maudet ne peut donc se voir reprocher d’avoir reçu un avantage de leur part. Exit donc l’infraction pour des raisons essentiellement juridiques.

Renversement

En appel, les prévenus ainsi que le Ministère public contestaient chacun un bout du premier jugement du Tribunal de police, rendu en février 2021, qui avait condamné le quatuor pour un luxueux séjour d’agrément transpirant le réseautage intéressé et avait écarté le volet relatif au financement d’un sondage considéré comme un soutien politique admissible.

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Pierre Maudet, son ancien chef de cabinet Patrick Baud-Lavigne, l’homme d’affaires Magid Khoury et son employé spécialiste du relationnel, Antoine Daher, plaidaient une fois encore leur acquittement pur et simple, assurant que cette invitation royale n’était teintée d’aucune arrière-pensée, que le climat de copinage émanant des messages échangés entre eux n’en était pas un, qu’aucun retour d’ascenseur n’était attendu ni même imaginé et que les mensonges stratégiques des débuts devaient être oubliés.

Autre scénario

De son côté, le Ministère public réclamait une motivation plus complète s’agissant du séjour tous frais payés pour assister au grand prix de novembre 2015, estimant que l’ex-ministre et son éminence grise avaient aussi accepté l’éventualité de se retrouver redevable de la couronne émiratie (et pas seulement des deux hommes d’affaires du cru qui avaient permis l’organisation du périple) en raison de cette même invitation financée par les services du prince et tombée dans un contexte de pourparlers officiels portant sur la collaboration sécuritaire ou des aspects protocolaires.

Le parquet demandait surtout un verdict de culpabilité pour les 34 000 francs versés par les sociétés de Magid Khoury afin de financer un sondage électoral et concluait donc à des peines à la hausse, dont 14 mois de prison avec sursis pour l’ex-conseiller d’Etat. En première instance, Pierre Maudet avait été condamné à 300 jours-amendes avec sursis ainsi qu’au paiement d’une créance compensatrice de 50 000 francs en faveur de l’Etat de Genève, somme représentant la valeur du voyage pour lui et sa famille.

Prenant la parole en dernier à l’issue de ce second procès d’octobre 2021, Pierre Maudet avait enjoint aux juges de porter un regard détaché sur l’homme et de «se départir du tumulte pour dire le droit». Il promettait enfin que son voyage politique ne s’arrêterait pas au prétoire.

Développement suivra avec la motivation plus détaillée du jugement.