Genève

Pierre Maudet est amputé de certaines de ses prérogatives

Malgré ses ennuis judiciaires, le ministre en difficulté reste président du gouvernement et garde la Sécurité, moyennant certains aménagements qui confinent au saucissonnage

«Une situation grave et inédite.» La mise en prévention annoncée de Pierre Maudet, en lien avec le voyage d’Abu Dhabi, a poussé le gouvernement genevois à sortir de sa réserve et à retirer certaines prérogatives à son ministre en difficulté. Un lifting aussi léger que possible, serait-on tenté de dire, censé assurer le bon fonctionnement des institutions en ces temps de crise et préserver l’image de l’exécutif cantonal tout en ménageant le principal intéressé.

«Conseil d’Etat ébranlé»

Il avait la mine des très mauvais jours. Pierre Maudet a pris place aux côtés des six autres membres du collège pour un point presse exceptionnel, tenu dans une ambiance particulièrement lourde. Il n’a pas voulu dire s’il avait songé à une démission. «Je réserve cette réponse à une communication ultérieure.» Pas un mot sur les discussions internes au gouvernement, sur ses sentiments, sur la demande de levée d’immunité du Ministère public.

Seul le vice-président Antonio Hodgers lâche: «Le courrier du procureur général a créé une certaine surprise. Cette affaire a certes ébranlé le Conseil d’Etat mais celui-ci n’a pas à se prononcer sur la confiance placée en un élu du peuple, ni à faire le procès de Pierre Maudet.»

C’est encore Antonio Hodgers qui a présenté les dispositions adoptées à l’unanimité, dit-il, et qui resteront en vigueur le temps qu’il faudra. «Le Conseil d’Etat n’a pas voulu procéder à des réorganisations profondes dans des délais si rapides et a préféré choisir des mesures souples qui pourront évoluer si nécessaire», a-t-il expliqué.

«Assurer stabilité et crédibilité»

En résumé, le principal intéressé garde son titre de président de l’exécutif et de responsable du Département de la sécurité mais il est privé des tâches de représentation et des relations avec le Ministère public. Un saucissonnage qui risque de compliquer singulièrement les choses.

Au niveau de la présidence, «pour assurer la sérénité, la stabilité et la crédibilité», Pierre Maudet n’assure plus la représentation extérieure du collège, ni celle à l’égard du Grand Conseil. De même, les préparations et la présidence des séances du collège gouvernemental sont provisoirement confiées à Antonio Hodgers en sa qualité de vice-président et à ceux qui viendront ensuite si la mesure se prolonge. Par contre, le ministre libéral-radical conserve la surveillance des communes, la Genève internationale, les affaires extérieures et les affaires économiques.

Pierre Maudet garde aussi le dossier de l’aéroport malgré les soupçons autour de l’attribution d’un contrat à la société émiratie Dnata. «Le Conseil d’Etat s’en tient à une lecture institutionnelle. Rien d’explicite n’a été mentionné à ce sujet dans la demande d’autorisation de poursuivre du Ministère public qui permette de conclure à des répercussions de l’enquête sur l’aéroport», souligne le vice-président.

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Découpage sécuritaire

Pour la Sécurité, le découpage est encore plus compliqué. En raison de la procédure pénale pour acceptation d’un avantage, toutes les relations entre le pouvoir judiciaire et le Département sont désormais assurées par le conseiller d’Etat Mauro Poggia, en sa qualité de suppléant. C’est lui qui se chargera, par exemple, de signer la nouvelle convention commune de lutte contre la criminalité avec le procureur général.

Cela évitera notamment à Pierre Maudet et à Olivier Jornot de se retrouver à la même table alors que le second veut mettre en prévention le premier. «Il s’agit de préserver l’indépendance du Ministère public en créant une étanchéité totale», relève encore Antonio Hodgers.

Ciselées à l’infini, les nouvelles dispositions prévoient enfin que Pierre Maudet reste le ministre de tutelle de la police et de sa cheffe sauf en ce qui concerne la responsabilité administrative de l’Inspection générale des services (IGS), qui travaille sous les ordres du parquet et qui sera amené à procéder à des actes d’enquête concernant le voyage d’Abu Dhabi.

«Pas de regret»

Le gouvernement a voulu donner, une fois encore, l’image d’une équipe consensuelle «axée sur la réalisation et qui reste concentrée sur les prestations». Sans minimiser l’annonce de la mise en prévention, l’exécutif ne veut pas non plus lui «donner une trop grande importance».

A la question de savoir si le collège regrette le choix d’un président sur la tête duquel pesait l’épée de Damoclès d’une mise en prévention, Antonio Hodgers réplique: «Pas de regret en politique.» La pesante atmosphère du moment dit pourtant tout autre chose.

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