Enquête

Ce que Pierre Maudet et les autres protagonistes ont dit au parquet

«Le Temps» révèle l’essentiel des explications fournies par le conseiller d’Etat, son ancien chef de cabinet, le directeur de la police du commerce et les témoins déjà entendus dans cette affaire qui enflamme la République. Plongée dans les détails et le climat d’un dossier hors du commun

«J’admets que j’ai menti sur la question du financement du voyage. Cela s’imposait. A partir du moment où nous avions fait une connerie, il fallait la dissimuler.» C’est avec ces mots que Patrick Baud-Lavigne, interrogé par les procureurs et confronté au courriel de la couronne émiratie, dévoile la fable censée cacher le problème et éteindre la polémique. «Je suis pleinement conscient des conséquences de cette affaire pour Pierre Maudet», ajoute l’ancien chef de cabinet qui avait accompagné le ministre à Abu Dhabi.

Pour mieux comprendre ce dossier qui enflamme la République, pour saisir le rôle et les explications détaillées des uns et des autres, Le Temps livre l’essentiel des déclarations des prévenus mais aussi des témoins déjà entendus dans cette procédure. Une enquête qui continue et qui présente un intérêt public évident puisqu’elle met en cause un conseiller d’Etat en exercice.

Rappelons que les parties, et leurs conseils, sont libres de communiquer sur la procédure, sauf si le Ministère public leur impose de garder le silence. Une telle injonction, mesure exceptionnelle et forcément limitée dans le temps, n’est pas en vigueur dans ce dossier. Enfin, rappelons aussi que les cinq prévenus de l’affaire – Pierre Maudet, Patrick Baud-Lavigne, Raoul Schrumpf, Antoine Daher et Magid Khoury (les déclarations des deux derniers ayant déjà été exposées dans nos colonnes) – contestent avoir commis une infraction et sont présumés innocents.

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La fabrication du mensonge

Retour à ce 30 août 2018. La matinée commence plutôt mal pour l’ancien chef de cabinet. Défendu par Me Jean-Marc Carnicé, Patrick Baud-Lavigne se dit surpris d’être convoqué comme prévenu et refuse de répondre avant d’avoir consulté le dossier. L’annonce de son placement en détention provisoire, en raison d’un risque de collusion et de fuite, le fait vite changer de stratégie. Après une suspension d’audience et une discussion avec son défenseur, il préfère s’exprimer et va raconter, une fois les éléments de preuve posés sur la table, la fabrication du faux récit.

«Fin février, début mars 2018, on décide d’inventer l’invitation par Saïd Bustany. Ce n’est pas moi qui ai eu l’idée. C’est soit Pierre Maudet, soit Antoine Daher [l’ami entrepreneur qui a organisé et accompagné l’escapade, ndlr].» Il poursuit: «J’avais bien conscience que nous franchissions un pas supplémentaire dans le mensonge. J’imagine que nous pensions ne pas avoir d’autre solution.» Il admet aussi avoir envoyé des messages demandant de faire le ménage. Il fallait dire à Antoine Daher «d’effacer les e-mails compromettants, par exemple les échanges avec la maison royale».

Une énorme marmite dans l’avion

Pour Patrick Baud-Lavigne, qui traversait à l’époque une période difficile, ce voyage était comme un «ballon d’oxygène». A la demande de Pierre Maudet, il avait emporté une énorme marmite de l’Escalade, en bagage à main dans l’avion, pour offrir une fois sur place. Il ne sait pas trop à qui. S’est-il posé des questions sur cette invitation avant le départ? «Cela va peut-être vous choquer, mais jusqu’à il y a peu, je ne voyais pas où était le problème. En dépit du financement, je considérais toujours que ce voyage était privé.» Qu’est-ce que Pierre Maudet en pensait? «J’imagine qu’il a vu le problème, il m’a dit que ça l’emmerdait de leur être redevable.»

L’ex-bras droit du conseiller d’Etat précise avoir quitté son poste, l’été dernier, pour deux raisons: un désir de renouvellement et la lassitude de voir son nom cité dans le journal en relation avec cette affaire. «En tant que serviteur de l’Etat, je n’avais pas à endurer une telle polémique.» Depuis lors, il a fondé une société de conseils qui ne lui a encore rien rapporté. Il a bien eu l’idée, après discussion avec Magid Khoury – l’autre organisateur actif du voyage défendu par Mes Marc Hassberger et Guillaume Vodoz – de se lancer dans le bike sharing. Visiblement, sans suite.

«Plausible et invérifiable»

Cette déclaration de Patrick Baud-Lavigne va précipiter la demande de levée d’immunité visant Pierre Maudet. Le conseiller d’Etat, convoqué le 28 septembre en qualité de prévenu d’acceptation d’un avantage, reconnaît que ses premières observations écrites au parquet étaient «incomplètes» et explique ainsi son escalade dans le mensonge: «Nous nous sommes dit que si nous maintenions qu’Antoine Daher avait payé, le Ministère public demanderait une preuve de paiement […] Il est vrai qu’après la première grosse faute, à savoir d’avoir fait le voyage, il s’agissait d’une deuxième erreur d’appréciation. A savoir, procéder à l’habillage de la vérité. Mais nous nous sommes convaincus nous-mêmes que cela passerait dès lors que le financement par Bustany nous semblait à la fois plausible et invérifiable.»

Lors de cette longue audition, le ministre, assisté de Mes Grégoire Mangeat et Fanny Margairaz, commence par décrire ses liens avec Patrick Baud-Lavigne. Il le dépeint comme un ami, un confident, «même une doublure» chargée de piloter et traiter les dossiers compliqués tels que l’aéroport ou les taxis. «Je lui laissais une latitude large pour me représenter en commission et parler en mon nom.»

«D’autres chats à fouetter»

Evoquant le contexte, Pierre Maudet explique avoir rencontré les deux cheikhs (Mohamed bin Zayed al-Nahyan et son frère Hazaa bin Zayed) au printemps 2015 déjà, lors d’un premier voyage très officiel dans la région avec la promotion économique. C’était alors «une opportunité inespérée» de renouer les liens de Genève avec les Emirats qui s’étaient distendus, précise le ministre, en raison notamment d’un prix des droits de l’homme décerné par la ville à un opposant politique. «Les hôtels se plaignaient car les délégations étaient moins fournies.» Il ajoute qu’il existait un projet de mémorandum entre polices portant sur l’échange d’expertises mais que celui-ci ne s’est jamais concrétisé. «Finalement, ce sont les pompiers émiratis qui sont venus suite au voyage de Guillaume Barazzone.»

A propos de l’organisation et du financement du voyage controversé de novembre 2015, destiné à assister à un Grand Prix de formule 1, événement vendu comme «le Locarno du Moyen-Orient», dit-il, Pierre Maudet livre une explication plutôt compliquée. Au tout début, le conseiller d’Etat soutient qu’il avait en tête de payer les vols et l’hôtel et qu’il avait budgété grosso modo 10 000 francs pour lui, sa femme et ses trois enfants. Puis est venue l’idée du package, sorte de prestation redistribuée par des entreprises, qui aurait réduit les coûts, voire assuré la gratuité. Durant tout l’été, il aurait insisté auprès d’Antoine Daher pour payer au moins son vol au tarif économique. En fin de compte, le ministre dit avoir compris que l’ensemble des frais serait pris en charge lors de la réception de l’invitation de la couronne.

«Mon malaise s’est encore accru»

Le premier message royal, qui date du 20 septembre, signifie que tout ce monde a été mis sur la liste des invités, selon Pierre Maudet. Il avoue avoir déjà éprouvé un malaise à ce moment-là. «Je concevais que l’imbroglio public-privé était problématique, dès lors que l’invitation provenait officiellement de l’Etat émirati et qu’elle visait ma famille. J’ai mis mon malaise de côté dès lors que j’avais certainement d’autres chats à fouetter.»

Le courriel du 1er octobre 2015 indique que l’invitation comprend l’avion en business class, le séjour et le transport. «Son contenu était limpide et mon malaise s’est encore accru.» Le conseiller d’Etat explique avoir alors envisagé quatre options, qui avaient chacune leurs défauts. Séparer le coût lié à sa famille. Aller seul. Tout annuler – «c’est celle que j’aurais dû prendre». Ou accepter l’invitation telle quelle. «C’est celle que j’ai choisie en me persuadant à tort que tout allait bien se passer.»

Pourquoi ce malaise, questionnent les procureurs? «A titre moral, je ne concevais pas que quelqu’un d’autre paie les vacances de ma famille, et encore moins un Etat étranger. Il y avait également un risque politique, à savoir que je sois exposé médiatiquement et ma famille aussi. En contrepartie, je me disais que l’Etat de Genève n’était pas prétérité et que je poursuivais ma politique de resserrement de liens, ou au moins je n’y nuisais pas. C’était un pari risqué.» Pour réchauffer ces relations, Pierre Maudet confirme avoir pris une marmite mais aussi des stylos et des couteaux qui provenaient du stock de cadeaux de l’Etat et du sien.

«On aurait dû interrompre la spirale»

Le ministre donne ensuite son emploi du temps. L’arrivée au palace ne ressemble pas encore à un conte des Mille et Une Nuits. Son nom avait été estropié et la chambre était réservée pour deux adultes et deux enfants, au lieu de trois. Quelques visites, dont celle du centre de vidéosurveillance avec le ministre de la Sécurité et celle de l’ambassade de Suisse, les essais et la course automobile, quelques mots avec le prince héritier sur le parvis, et la piscine.

Le ministre précise avoir vu le financier Charbel Ghanem deux fois (dont une à Genève) et son fils Philippe, une fois lors du voyage. Les invitations au restaurant et sur le yacht par la famille Ghanem, qui a aussi œuvré à cette invitation, seront décrites ultérieurement par Antoine Daher, représenté par Me David Bitton, lors de son audition comme prévenu d’octroi d’un avantage. Quant aux offrandes reçues sur place, Pierre Maudet ne se souvient d’abord pas très bien. Il évoque la visite d’un centre commercial et des achats pour les enfants, peut-être. Les procureurs lui passent alors une brève vidéo où on voit toute la famille recevoir des cadeaux. Un foulard, des robes, un jouet et une tour pour le conseiller d’Etat.

Tout cela en valait-il la peine, lui demandent les procureurs? Le ministre reconnaît qu’il n’a jamais revu l’homme fort de l’émirat, en dépit du fait qu’il vienne régulièrement à Genève, et la coopération policière n’a pas eu plus de succès. D’ailleurs, ajoute-t-il, son malaise de départ s’était passablement estompé au retour car, vu le petit nombre et la brièveté des rencontres officielles, «la partie privée l’emportait». Il concède enfin que l’encouragement au mensonge était totalement indigne de sa fonction de ministre chargé de la police, Pierre Maudet dit aussi: «On aurait dû interrompre la spirale».

«Un formidable gâchis»

Confronté aux déclarations de son ancien chef de cabinet au sujet de la destruction de preuves compromettantes, le ministre maintient n’avoir «pas procédé à des éliminations ciblées d’e-mails». Il se rappelle certes quelques discussions en ce sens mais celles-ci portaient sur sa crainte de voir des policiers s’intéresser à sa messagerie. Saine ambiance.

Quant au fameux courriel reçu le 11 septembre 2015 par François Longchamp, alors président du Conseil d’Etat, et détaillant les absences futures de Pierre Maudet, celui-ci mentionne le voyage à Abu Dhabi en ces termes: «Déplacement semi-privé/semi-professionnel aux EAU dans le cadre de la coopération économique et sécuritaire initiée ce printemps (pas de frais à charge du canton, déplacement payé par mes soins).»

Entendu comme témoin, François Longchamp dit avoir appris deux ans plus tard, de la bouche de Pierre Maudet, que ce n’était pas lui mais un ami proche qui avait payé, qu’il y avait eu un rapport de police à ce sujet et «qu’on lui cherchait des noises». Rien sur le caractère princier du cadeau. A ce moment, la thèse de l’invitation prise en charge par Antoine Daher ne lui a pas paru problématique et n’a pas suscité chez lui d’interrogation particulière. L’ancien président résume toute cette affaire en une formule: «C’est un formidable gâchis.»


Le dossier de l’Escobar et les messages troublants du ministre

Il y en a un qui est amer. C’est Raoul Schrumpf. Le directeur du Service de police du commerce, prévenu d’abus d’autorité pour avoir donné son feu vert à l’ouverture de l’Escobar, désormais libéré de son obligation de travailler et défendu par Mes Alec Reymond et Alexandra Lopez, ne s’en cache pas: «J’en veux à Pierre Maudet et à Patrick Baud-Lavigne. Il était difficile pour moi d’entendre ce dernier dire qu’il ne se souvenait pas de l’ordre donné. J’ai reçu très peu de soutien et je pense que s’agissant de ces deux messieurs, qu’à un moment donné, il faudrait assumer.»

Convoqué une première fois le 7 septembre 2018 en qualité de témoin, Raoul Schrumpf explique que Patrick Baud-Lavigne lui a demandé d’accélérer le traitement du dossier de ce bar du quartier des Grottes, lié à Magid Khoury et Antoine Daher. Par le passé, il souligne que le magistrat lui avait, lui aussi, fait une demande de ce genre pour un établissement situé à Balexert et qui avait dû fermer. «Pierre Maudet m’a dit que le dossier devait être traité rapidement […] je l’ai compris comme il faut le mettre en haut de la pile.»

«Je l’ai ressenti comme une forme de pression»

Pour l’Escobar, «il est exact de parler d’un délai extrêmement bref». Après le refus du 15 septembre 2017, une deuxième demande est déposée par Antoine Daher deux semaines plus tard. Malgré un dossier encore incomplet, l’autorisation est délivrée le 13 octobre. Un record. Raoul Schrumpf précise avoir agi sur instruction de Patrick Baud-Lavigne. «Je n’aurais pas moi-même pris la décision de faire délivrer l’autorisation en l’absence des documents requis.»

Selon ce qu’avait compris et déconseillé Raoul Schrumpf, il était prévu d’organiser un grand anniversaire pour Pierre Maudet à l’Escobar. Finalement, toute musique y étant bannie en raison du voisinage, c’est un «petit» anniversaire, offert partiellement par Antoine Daher, qui s’y tiendra. Le grand sera fêté dans un des hôtels du groupe Manotel.

Raoul Schrumpf, entendu à nouveau début octobre, évoque un message de Pierre Maudet. C’était après le changement de législature et alors que son service venait de passer au département du conseiller d’Etat Mauro Poggia. Le premier l’informait qu’un journaliste s’intéressait à ce dossier. Pierre Maudet lui aurait dit: «Tu vas naturellement répondre que […]?» Juste après la première perquisition, le ministre a encore tenté de le joindre à plusieurs reprises, au bureau et à la maison. «J’ai refusé de prendre l’appel. Je l’ai ressenti comme une forme de pression», ajoute le directeur.

«Je ne sentais pas ce dossier»

Trois témoins, invités à s’exprimer au sujet de l’Escobar, racontent l’ambiance pesante qui a entouré cette autorisation. La cheffe du secteur autorisation se rappelle que Raoul Schrumpf lui a demandé de prêter attention à la requête car c’étaient des personnes connues de Pierre Maudet. «J’étais juste agacée […] il manquait encore des documents […] je ne sentais pas ce dossier.» Cette dernière a conseillé à la gestionnaire de rédiger un dossier Word afin d’apposer la signature du directeur et pas la sienne.

La gestionnaire en question, elle aussi, n’a pas oublié ce dossier «spécial». «J’étais mal à l’aise. Pour moi, l’autorisation n’était pas conforme et c’était la première fois qu’on me le demandait […] J’ai dit à mon futur ex-mari que cela me faisait ch… que les gens qui sont au-dessus des lois obtiennent ce qu’ils veulent.» Le témoin ajoute qu’il a fallu «courber le système» pour pouvoir donner l’autorisation car l’émolument n’avait pas encore été payé. «La seule chose qui était importante pour moi était de ne pas la signer.»

La directrice de l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (OCIRT), soit la supérieure de Raoul Schrumpf, se souvient d’avoir été appelée par Pierre Maudet le jour de la première perquisition. Son nouveau ministre de tutelle, Mauro Poggia, lui a dit de s’abstenir. Plus tard, Pierre Maudet lui a envoyé un message précisant que son appel avait à voir avec l’accord institutionnel Suisse-Europe.

Selon cette directrice, lorsque le magistrat donne un ordre, les chefs de service s’exécutent sans forcément remonter à leur hiérarchie. «Vous me demandez si ce comportement était propre à tous les conseillers d’Etat? C’était un comportement de Pierre Maudet. Il avait pour habitude, soit lui, soit par son chef de cabinet, d’intervenir directement chez les chefs de service sur un certain nombre de dossiers», répond la directrice. Ce témoin se rappelle notamment celui d’un fast-food aux Charmilles.

«Une simple question»

Au sujet des patentes, Pierre Maudet explique dans sa première audition: «Il m’est arrivé de demander à Raoul Schrumpf d’accélérer puissamment le traitement de dossiers pour éviter que des établissements doivent fermer.» S’agissant de l’Escobar, le ministre affirme n’avoir «jamais donné d’instruction». Il y a certes organisé une fête mais il était prévu de la payer, ajoute-t-il. Non sans devoir beaucoup insister pour régler une partie seulement de la facture.

Les procureurs rappellent au conseiller d’Etat un message envoyé à Raoul Schrumpf et qui trahit une certaine inquiétude: «Tu as donc répondu qu’on ne commente pas les cas particuliers mais qu’il n’y a rien de spécial à signifier dans ce dossier, ni au niveau des délais, ni au niveau du processus?» C’était une simple question, assure Pierre Maudet, il s’agissait de se coordonner avec le département de Mauro Poggia au moment où la presse commençait à s’agiter.

«Mon cher collègue»

Un autre WhatsApp du magistrat au directeur, l’été dernier: «Je voulais juste savoir si tu lui avais répondu et, par ailleurs, si mon cher collègue avait pris des nouvelles via le Sabra [le service de l’air et du bruit, ndlr] depuis notre téléphone.» Selon Pierre Maudet, ce message était encore en relation avec des questions de journalistes: «Quand je parle de mon cher collègue, je fais référence à Antonio Hodgers. Je constatais qu’il y avait des fuites dans la presse et je voulais savoir si cela pouvait provenir du dossier Escobar.»

Les procureurs confrontent enfin le conseiller d’Etat à un message qu’il a adressé à Antoine Daher, le 15 mai 2017, au sujet d’une dame qui voulait venir à Genève: «Cher Antoine, je suis à Pékin et ai demandé à Patrick Baud-Lavigne de bien vouloir faire le nécessaire à l’OCPM [Office cantonal de la population, ndlr]. J’espère qu’on va trouver une solution.» Pierre Maudet dit ne pas se souvenir à qui et à quel dossier ce message fait référence.

La réponse du chef de cabinet n’a pas tardé. Le lendemain, il écrivait à l’entrepreneur que la personne concernée ne peut pas avoir de visa et qu’elle doit rester à l’étranger en attendant. Et il ajoutait: «Sorry, on n’a pas de marge de manœuvre.» Ça ne peut pas marcher à tous les coups.


L’enquête en quelques dates:

21 août 2017: un rapport de police est déposé au sujet du voyage d’Abu Dhabi et le Ministère public ouvre une enquête contre inconnu.

30 août 2018: Patrick Baud-Lavigne est interrogé en qualité de prévenu. Le jour-même, le parquet demande la levée d’immunité de Pierre Maudet.

28 septembre 2018: première audition du conseiller d’Etat.

14 novembre 2018: le directeur de la police du commerce est mis en prévention pour abus d’autorité.

5 décembre 2018: Magid Khoury et Antoine Daher sont convoqués et prévenus d’octroi d’un avantage.

8 janvier 2019: Le Ministère public demande une extension de la levée d’immunité pour instruire le volet Manotel.

16 janvier 2018: Pierre Maudet réclame la récusation des procureurs.

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