Genève

«Pierre Maudet doit démissionner»

Le président du PLR genevois, appelle le conseiller d’Etat à démissionner. S'il devait être désavoué, lundi, par le comité directeur, Alexandre de Senarclens remettrait son mandat. Interview exclusive

Avec quel discours allez-vous affronter le comité directeur du parti national?

Avec une clarification importante. La présidence du PLR genevois s’est réunie mardi pour faire le point. Et nous avons décidé, par quatre voix et une abstention, que Pierre Maudet devait démissionner. C’est ce que nous allons annoncer. Cette prise de position de la présidence fera l’objet d’un vote du comité directeur qui aura lieu lundi prochain. Notre volonté n’est pas de court-circuiter les instances du parti, le comité directeur peut modifier notre décision.

Et s’il le fait?

Alors je démissionnerai et j’organiserai une assemblée générale pour faire élire un nouveau président.

C’est probable, puisque le comité directeur a rejeté la demande de démission de Pierre Maudet vendredi dernier!

Il y a quelques jours, l’objectif du comité directeur était de maintenir l’unité et d’éviter la tenue d’une assemblée générale extraordinaire qui n’aurait servi qu’à un grand déballage. Nous avons donc prié Pierre Maudet de renoncer à cette assemblée voulue par ses soutiens, mais il n’a pas pu ou pas voulu obtenir ce retrait. Ce qui nous contraint à prendre position clairement. Une seconde raison s’ajoute à celle-là pour réclamer sa démission: le PLR suisse a demandé à la présidence de se déterminer et je n’ai pas l’intention de fuir mes responsabilités.

Vous cédez au diktat de Berne?

Non, mais l’actualité fédérale pose aussi un cadre que nous ne pouvons ignorer. Le PLR genevois appartient au PLR fédéral, nous travaillons en collaboration. Il est légitime que Petra Gössi veuille entendre Pierre Maudet et la section cantonale. J’y répondrai en exprimant clairement la position de ma présidence.

Qu’espérez-vous? Pierre Maudet a réaffirmé hier [mardi] à Darius Rochebin de la RTS qu’il ne démissionnerait pas.

Mon objectif prioritaire est de donner clairement la position de la présidence du PLR cantonal, c’est tout. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de la population, des électeurs, de nos valeurs, de nos représentants. Cette affaire n’a que trop duré.

Comment vous suivre, quand vous appelez vendredi à l’apaisement et le mardi à la démission?

Nous espérions, depuis le mois d’août, que Pierre Maudet prenne le temps de la réflexion, qu’il réfléchisse à l’intérêt du parti et que sa démission vienne de lui. On a le sentiment d’avoir tout tenté pour éviter la rupture. On lui a exprimé, en présidence et en bilatéral, notre incompréhension. Mais rien n’y a fait et nous sommes arrivés à un point de non-retour, avec tous les rebondissements que connaît cette affaire.

Ce n’est donc pas seulement son voyage à Abu Dhabi et le mensonge qui guident votre décision?

Nous faisons le constat que malgré nos espoirs, il n’y aura pas de classement rapide de l’affaire, il n’y aura probablement pas de classement du tout. Cela va durer, et on voit mal Pierre Maudet continuer, dans ces conditions, à assumer son rôle. Il y a encore eu récemment des perquisitions et il va y avoir de nouvelles mises en prévention. Il apparaît que Pierre Maudet a menti de manière réitérée au Conseil d’Etat, à son parti, à la population.

Les révélations quant à sa contribution personnelle au parti payée par un tiers et peut-être défiscalisée ont-elles compté dans votre décision?

Cet élément nous a heurtés. A ce jour, nous n’avons toujours pas d’explications claires de sa part, alors que nous lui avons demandé s’il avait utilisé ces attestations fiscales pour dégrever ses impôts. La confiance est une fois de plus entamée.

Lire également: Affaire Maudet: le volet fiscal monte en puissance

La décision de la présidence va faire hurler les soutiens de Pierre Maudet. Ne craignez-vous pas une explosion du parti?

Il n’y a aucune bonne solution pour le PLR, nous sommes hélas dans une situation perdant-perdant. Nous avons espéré que les divisions soient contenues et que notre magistrat prenne la mesure de l’affaire. Nous avons souhaité tenir pour lui, car il a beaucoup apporté au parti, il en a été le moteur. Mais maintenant, la coupe est pleine et nous sommes acculés à prendre cette décision pour Genève et pour le PLR. C’est un constat que nous faisons la mort dans l’âme. Le PLR est le premier parti cantonal, il a 150 ans d’histoire, nous devons réagir. Ce n’est pas la présidence qui est responsable de la crise. Il ne faut pas se tromper de coupable, il n’y a qu’un seul responsable.

Ne vous reconnaissez-vous aucune responsabilité dans la crise? Aucun regret?

Nous aurions peut-être pu prendre cette décision il y a plusieurs semaines, mais nous avons tenu bon, craignant l’explosion du parti dans le cas contraire et espérant que Pierre Maudet réalise la situation. A titre personnel, je n’ai pas de regret, car j’ai le sentiment d’avoir agi au plus près de ma conscience. La politique n’efface pas la notion d’intégrité que chacun de nous porte. Si je devais continuer à soutenir Pierre Maudet, alors que je n’y crois plus, je bafouerais l’intégrité qui est la mienne. J’ai tenu jusqu’à un certain moment, mais je suis arrivé à mon point de rupture.

Avez-vous eu peur d’attendre l’assemblée générale extraordinaire, où seront présents les soutiens de Pierre Maudet?

Non. Mais ce n’est pas une option d’aller devant l’assemblée générale sans une décision claire.

Certains ont évoqué une possible exclusion du parti de Pierre Maudet. Envisageable?

Non, c’est excessif et absolument pas à l’ordre du jour. Le comité directeur prendra ses responsabilités lundi sur la question de la démission. Mais le seul qui peut démissionner, c’est Pierre Maudet. J’ai envie de lui lancer un dernier appel: il a tant fait pour structurer ce parti, pour l’unifier, qu’il ne doit pas être la source de divisions. Nos valeurs sont trop importantes pour les sacrifier à son propre destin.

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