Agacé par l’attitude des Indignés et déplorant le manque de soutien de ses collègues, Pierre Maudet, maire de Genève et conseiller administratif en charge du Département de l’environnement urbain et de la sécurité (DEUS), a annoncé mercredi qu’il se dessaisissait du dossier. «Cet endroit est devenu un dépotoir, dit-il. Il y a une imposture derrière ce campement. Celui-ci est censé être une plate-forme pour la liberté d’expression, mais les Indignés ne sont qu’une dizaine à y dormir. Il s’agit d’un empiétement qui confine à une utilisation abusive du domaine public.»

«J’ai demandé lundi aux Indignés de retirer les baraquements et tentes de camping inutilisés, poursuit Pierre Maudet. Ils ont manifesté de bonnes intentions, un camion de la voirie a été mis à leur disposition, mais rien n’a été fait. Comme la majorité du Conseil administratif a décidé de leur permettre de continuer leur occupation sans restriction de périmètre ni de durée, je ne suis pas en mesure d’assurer la sécurité et la salubrité des lieux. Sans sanction, nous ne sommes pas crédibles. J’ai donc décidé de rompre la collégialité, pour la première fois.»

Débordements nocturnes

Selon Pierre Maudet, des débordements nocturnes ont eu lieu, et une plainte pour vol et détérioration de matériel a été déposée contre le campement, où s’amoncelleraient les déchets et les excréments.

Les Indignés, qui s’étaient installés devant le mur des Réformateurs, se sont déplacés il y a environ deux semaines à l’entrée du parc des Bastions, sur le côté droit, afin de laisser la place aux festivités de l’Escalade.

Mercredi, il y avait peu de monde sous les quelques tentes éparpillées sur le terrain. Le mouvement serait-il en train de s’essouffler? «Non, répond Martin Camenisch, un militant de la première heure qui a participé aux négociations avec la Ville. Mais le mouvement a mûri. Il y a davantage de gens qui travaillent pour lui, et moins de personnes qui assurent une permanence de 24 heures sur 24 sur le camp. Je peux m’imaginer que, dans six mois, nous n’aurons plus besoin de camper, car nous aurons trouvé une autre manière de poursuivre notre lutte. A moyen terme, le campement doit continuer à exister, car il constitue une plate-forme de discussion.»

Groupes de travail

Les Indignés participent à des groupes de travail qui planchent sur la visibilité du mouvement, apportent de l’aide à des actions qui leur tiennent à cœur, comme la grève des laborantins aux HUG, soutiennent le collectif des mal-logés et organisent des actions de sensibilisation chez Migros et Coop sur le problème de l’emballage des aliments et les effets nocifs du plastique.

Les assemblées générales continuent d’avoir lieu tous les jours. Une trentaine de personnes y participent. Mais «il y a entre 150 et 200 personnes qui s’investissent dans la vie au camp», dit Martin Camenisch, qui reconnaît toutefois que seule «une vingtaine de personnes» dort sur le site.