Genève

Pierre Maudet: «J’ai sans doute été imprudent»

Le conseiller d’Etat a reçu la presse pour détailler les circonstances de son voyage à Abu Dhabi datant de fin 2015 qui lui vaut aujourd'hui des reproches

Depuis vendredi, un voyage effectué fin 2015 par Pierre Maudet, sa famille et deux membres de son «cercle d’amis» à Abu Dhabi fait débat. Le conseiller d’Etat genevois admet aujourd’hui qu’il a été imprudent d’avoir fait le déplacement après avoir appris les conditions de gratuité. Il a reçu la presse mercredi soir pour s’en expliquer.

A ce sujet: Pierre Maudet en mauvaise posture

Le Temps: Qui a payé l’entier de ce voyage?

Pierre Maudet: En juin 2015, l’idée était que mon ami Antoine Daher s’occupe d’organiser l’entier du déplacement, qui se faisait dans le cadre d’un cercle amical. C’est donc lui qui s’est occupé des réservations. En octobre, il m’a signalé qu’un de ses contacts sur place disposait de packages, comprenant le vol, l’hôtel et les places pour le Grand Prix de Formule 1, et que c’était pris en charge. Cela m’a posé un problème car je finance en principe mes déplacements privés. J’ai donc regardé les prix sur un site et j’ai versé, le 9 novembre 2015, l’équivalent à l’Eglise protestante (2000 francs) et à l’Eglise catholique (2000 francs). Je vous le dis honnêtement aujourd’hui: ai-je coché les bonnes cases sur le site? Je l’ignore. Pour le reste du séjour, je me suis dit que je verrais sur place.

Pourquoi n’avez-vous pas renoncé au voyage?

J’ai sans doute été imprudent. Je considérais alors que j’avais contribué pour ma part. Assister à un Grand Prix, sur le rare temps libre dont je dispose, ne me semblait pas problématique. Dans le cadre purement amical, je ne me posais pas plus de question. J’étais mal à l’aise, mais pas au point d’annuler le déplacement, prévu de longue date.

Qui, in fine, a réglé ces packages?

Un entrepreneur libanais, Saïd Bustany, qui vit depuis trente  ans sur place et qui est une connaissance d’Antoine Daher. Je crois pouvoir dire, pour l’avoir vu, qu’il ignorait que j’étais conseiller d’Etat.

Un élu se doit d’être irréprochable, en privé comme en public, non?

Je suis extrêmement rigoureux. J’ai toujours rendu les cadeaux que j’ai reçus à l’administration. Nous étions, dans ce cas, dans un cercle d’amis, basé sur la confiance et je n’ai pas eu l’impression de tomber dans un traquenard.

Aucun cadeau n’est gratuit. Avez-vous l’impression que l’on attendait quelque chose en retour?

A aucun moment, ni sur place, ni depuis, je n’ai eu le sentiment que l’on allait me demander quelque chose car l’organisateur était Antoine Daher. Je comprends que l’on puisse considérer aujourd’hui qu’il s’agissait d’un cadeau. Mais il n’y a eu aucune contrepartie. Le fait d’être entre amis ne m’a pas fait prendre la mesure des changements intervenus sur ce voyage.

Les rencontres avec un officiel sur place étaient-elles organisées à l’avance?

Non. J’avais rencontré le prince dans le cadre d’une mission économique. Quelqu’un est venu me dire qu’il se trouvait dans l’hôtel et je me suis présenté.

Pourquoi semblez-vous mal à l’aise en évoquant ces faits?

Parce que j’estime qu’ils ressortent de ma sphère privée. Cela me gêne d’exposer mes amis. Mais je vois bien que le malaise que j’ai perçu alors peut entraîner des soupçons. J’aurais dû m’interroger sur la traçabilité des invitations. L’intervention d’un tiers pouvait changer le climat amical du déplacement.

Pourquoi n’avez-vous pas parlé au Conseil d’Etat et aux membres de la commission qui vous a entendu lundi de la procédure ouverte par le Ministère public?

J’en ai parlé au président du Conseil d’Etat lorsque j’en ai eu connaissance, en novembre 2017. C’était une dénonciation, il n’y avait alors pas de procédure formelle contre moi: j’ai dû me positionner sur un rapport de police. J’ai remis copie de ma réponse au président. Il faut se souvenir du climat de tension avec les syndicats de police qui régnait alors. Début 2018, au moment des candidatures, je me renseigne et on me répond qu’aucune procédure n’est ouverte contre moi.

Pourquoi ne pas avoir mentionné cela lundi aux commissaires?

Pour moi, tout cela n’était plus sur les écrans radar. Je n’ai pas menti par omission. Soit il y a une procédure formelle contre moi, soit il n’y en a pas. La dénonciation datait d’août, on est neuf mois plus tard.


Notre éditorial du mardi 15 mai 2018: Quand Pierre Maudet a trois coups de retard

Publicité