Pierre Maudet est Genevois et radical, Jean Christophe Schwaab Vaudois et socialiste. Le premier est déjà une figure familière de la politique cantonale, alors que le second commence seulement à percer. Mais ils ont en commun leur jeune âge et cette passion de la politique qui les fait passer parfois pour des extra-terrestres auprès des gens de leur génération. Ces jours, ils sont en train de terminer leur première campagne pour le Conseil national. Quel que soit le résultat des urnes, ils tirent déjà un bilan positif des semaines écoulées. Maudet le dit, comme Schwaab pourrait le dire: «Je suis gagnant à tous les coups.»

Cette campagne, l'un comme l'autre la vivent comme un engagement à plein temps. Ils peuvent se le permettre, ils vivent tous deux au rythme de la vie universitaire: études bilingues de droit à Fribourg pour Pierre Maudet, préparation d'une thèse sur le droit des cartels pour Jean Christophe Schwaab. Ce jeudi, le Vaudois a passé la matinée au marché de Cully, sur ses terres, à offrir des roses (il arrive aussi que ce soient des Carambar, moins coûteux). Ces dernières semaines, il a fait beaucoup de voyages en train, d'Yverdon à Villeneuve, pour distribuer des tracts et engager la conversation. «Il ne faut pas tant de temps que ça, assure-t-il, pour convaincre les gens que ça vaut la peine d'aller voter.»

Depuis le début de septembre, Pierre Maudet a multiplié les présences dans les espaces publics, à bord de son triporteur, l'engin de transport et de propagande qui l'accompagnait déjà lors de la campagne pour la fusion Vaud-Genève. Rencontrer le plus de gens possibles pour faire passer ses idées, c'est le but. Et pour l'atteindre, deux moyens principaux, le travail de rue et le site Internet. Le site de Pierre Maudet (www.pierremaudet.ch) est de type évolutif et le candidat y raconte sa campagne au quotidien, en y distillant chaque jour une «idée originale». En date du 9 octobre, la création d'une école romande de la magistrature. Pour un budget de campagne de 30 000 francs, il en a mis 3000 de sa poche: des économies faites sur ses jetons de présence du Conseil municipal de Genève.

Jean Christophe Schwaab a aussi son site (www.schwaab.ch), bricolé avec un copain. Impensable de se passer d'un tel support, d'autant plus précieux que, chez les socialistes, c'est pratiquement le seul élément de campagne personnelle qui soit toléré. «A un moment donné, une partie du comité directeur du PSV voulait même les interdire, ce que je n'aurais pu accepter. Mais quand je vois que les collègues des Jeunesses socialistes bernoises mettent entre 5000 et 10 000 francs de leur poche pour leur campagne, c'est dans l'ensemble une bonne chose que mon parti résiste encore aux campagnes personnelles.»

La jeunesse est-elle un argument en politique? «Le jeune chien fou, c'est sympa et cela m'a servi pour me faire remarquer», répond Pierre Maudet, 25 ans. Né dans une famille sans tradition politique, le Genevois peut déjà revendiquer dix ans de pratique de la chose publique. Le radical en triporteur, aujourd'hui chef du groupe radical au Conseil municipal, sent qu'il est «à un tournant», prêt à s'engager dans un travail plus sérieux, plus profond. La jeunesse n'est pas un programme politique, mais un état d'esprit. Le manque de réseaux, qui pénalise les jeunes par rapport aux politiciens plus expérimentés, peut être compensé par une manière plus inventive de faire de la politique. Il en veut pour preuve la campagne «J'y vis j'y vote», qui a réuni les jeunesses de tous les partis en faveur des droits politiques des étrangers. Il n'y a aux Chambres fédérales que trois élus de moins de 35 ans. Sur 246, ce n'est pas assez!»

Chez les Schwaab, la politique est affaire de famille. Jean Christophe, 24 ans, est le fils de Jean Jacques, ancien conseiller d'Etat vaudois socialiste et conseiller national sur le point de se retirer. L'an dernier, Schwaab Junior est sorti premier des viennent-ensuite sur sa liste pour le Grand Conseil. Pour lui qui a toujours baigné dans la politique, une candidature au Conseil national paraît relativement naturelle. Mais il sent que cela suscite chez certains copains de son âge un sentiment d'étrangeté: «On dit de moi: c'est JC, celui qui fait de la politique.» S'il sait que ses chances pour la Chambre du peuple sont réduites, il ne veut pas être un jeune alibi. Trop jeune pour aller à Berne, comme il l'entend régulièrement? «Il y a des sujets pour lesquels je peux apporter quelque chose», rétorque celui qui s'est fait remarquer en défendant les bourses d'études ou les places d'apprentissage. On sent que les jeunes voteraient volontiers pour des jeunes, le problème c'est qu'ils ne vont pas souvent voter.

Ça sert à quoi d'aller voter? «La droite est en train de perdre les pédales, à la suite de l'UDC, en se lançant dans un démantèlement irresponsable, explique Jean Christophe Schwaab à ses interlocuteurs. Il faut maintenir le niveau des impôts directs. C'est impopulaire, je sais, mais nécessaire pour garantir la redistribution sociale.» Au Chili, où il a passé ses vacances, le socialiste vaudois a vu les rangs gonflés des working poor et ne veut pas que cela se produise en Suisse. «Il faut augmenter la protection sociale, il est inacceptable que dans un pays riche des gens puissent travailler à plein temps pour moins de 3000 francs par mois.» «On arrive à la fin d'un système, et comme on ne voit pas le nouveau naître, on s'y cramponne», relève Pierre Maudet. «Je voudrais que des jeunes soient les accoucheurs d'une nouvelle manière de faire de la politique. Les villes et les problèmes urbains devraient être davantage représentés en politique. Il y faudrait aussi plus de généralistes, qui sachent surtout se dégager des lobbies. C'est fou le nombre de lettres de groupes d'intérêt qui sont adressées au «candidat bourgeois» que je suis.»