Le comité directeur du PLR genevois se prépare à une séance qui fera date. A l’ordre du jour de ce lundi 6 juillet, un vote sur l’exclusion de Pierre Maudet, conseiller d’Etat en exercice. Rien de moins. Depuis le début de la crise, née des ennuis judiciaires et aggravée par la révélation des méthodes conspirationnistes du ministre, c’est la première fois que ce pas est franchi. «Le parti ne peut pas rester muet et ne rien faire face à des comportements inacceptables. Nous devons avancer et prendre nos responsabilités», estime son président, Bertrand Reich. Cette discussion se fera en l’absence du principal intéressé. Pierre Maudet, dans sa dernière newsletter, a annoncé qu’il ne se rendrait finalement pas à «ce procès politique».

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Visiblement, le conseiller d’Etat pense déjà que la balance ne penchera pas en sa faveur et préfère éviter la confrontation. «Mon droit à être entendu est un leurre», écrit-il. Il se pose en martyr d’une cabale permanente et dénonce «l’acharnement d’une faction» qui choisit le creux du mois de juillet pour mettre en œuvre sa manœuvre d’exclusion ou qui convoque la morale plutôt que le droit. A tous ceux qui souhaitent sa mort politique, Pierre Maudet rétorque: «Le radical que je suis dit qu’il restera debout.»

Réponses évasives

Dans cette même tribune, le ministre revient sur les échanges de messages avec Simon Brandt, révélés en début de semaine dernière par Le Temps, et s’étonne de voir cette information surgir maintenant alors que la police avait saisi les données il y a plusieurs mois. L’explication est pourtant simple et se trouve dans la première phrase de l’article en question. Celui-ci fait référence au procès-verbal d’une audience d’instruction qui a eu lieu le 23 juin dernier et qui portait précisément – et pour la première fois – sur ce troublant dialogue où il est question de financement lié à la soirée d’anniversaire du conseiller d’Etat et de modification d’un procès-verbal avec l’appui complice d’un clan de fidèles.

Ce même procès-verbal illustre aussi la manière avec laquelle Pierre Maudet sait entretenir le flou. Par exemple:

Le procureur: «Pour quelle raison lui répondez-vous [à Simon Brandt, ndlr]: «Si tu es à l’aise en informant quelques membres sûrs, c’est la meilleure solution»?

Pierre Maudet: «J’émets l’hypothèse qu’il est fait référence à la prise en charge de frais supplémentaires non pris en charge par Manotel. Je ne suis toutefois pas certain de cela.»

Le procureur: «Pourquoi le trésorier pense que c’est trop risqué?»

Pierre Maudet: «Je pense que Simon Brandt fait référence dans ce message au trésorier du PLR Ville de Genève. Je ne me souviens plus qui était trésorier à cette époque.»

Le procureur: «Pour quelle raison proposez-vous: «Et si on envoyait à S. au titre de queue de comète du comité de soutien»?

Pierre Maudet: «Je ne sais pas pourquoi j’ai indiqué cela, car les comptes avaient déjà été bouclés et cela n’aurait pas été possible de financer par le biais du comité de soutien.»

Simon Brandt sort du bois

Simon Brandt, convoqué ce jour-là comme témoin, s’est déclaré incapable de comparaître. Il a également fait faux bond jeudi au comité du PLR Ville qui voulait l’entendre à ce sujet et qui a pris acte de sa démission de la vice-présidence. En revanche, le conseiller municipal a trouvé l’énergie de se confier au Matin Dimanche à propos «du contexte» de cet échange. S’il a évoqué toutes sortes de magouilles, c’était uniquement pour «rassurer» Pierre Maudet, lequel venait de lui avouer son mensonge d’Abu Dhabi et semblait fort déprimé.

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Donc, quand Simon Brandt écrit à Pierre Maudet: «Peux-tu juste me dire le montant avant? Car il faudra que je modifie un PV d’époque et si elle est trop élevée, il faudra que je prévienne mes membres «sûrs» au cas où on veut nous chercher.» Il faudrait en fait comprendre, soutient-il au journal dominical, qu’il n’a jamais eu l’intention de modifier un PV de quelconque manière, mais lui a ainsi laissé entendre «qu’il ne devait pas s’inquiéter». Quant aux membres sûrs, c’était des gens à qui Simon Brandt dit «qu’il pouvait parler en toute confiance de la situation», car il se sentait impuissant pour aider Pierre Maudet. Il conclut lui aussi sur la théorie du complot visant à nuire au ministre.

Propos au vitriol

Une thèse qui a bien de la peine à réunir des adeptes. Depuis l’annonce du prochain renvoi en jugement de Pierre Maudet pour acceptation d’un avantage, en relation avec l’invitation princière d’Abu Dhabi et le financement d’un sondage, puis la conférence de presse tenue dans la foulée par le ministre sur le ton de la croisade anti-parquet, la coupe est pleine. Le président du PLR ne s’en cache pas: «Les membres n’en peuvent plus d’être occupés par ses dysfonctionnements et ses problèmes judiciaires.» Quant au conseiller national Christian Lüscher, il enfonce le clou dans une interview au Matin Dimanche, avec des propos au vitriol contre un Pierre Maudet «qui vit dans le mensonge, la manipulation et la volonté de nuire» et «que toute la Suisse regarde avec incrédulité déshonorer son canton et son parti».

C’est donc dans ce climat particulièrement envenimé que se tiendra la réunion. On ne sait pas encore combien de membres du comité directeur (ils sont 34 en tout) feront le déplacement. Pour prononcer l’exclusion, il faut que deux tiers des personnes présentes votent cette mesure exceptionnelle. Si Pierre Maudet était là, il n’aurait pas pu participer à la décision. En revanche, il peut la contester devant l’Assemblée générale du parti (avec un gros risque de désaveu) si les choses tournent en sa défaveur. Ou alors, continuer d’ores et déjà sa route en martyr solitaire.

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