Genève

Pierre Maudet, le dos au mur

L’enquête sur le voyage d’Abu Dhabi se prolonge et un classement du dossier semble désormais hautement improbable. Dans ces conditions, le ministre va-t-il continuer à s’accrocher à son poste? Le point sur les scénarios envisagés

La coïncidence n’échappera à personne. Le 5 décembre, jour de l’élection de deux nouveaux conseillers fédéraux, Pierre Maudet, candidat PLR à cette même haute fonction il y a une année, est attendu quant à lui – mais sans obligation de présence cette fois – dans le bureau d’un procureur avec plusieurs co-prévenus pour une histoire de gros cadeaux sur fond d’atmosphère bienveillante. Les développements du dossier judiciaire, qui ne va pas en s’allégeant, ravivent la question d’une démission du ministre genevois.

Le flou des promesses

Ce jeudi, après la révélation des nouvelles mises en prévention pour abus d’autorité visant l’ancien chef de cabinet Patrick Baud-Lavigne et le directeur du Service de police du commerce, Raoul Schrumpf, ainsi que la prochaine convocation en qualité de prévenus d’octroi d’un avantage des deux entrepreneurs d’origine libanaise Antoine Daher et Magid Khoury (c’est eux qui seront entendus le 5 décembre), la lassitude commence à poindre dans la voix d’Alexandre de Senarclens, président du PLR genevois.

Bien résolu à consacrer «toute son énergie» à l’Assemblée des délégués, qui doit avoir lieu ce 15 novembre au soir pour désigner les candidats au Conseil national et au Conseil des Etats, celui-ci se contente de réitérer les limites déjà exprimées publiquement. En substance, confirme Alexandre de Senarclens, une longue procédure ou un risque concret de procès serait «incompatible avec la continuation des fonctions de conseiller d’Etat». Et le chef du parti cantonal ajoute que la situation sera «très prochainement réexaminée» à la lumière des récents événements.

Lire aussi: Affaire Maudet: deux mises en prévention pour abus d’autorité

L’idée d’un pacte entre Pierre Maudet et les instances dirigeantes du parti, prévoyant un retrait pour le bien des institutions, avait été nuancée sur Twitter par la défense du ministre. Le 5 novembre dernier, Me Grégoire Mangeat postait cette précision: «M. Maudet a toujours dit à son parti qu’il attendrait l’issue de l’instruction pénale pour se déterminer. De notre côté, nous poursuivons l’étude du dossier et travaillons à la mise hors de cause de notre client.»

Les scénarios judiciaires

Une enquête dont le terme s’éloigne furieusement. Avec trois nouveaux prévenus, une perquisition au sein du groupe Manotel qui pourrait donner lieu à un volet supplémentaire (avec des montants très conséquents en jeu) et l’examen des dessous d’un vaste projet immobilier au Grand-Saconnex, le Ministère public a de quoi s’occuper encore longtemps. Voire même demander une extension de levée d’immunité au Grand Conseil.

Ce même tableau rend aussi très peu probable l’hypothèse d’un classement pur et simple de la procédure, imaginable si les premières explications de Pierre Maudet et de son ancien bras droit avaient convaincu le parquet de ne pas pousser plus loin les investigations.

Autant dire qu’il reste deux scénarios privilégiés pour la fin de l’instruction. Soit le Ministère public estime que la faute est vénielle et il prononce une ordonnance de condamnation, que Pierre Maudet pourra accepter ou alors contester devant le tribunal avec le désavantage d’un procès public. Soit le parquet décide que cette affaire est suffisamment grave pour mériter un acte d’accusation et un renvoi en jugement de tout ou partie des prévenus.

Aficionados et «contras»

Les deux perspectives sont plutôt problématiques d’un point de vue politique, quelle que soit finalement l’issue pénale des comportements reprochés au ministre. Au sein du parti, certes encore divisé entre aficionados et «contras», certains dessinent aussi les scénarios pour sortir au plus vite de cette crise qui nuit à l’image d’une section genevoise raillée outre-Sarine.

La première option est que Pierre Maudet, conscient de la tournure que prend désormais le dossier, accepte de se retirer, quitte à se représenter s’il est acquitté. La seconde est qu’il continue de s’accrocher et que le parti exige sa démission compte tenu de l’évolution défavorable de l’enquête. S’il résistait toujours à cet appel appuyé, le PLR pourrait décider de son exclusion afin de marquer ses distances.

Les instances dirigeantes du parti, qui tiennent des réunions régulières au sujet des difficultés de leur ministre, feront prochainement le point sur cette question sensible.

En attendant, les avocats du ministre, Mes Grégoire Mangeat et Fanny Margairaz, restent confiants et relativisent l’importance des événements sur le plan judiciaire: «Bien sûr que l’extension de l’enquête à de nouvelles personnes peut prolonger quelque peu les choses. Mais il nous paraît absolument essentiel que le Ministère public accomplisse un travail minutieux et complet.» Ils ne seront au moins pas déçus sur ce point.

Plus de contenu dans le dossier

Publicité