Jeudi matin, il n’avait pas encore pris sa décision. Signe qu’elle n’a pas été facile à prendre. Mais à 15h30, Pierre Maudet avait tranché: il ne sera pas le candidat des radicaux genevois au Conseil fédéral. «Ce n’est pas le bon moment», explique le membre de l’exécutif de la Ville de Genève.

Le fait que les radicaux genevois François Longchamp, conseiller d’Etat, et Hugues Hiltpold, président du parti cantonal et conseiller national, aient renoncé à se lancer dans la course faisait de Pierre Maudet le papable le plus crédible dans son parti. Les stratèges radicaux laissaient entendre que sa candidature, sans avoir de grandes chances d’aboutir, aurait redynamisé le débat autour de la succession de Pascal Couchepin.

Quelques minutes après avoir décidé de se retirer de la course, Pierre Maudet explique les raisons de cette décision au Temps.

Le Temps: Pourquoi avez-vous renoncé à déposer votre candidature au Conseil fédéral auprès des radicaux genevois?

Pierre Maudet: J’ai pris ma décision jeudi après-midi, après une semaine de réflexion intense. Je n’ai pas déposé ma candidature parce que, pour diverses raisons, ce n’est pas bon le moment. Il fallait que je décide rapidement. Par rapport au délai fixé par mon parti, mais aussi vis-à-vis à l’extérieur: je ne suis pas un partisan des mystères. Je me suis demandé: ai-je une chance si minime soit-elle? Qui me voit ministre dans trois mois? J’ai bien évalué la situation: je siège depuis deux ans dans un exécutif où j’ai reconquis le seul fauteuil radical. Mon parti, au niveau cantonal, est convalescent. En l’état, ma candidature ne serait pas perçue comme sérieuse. Ce n’est pas un problème de crédibilité, mais plutôt de légitimité.

Cette décision est-elle irrévocable?

Rien n’est jamais définitif. Mais je vois mal quels seraient les éléments qui me feraient revenir sur ma décision. Il revient au Parti suisse de savoir comment il veut valoriser la cause jeune, urbaine et progressiste. Jusqu’à présent, je n’ai pas eu de contact avec le président Fulvio Pelli. Par ailleurs, d’autres échéances se profilent sous la Coupole fédérale: le renouvellement du parlement en 2011 pourrait m’intéresser.

Votre jeune âge a-t-il également constitué un facteur?

Non, et j’estime qu’il est stupide de se focaliser là-dessus, et dans les deux sens: autant quand on exclut un candidat intéressant de 60 ans que lorsque l’on se prive des talents de la génération née dans les années 1970 en estimant qu’elle n’a pas de valeur ajoutée intéressante à apporter au Conseil fédéral.

Votre candidature aurait permis de redynamiser le débat autour de la succession de Pascal Couchepin, cristallisé autour de thèmes comme la romandicité. N’est-ce pas dommage de reculer?

Si j’avais fait acte de «candidature classique», j’aurais dû concentrer ma campagne sur ma personnalité et gommer mes aspérités sur les thèmes qui me sont chers, comme la fiscalité écologique, l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne ou notre nécessaire collaboration avec l’OTAN en matière de politique de la sécurité. Or, mes positions dans ces domaines ne sont pas forcément partagées dans mon parti. Je n’ai pas envie de m’emprisonner. Ni de me lancer dans une candidature de témoignage. Ce n’est pas comme cela que je conçois la politique. Je préfère rester libre et continuer, pour le moment, à saisir toutes les occasions pour poser les questions de fonds en tant qu’élu radical et président de la Commission fédérale de la jeunesse, et non en tant que candidat à la candidature au Conseil fédéral. La perspective de faire un tour de carrousel jusqu’au 10 août pour ensuite me retirer ne m’intéresse pas. Je n’ai pas envie d’encombrer une arène qui n’est pas celle dans laquelle je pourrais avoir ce discours.

N’allez-vous pas décevoir votre parti, qui se retrouve sans candidat genevois?

Lorsque je réfléchissais, certains m’ont dit qu’ils me soutiendraient dans tous les cas, d’autres m’ont dit qu’on avait surtout besoin de moi à Genève et quelques-uns m’ont regardé d’un air narquois. Mais je pense qu’aujourd’hui, mon parti comprend ma décision. Pour moi, ces choses-là marchent au feeling et dans cette affaire, je ne l’ai pas eu. Quand on se retrouve dans ce type de situation, on se dit qu’il faut garder la tête froide et en même temps, on se prend forcément au jeu et on se dit: si j’y allais quand même? Mais le jeu consistant à transiger sur mes idées pour récolter davantage que deux voix sur soixante auprès du groupe parlementaire n’en valait pas la chandelle.

Votre retrait de la course ouvre un boulevard à la conseillère nationale Martine Brunschwig Graf, qui pourrait être la candidate des libéraux genevois. La soutiendrez-vous?

Les libéraux doivent commencer par se déterminer entre la candidature de Martine Brunschwig Graf, celle du conseiller national Christian Luscher, pour autant qu’ils se présentent, ou alors, le scénario consistant à ne pas lancer de candidat du tout. Donner ma préférence maintenant reviendrait à relancer le débat sur les personnes plutôt que sur la vision politique: je ne le ferai donc pas.