Une armée de volontaires de 20 000 hommes, un véritable Département fédéral de la sécurité regroupant l’armée, la police fédérale, des gardes-frontière, la sécurité nucléaire, une collaboration avec l’Union européenne en matière de défense: voilà, selon le conseiller administratif de Genève Pierre Maudet, la «vraie réponse» aux défis pour la sécurité de la Suisse.

Magistrat en charge de la sécurité de la deuxième ville du pays, élu radical volontiers impertinent, capitaine de milice, Pierre Maudet prend délibérément le contre-pied du Rapport de politique de sécurité rédigé par les services du ministre de la Défense Ueli Maurer et adopté par le Conseil fédéral.

«La plus grande menace pour la sécurité de la Suisse, c’est Ueli Maurer». Avec cette phrase mise en exergue de son rapport de 22 pages, Pierre Maudet attaque d’emblée et sans nuances. Pourtant, sa dissertation, par laquelle il souhaite lancer une réflexion plus vaste au sein du Parti libéral-radical, est solidement étayée par les apports de spécialistes reconnus, comme l’ancien chef de l’Armée Christophe Keckeis, le brigadier Peter Arbenz ou encore l’ancien commandant de la police vaudoise Pierre Aepli.

Principes passéistes

La Confédération consacre annuellement 4,4 milliards de francs à l’entretien d’une armée hypertrophiée mais dénuée d’analyse stratégique sérieuse; la «meilleure armée du monde» se désagrège et ne sait plus quel cap suivre en matière de défense aérienne, constate le magistrat genevois. Alors qu’au même moment les principales villes sont victimes des problèmes de criminalité internationale, des menaces terroristes et des cyberattaques. «La sécurité de la Suisse se joue pour une bonne part à l’étranger et doit être appréhendée de manière globale», constate Pierre Maudet. Elle est isolée et sa neutralité est inopérante face aux groupes terroristes, ajoute le radical genevois, qui reproche au Rapport de politique de sécurité de la Confédération d’en rester à des principes passéistes, notamment une conception de la neutralité étriquée.

Quelles solutions dès lors? Pierre Maudet écarte, comme irréalisable, une adhésion à l’UE ou à l’OTAN. Par contre il estime compatible avec la neutralité (voir la Suède), une coopération bilatérale avec l’UE en matière de défense. Il préconise aussi un renforcement du service de renseignement, notamment en lui octroyant des moyens légaux plus larges pour mener ses enquêtes.

Sur le plan institutionnel, Pierre Maudet propose d’abandonner le concept dépassé de «défense» pour créer un véritable département de la sécurité touchant aussi bien la défense nationale (armée), la sécurité publique (Office fédéral de la police, gardes-frontière), la sécurité nucléaire ou sanitaire, la protection contre les cyberattaques, l’état-major contre les prises d’otages.

Selon lui, une collaboration aérienne plus intense avec nos voisins rendrait caduque le remplacement de la flotte de F-5 Tiger. S’agissant de l’armée, pour laquelle il rejoint quelques-unes des idées de l’ancien commandant de corps Christophe Keckeis, il songe à un effectif de 20 000 hommes et femmes, tous volontaires pour un service long, avec trois brigades mécanisées interarmes, un bataillon d’aide en cas de catastrophe et une force aérienne de 5000 hommes.