Dicastères

Pierre Maudet prend néanmoins la présidence du Conseil d’Etat genevois

Sur fond de polémique, le gouvernement fraîchement élu s’est réparti les Ministères en remaniant fortement les découpages. Pierre Maudet dirigera le collège, et prend notamment Cointrin dans son périmètre

Pierre Maudet prendra la présidence du Conseil d’Etat genevois. Le gouvernement l’annonce en ce moment lors d’une conférence de presse. Malgré la tempête politique que traverse le magistrat, il a reçu la confiance de ses collègues.

Dans son périmètre, l’élu PLR s’arroge notamment le projet d’agglomération, le domaine de la recherche et de l’innovation, Cointrin et Palexpo – l’aéroport est cité dans la polémique actuelle –, ainsi que la Fondation Genève Tourisme & Congrès. Il garde la Sécurité, mais renonce à l’Economie. Le Département présidentiel devient ainsi une administration plus fournie, alors qu’elle était jusqu’ici concentrée sur la représentation.


Les autres départements

Nouvelle arrivée, Nathalie Fontanet dirigera un Département des finances et ressources humaines. Les Finances échappent donc à Serge Dal Busco, qui endosse le délicat domaine des transports, à la tête duquel Luc Barthassat a été délogé lors des élections. Anne Emery-Torracinta conserve l’Instruction publique, mais le département est rebaptisé Formation et jeunesse, presque comme dans le canton de Vaud.

Mauro Poggia garde l’Emploi et la Santé. Antonio Hodgers a une administration aussi rebaptisée, Département du territoire, mais qui comprend certaines de ses anciennes attributions, dont l’aménagement et l’énergie. Thierry Apothéloz reçoit un nouveau département, de la Cohésion sociale, qui comprend l’Hospice général, les diverses aides sociales et la culture.


La nomination de Pierre Maudet intervient dans un contexte très particulier. La présidence ne devait pas échapper à Pierre Maudet. Le conseiller d’Etat chargé de l’Economie et de la Sécurité avait été élu dès le premier tour, le 15 avril. Alors que les autres candidats devaient se soumettre à un second tour, qui a eu lieu le 6 mai, le PLR a eu le temps, notamment, de préparer le dossier de la nomination d’une nouvelle chancelière. Et certainement de penser à la présidence, le matin, en se rasant.

Des réponses qui creusent le doute

Le grain de sable est intervenu sous la forme d’un article de la Tribune de Genève, le vendredi 11 mai. Le quotidien interrogeait le magistrat réélu sur un voyage qu’il avait effectué en novembre 2015 avec sa famille et des proches à Abu Dhabi, pour y suivre le Grand Prix de Formule 1. Les réponses de Pierre Maudet n’ont fait que creuser les doutes sur plusieurs points: on apprendra de la bouche du conseiller d’Etat, le mercredi suivant, qu’un ami d’un ami, installé à Abu Dhabi depuis trente ans, a payé l’entier du voyage, pour tous les participants. S’il dit avoir versé aux Eglises catholique et protestante, avant le départ pour Abu Dhabi, l’équivalent du prix du vol en classe économique pour lui et sa famille afin de se dédouaner du caractère gratuit de l’opération, le magistrat a finalement voyagé en classe business.

A ce sujet: Pierre Maudet, le retour de bâton

Sur la base d’un rapport de police remis en août 2017, la justice a ouvert une enquête contre inconnu, du chef d’acceptation d’un avantage, apprendra-t-on plus tard.

Coïncidence temporelle: dans la période du voyage, le marché du handling des bagages à l’aéroport de Cointrin était soumis à des appels d’offres, selon la RTS. Parmi les deux sociétés désignées en janvier 2016, figure Dnata, une entreprise des Emirats. Pierre Maudet affirme que ce point n’a aucunement été abordé avec les officiels qu’il avait rencontrés sur place. L’aéroport, de son côté, a volé au secours du magistrat en soulignant que son chef de cabinet, du voyage émirati, est certes membre du conseil d’administration, mais qu’en aucun cas il ne peut intervenir dans ces choix tels que ceux-ci.

L’interview du ministre: «J’ai sans doute été imprudent»

De fait, le doute que cette affaire a fait naître sur la probité de Pierre Maudet n’a pas eu raison de sa nomination au poste de président du Conseil d’Etat.

Notre éditorial de ce lundi: Affaire Maudet: le risque d’emballement

Plus de contenu dans le dossier

Publicité