Genève

Pierre Maudet ou la stratégie du roseau

Le ministre peut-il encore tenir politiquement en s’accrochant à sa fonction? Depuis quelques jours, cette option paraît vraisemblable, malgré la pression et les obstacles. Alors qu’au plus fort du scandale, la démission paraissait la seule issue

Du chêne ou du roseau de la fable, Pierre Maudet doit s’identifier au second. Celui qui plie mais ne rompt pas. Malgré les appels et la pression constante à la démission, le lâchage de sa famille politique, le dépeçage de ses attributions, Pierre Maudet pourrait continuer à se cramponner au pouvoir.

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Réactions

Au plus fort de la tempête, l’option de la démission paraissait hautement probable. Aujourd’hui, elle semble reculer, à entendre nombre de députés, de droite comme de gauche, qui requièrent l’anonymat. Non que sa démission ne soit plus souhaitée. Mais plusieurs facteurs pourraient expliquer qu’il s’accroche. D’abord, ni le parlement ni personne ne peut démettre un conseiller d’Etat. Le Grand Conseil l’a bien compris, qui n’a pas pris le risque de gesticuler en soutenant la résolution d’Ensemble à gauche l’invitant à se retirer.

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Ensuite, les attaques médiatiques tous azimuts commenceraient à lasser l’opinion: «On entend désormais parler d’acharnement», selon deux élus, l’un PS, l’autre PLR. La chose était arrivée à la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta, attaquée ce printemps sur l’affaire Ramadan, même si les erreurs des deux magistrats ne sont en rien comparables. Par conséquent, beaucoup s’aventurent à pronostiquer une victoire si Pierre Maudet, par hypothèse, se représentait devant le peuple. Comme ce socialiste isolé au sein des siens: «Parce qu’on a fait d’une faute un scandale d’Etat disproportionné.» Une autre élue de gauche déplore «le pari personnel de Pierre Maudet, incapable de se sacrifier pour Genève, alors qu’il déstabilise et décrédibilise les institutions. La seule posture digne est la démission, mais je crains qu’il ne reste, par arrogance et mépris.»

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Enfin et surtout, il y a la personnalité de l’intéressé. «Il traversera le désert, il ira à Canossa s’il le faut, pronostique un socialiste. Mais démissionner, non, car cela équivaudrait pour lui à reconnaître sa culpabilité.» C’est probable. Lors de la conférence de presse du Conseil d’Etat annonçant la restructuration, Pierre Maudet, acculé, résumait ainsi devant une caméra alémanique: «Je suis un combattant, et je combats pour mon honneur.» Une phrase qui résume son état d’esprit. Reste à voir s’il tiendra la pression, au risque de mettre les institutions en péril, et de ne plus pouvoir travailler avec un Grand Conseil qui rêve de lui voir les baskets.

La course pour le siège

Cette hypothèse, qui ouvrirait la voie à une élection complémentaire, aiguise les appétits. Au PLR en premier lieu: «Nous avons une dizaine de personnes de talent qui pourraient prétendre au siège, estime un ténor du parti. Même Pierre Maudet n’est pas irremplaçable.» Mais on entend aussi d’autres voix chez les bourgeois, comme celle-ci: «En l’absence de candidat providentiel, on perdra le siège et on le paiera pendant vingt ans.» C’est exactement ce dont rêve la gauche. Certains pensent que la conseillère administrative en ville de Genève, Sandrine Salerno, tient là sa seconde chance, ayant jeté l’éponge dans l’entre-deux-tours des élections au Conseil d’Etat. En cas de victoire, son siège vacant pourrait faire saliver le PLR.

Au-delà des calculs politiques, la question est aussi de savoir combien de temps les collègues ministres de Pierre Maudet pourront absorber la charge de travail supplémentaire dont ils ont hérité. Cela paraît difficile, sur le long terme. D’autant plus que les frictions se font déjà sentir dans les départements. Selon nos informations, des collaborateurs de Pierre Maudet sont pris dans un conflit de loyauté: pleinement collaborer avec un autre magistrat signifie-t-il trahir, en cas de retour de l’ancien patron? Jusqu’où faut-il transmettre les dossiers? Autant de questions qui, si la justice prend son temps, pourraient envenimer un climat déjà tumultueux. On verra alors si la réponse du roseau au chêne est confirmée.

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