Genève

Pierre Maudet: «Je suis un candidat de propositions»

Le conseiller d’Etat PLR genevois se lance dans la course au Conseil fédéral. Il compte faire de son profil de décideur et d’homme à poigne un avantage

On l’attendait, il est au rendez-vous. Le conseiller d’Etat genevois a décidé de tenter sa chance au Conseil fédéral. Alors que le PLR tessinois a opté pour la candidature unique d’Ignazio Cassis, après les annonces brouillonnes des Vaudois Jacqueline de Quattro et Olivier Français, et avant la possible entrée en lice d’Isabelle Moret, Pierre Maudet apparaît comme un candidat solide, même s’il n’est pas favori. C’est désormais au groupe PLR aux Chambres fédérales de décider si le Genevois mérite de figurer sur le ticket qu’il proposera au parlement le 20 septembre prochain. Coïncidence amusante: c’est en route pour le Festival de Locarno que Pierre Maudet a répondu aux questions du Temps.

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Le Temps: Vous n’êtes pas homme à vous lancer au petit bonheur la chance, vous avez beaucoup consulté. Qu’est-ce qui vous a décidé?

Pierre Maudet: La concertation a pris du temps en effet. La décision tessinoise de ne lancer qu’un candidat a aussi compté dans la pesée des intérêts. J’en ai aussi parlé avec mes collègues du Conseil d’Etat; comme la fin de la législature approche, le moment est bien choisi. Ma candidature vise à ouvrir le champ démocratique, elle entérine le choix de la variété.

– Barrer la route à un Tessinois, vous assumez?

– Je ne suis pas un candidat en opposition mais un candidat de propositions. Le vice-président du parti, Christian Lüscher, a estimé que mon profil correspondait aux exigences. Il s’agit de refléter la diversité du PLR, qui compte 40 conseillers d’Etat en Suisse. Sa force en Suisse romande est de 22%, contre 15% en Suisse alémanique. Ce n’est pas parce que le Tessin propose un candidat que Genève n’est pas fondé à le faire. Je rappelle que mon canton a attendu 74 ans, après Gustave Ador, pour placer l’un des siens au Conseil fédéral, Ruth Dreifuss. Maintenant, il est clair que je ne suis pas favori, car je ne suis ni parlementaire fédéral ni femme. Ma candidature est celle d’un outsider. Ce qui compte pour moi, c’est de rassembler, au-delà de mon parti, autour d’une candidature de contenu.

– Quel sera-t-il? On imagine que vous n’allez pas insister sur votre côté Européen convaincu, plutôt handicapant?

– J’en réserve la primeur aux membres de mon parti, qui se rassembleront mardi soir. Mais on voit que le thème de la frontière est d’actualité, et mon expérience genevoise pourrait être précieuse et servir également au Tessin. Comme conseiller d’Etat, j’ai mis en place une solution d’inspection paritaire des entreprises pour lutter contre le travail au noir. J’ai renforcé les mesures d’accompagnement, j’ai permis d’aboutir à un accord avec les partenaires sociaux du gros œuvre, j’ai mis sur les rails la loi sur les taxis. A Genève, je collabore bien avec mon groupe parlementaire, ce qui est une belle carte à jouer à Berne. En dépit de mes handicaps connus ou pressentis. Genève, en tant que poumon économique en Suisse et canton contributeur à la péréquation intercantonale, n’est pas moins légitime que d’autres à briguer un siège au Conseil fédéral.

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– On peut difficilement imaginer que vous vous lanciez sans avoir la certitude de figurer dans la course finale sur le ticket du PLR, évinçant ainsi les Vaudois.

– Rien n’est moins sûr que le PLR me couche sur le ticket. Des candidatures vaudoises bénéficieront peut-être de l’effet femme. Plutôt que de parler de tactique, je parlerais de stratégie et de réflexion d’ensemble sur la composition du Conseil fédéral. Nous nous trouvons à un moment où beaucoup de monde peut se lancer. Avec le départ annoncé de Doris Leuthard, nous sommes au début d’une séquence intéressante, où trois ou quatre conseillers fédéraux seront renouvelés. Il s’agit, pour mon parti, d’ouvrir le champ des possibles, de ne pas jouer la stratégie de l’enfermement.

– Le côté un peu mâle alpha qu’on vous prête n’est-il pas un handicap, dans la course au Conseil fédéral? Le souvenir d’un collège aux personnalités fortes comme Pascal Couchepin, Christoph Blocher et Micheline Calmy-Rey a durablement traumatisé ceux qui préfèrent le consensus mou, et ils sont nombreux.

– Non, je ne le pense pas. Je suis adepte d’un consensus dynamique, c’est-à-dire l’inverse du plus petit dénominateur commun qui mine la politique suisse depuis trop longtemps. On élit un membre de l’exécutif, non? Lequel ne doit pas se contenter, s’il veut obtenir des résultats, de trouver le plus petit terrain d’entente. Je trouve important qu’on propose de vrais choix, en termes de personnalités et de contenu. La compétence du Conseil fédéral ne se résume pas aux seuls équilibres de région et de sexe. Elle repose aussi sur d’autres critères, comme l’âge, l’expérience, le côté urbain. Le parlement va devoir décider quel type de magistrat il souhaite pour le pays. Ma vision du Conseil fédéral est celle d’un équilibre, certes, mais qui fait de la politique. Si le dire est éliminatoire, alors tant pis. En Suisse, on renonce trop souvent par anticipation. Je préfère, moi, affirmer mes positions.

– Comme le fait d’être plutôt à gauche de votre parti?

– Non, car sur les questions de sécurité, je suis perçu comme un «hard liner». Le prisme gauche-droite ne reflète qu’une partie de la réalité.

– Mais vous pourriez, de ce fait, miser sur le soutien du PS, qui ne veut pas de Cassis et de ses accointances avec les caisses maladie!

– Je ne fais pas ces calculs, je mise tout sur le PLR. Car encore faut-il que je figure sur le ticket de mon parti. Mais je crois à la valeur ajoutée de ma candidature, qui peut être portée au-delà des factions partisanes.

– A Genève, vous êtes la locomotive du Conseil d’Etat. Ne craignez-vous pas que Berne ne vous rogne les ailes?

– Une élection est ce qu’on en fait. En Ville de Genève, où j’ai reconquis le siège radical perdu huit ans plus tôt, on prédisait que je ne pourrais rien faire, entouré de quatre collègues de gauche. Or cela s’est avéré erroné. Je n’ai pas dans ma manche l’atout bernois, mais j’ai la faiblesse de croire que n’être le candidat d’aucun lobby peut se révéler un atout.

– On vous sait ambitieux. Depuis combien de temps rêvez-vous au Conseil fédéral? Depuis 2009 ou depuis le berceau?

– Ni l’un ni l’autre. J’ai commencé la politique à 14 ans par pragmatisme, dans le cadre du parlement des jeunes, car je voulais faire la promotion du skateboard. Mais quand on accède à un exécutif cantonal, on se projette plus loin.

– A Genève, les élections sont bientôt là. Vous prenez le risque qu’un échec à Berne ne vous affaiblisse à Genève?

– Ce ne sera pas forcément le cas. On peut aussi considérer que ma candidature valorise mon canton.

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