«Il y a un problème de criminalité dans notre pays dont une partie vient de l’étranger», affirme Pierre Weiss, vice-président du parti libéral-radical, député au Grand Conseil genevois et candidat au Conseil national. Dans son discours du 1er août, dans la commune d’Avusy, l’élu plaidera pour «Schengen +», une application plus stricte de l’accord grâce au renforcement des effectifs de gardes-frontière.

Le Temps: dans votre discours du 1er août, vous avez évoqué la nécessité d’aller vers «un Schengen +». Qu’entendez-vous par là?

Pierre Weiss: Depuis l’entrée en vigueur du traité de Schengen, en 2008, il n’est plus possible d’effectuer des contrôles systématiques à la frontière. Mais l’accord nous laisse une marge de manœuvre, qui n’est actuellement pas exploitée: il autorise le contrôle des personnes à l’intérieur des frontières, notamment par des brigades volantes. Si l’on appliquait cette disposition avec plus de personnel, on améliorerait notre sécurité en arrêtant davantage de délinquants potentiels à l’entrée de la Suisse et plus de délinquants confirmés à la sortie. Par ailleurs, Schengen n’interdit pas le contrôle électronique des véhicules. Je sais qu’un certain nombre d’équipements radars ont été commandés. J’appelle à ce que la plupart des postes soient équipés. Avec ces deux mesures principales, on peut faire face de façon rapide et efficace aux préoccupations sécuritaires de la population.

Le Temps: vous estimez donc que les Suisses ne sont pas assez protégés?

Pierre Weiss: en 2003, le Conseil fédéral a promis de maintenir le même nombre de garde-frontière après l’entrée en vigueur de Schengen. A la lumière des chiffres, on peut penser que c’est le cas: ils étaient 2033 en 2002 et 2017 en 2010. Mais en réalité, la situation a changé: 15% d’entre eux ne sont plus sur le terrain. A Genève, sur les 34 postes frontière du canton, seuls trois sont encore gardés, dont deux 24 heures sur 24. En 2011, le Conseil fédéral a reconnu l’existence de besoins supplémentaires, mais n’a prévu que 35 postes pour toute la Suisse, alors que les besoins se chiffrent à environ 300 personnes, ce qui correspond aux effectifs retirés du contrôle du territoire au profit notamment du contrôle dans les aéroports et les trains internationaux.

Le Temps: peut-on démontrer que la criminalité a augmenté depuis l’application de Schengen?

Pierre Weiss: je ne veux pas crier au loup, mais il faut admettre qu’il y a un problème de criminalité dans notre pays dont une partie vient de l’étranger. Elle a au minimum stagné à un niveau très élevé. La statistique suisse démontre qu’en 2009, 19% des dénonciations, 28% des condamnations d’adultes et 37% des incarcérations concernent des non-résidents. A Genève, le problème est particulièrement criant, en lien avec la région transfrontalière. Je veux montrer qu’on peut répondre aux besoins légitimes de sécurité de la population en utilisant toutes les possibilités que prévoit Schengen.

Le Temps: pourquoi ne pas plutôt dénoncer ou renégocier l’accord?

Pierre Weiss: j’habite Soral et j’y suis né. J’ai vu ce qu’il en était de l’évolution du système de contrôle des frontières. Je sais qu’avant Schengen déjà, les gardes-frontière n’étaient plus aux douanes: seulement 3% des véhicules étaient contrôlés. Un retour au système douanier de grand-papa, comme le souhaite l’UDC, n’aurait dès lors aucun sens. Par ailleurs, je suis convaincu de l’efficacité Schengen: on note une augmentation importante de l’utilisation du Système d’information Schengen et la Suisse en a bénéficié en accédant, en 2010, à 48 000 informations venant de l’étranger, soit 32 par jour. La collaboration avec les autres pays s’avère fructueuse. Outre les accords bilatéraux, il y a d’autres domaines dans lesquels la Suisse doit ou devra être en négociations à Bruxelles, comme la fiscalité. On ne peut les mettre en danger.

Le Temps: d’autres pays n’ont pas pris tant de gants…

Pierre Weiss: à la mi-mai, les Danois ont dit qu’ils allaient rétablir le contrôle aux frontières, mais leur situation est différente, car ils n’ont qu’une seule frontière avec l’UE, celle de l’Allemagne, plus un pont avec la Suède. Par ailleurs, ils sont membres de l’UE et n’ont donc rien à négocier, ils ne craignent pas des mesures de rétorsion. Quelques jours plus tard, la Norvège a affirmé qu’elle rétablirait le contrôle aux frontières au sud pour lutter contre la criminalité transfrontalière. Pour la Suisse, il s’agit de s’appuyer sur ce qui se passe dans ces pays nordiques, précurseurs en matière de suppression des frontières, pour donner de la voix à Bruxelles: elle doit dire ce qu’elle fait et le faire, et non demander la permission. Par ailleurs, en cas de situation exceptionnelle, le contrôle systématique aux frontières pourrait être réintroduit pour une durée de trois mois renouvelable.

Le Temps: pourquoi lancer cette offensive maintenant?

Pierre Weiss: j’observe un nombre important d’interpellation d’élus au Conseil fédéral, surtout mais pas seulement dans les rangs de l’UDC. Or, dans ses réponses, le Conseil fédéral a d’abord nié la hausse de la criminalité. Puis il l’a admise, en affirmant que le problème se posait dans les régions frontalières. Mais il s’est empressé de préciser qu’à cause des restrictions budgétaires, il n’y avait pas de moyens à affecter à cela. J’estime qu’il y a des priorités à établir! La sécurité aux frontières doit en être une. Sinon, on offre de la nourriture à ceux qui veulent tout mettre en cause.

Le Temps: combien coûterait «Schengen +» ?

Pierre Weiss: Si l’on engage 350 personnes, en comptant 100 000 francs par poste, cela fait 35 millions pour le renforcement des gardes-frontière. Pour les équipements radars, si on en compte 200 pour toute la Suisse, il faut prévoir 15 millions. La facture totale s’élèverait donc à 50 millions. A côté de cela, il faudrait mener un véritable travail de réflexion autour des conditions de travail des garde-frontière, qui ne sont pas suffisamment attractives, de leur mission, peu claire, et leur collaboration avec les polices cantonales, l’armée et les pays voisins. La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf n’a pas saisi avec suffisamment d’acuité le problème. Le président du parti libéral-radical, Fulvio Pelli, à qui j’ai parlé de mon projet, partage d’ailleurs cette analyse. Jusqu’à présent, les réponses du Conseil fédéral étaient lénifiantes et minimalistes, on a manqué de volonté politique.