élections fédérales

Pierre-Alain Grichting, le patron qui voulait devenir sénateur valaisan

Le chef d’entreprise aime décider. Il a la réputation d’un coupeur de têtes. Pour ses premiers pas en politique, il vise le Conseil des Etats sous les couleurs du PLR

Le patron qui voulait devenirsénateur valaisan

Elections fédérales Pierre-Alain Grichting aime décider. Le chef d’entreprise a la réputation d’un coupeur de têtes

Pour ses premiers pas en politique, le candidat PLR vise le Conseil des Etats

Ses bureaux ont l’odeur du neuf. Pierre-Alain Grichting sait cultiver les apparences. Voilà deux ans qu’il a repris l’entreprise familiale de transports, et depuis, il investit. Nouveaux locaux, nouveaux camions, nouveau logo: Z pour Zwissig, le nom de son partenaire qui est aussi son cousin. Pour la première fois, il est son propre patron. «La différence, c’est que c’est mon argent!» Dehors une cinquantaine d’employés s’affairent. Pierre-Alain Grichting, surnommé PAG, connaît le nom de chacun. A 48 ans, le chef d’entreprise se lance en politique: il a choisi le PLR et brigue le Conseil des Etats.

Quand on parle de chiffres, il se lève et allume un écran. Pendant que les slides défilent, il parle comme s’il s’adressait à une assemblée, martelant exagérément les fins de phrase. Pierre-Alain Grich­ting a le sens du show. D’ailleurs, sa vie ressemble à une success story comme seul le cinéma américain sait les raconter. En passant par tous les échelons de la hiérarchie, l’apprenti boucher chez son grand-père est devenu le directeur de la Coop dans trois cantons et le patron d’UBS en Valais. «En faisant des inventaires dans le congélateur, j’ai eu froid et j’ai eu mal», se souvient-il. Pour un terrien, la clé du succès, c’est le travail.

Depuis deux ans, PAG est aussi le président du conseil d’administration de Provins, la plus grande cave du canton. Peu après sa nomination, le directeur général est parti, puis celui du marketing et celui du département technique. Pierre-Alain Grichting possède une réputation de coupeur de têtes qu’il assume, même s’il n’aime pas la formule: «Je prends les décisions qui s’imposent.» Chez UBS, il avait déjà été engagé pour faire le ménage. Treize des quinze membres de la direction avaient été rétrogradés. «Tout le monde n’est pas fait pour être chef», affirme-t-il. Il dessine un schéma sur lequel il inscrit des mots-clés: analyse, observation, équipe, objectifs, futur. Pour lui, le plus important, c’est l’équipe. Partout où il est allé, des gens sont partis et ses hommes sont arrivés. Dans son cercle, on explique avec malice qu’il sait s’entourer. Pierre-Alain Grichting préfère la métaphore footballistique: «Pour gagner, il faut la meilleure équipe.» Parole d’un entraîneur qui a coaché Savièse et Salquenen, deux clubs où il a amené ses fidèles. Il y en a même qui ont été à la fois ses joueurs et ses employés, comme Jean-Philippe Cotter, qui vient de quitter la Coop pour Provins: «Il dirige son staff comme il entraîne ses équipes. Il nous transmet son énergie parce que ses mots viennent de l’intérieur. On y gagne tous.»

Pierre-Alain Grichting a fait son coming out politique il y a moins de deux ans. Très sollicité, il a choisi le Parti libéral radical, avant tout pour le côté libéral. Il aime dire qu’il a failli rejoindre le PDC, et parfois il laisse échapper qu’il aurait pu être UDC. Il veut ratisser large, mais à droite, pas à gauche. Il faudra 35 000 voix au candidat au Conseil des Etats pour prouver que «la politique n’est pas réservée aux avocats». Calculé, le missile vise ses trois adversaires aux élections fédérales: l’ancien conseiller national socialiste Thomas Burgener, l’UDC Franz Ruppen ainsi que le PDC Beat Rieder sont tous trois membres du barreau. «Le Conseil des Etats ne fonctionne pas comme une banque, la politique est un métier qui s’apprend», répond Thomas Burgener, qui prend plaisir à rappeler l’inexpérience de son concurrent.

La campagne se déroule dans le Haut-Valais. Tous les partis veulent prendre la place laissée vacante par le PDC René Imoberdorf, qui sera défendue par Beat Rieder. Le député du Loetschental est très fort sur ses terres, mais presque inconnu dans le Bas-Valais. Pierre-Alain Grichting a tissé des réseaux un peu partout. Opportuniste, il y a vu une chance unique.

Alors, il s’est mis au travail. Ses éléments de langage, il les a préparés avec un communiquant. Il s’affiche candidat de l’économie, pour rapprocher «deux mondes qui se sont éloignés». Mais seulement en intégrant les chefs d’entreprise dans les appareils de parti. Dans l’autre sens, il aime moins: «Pour éviter les conflits d’intérêts, il faut dépolitiser les conseils d’administration.» Pierre-Alain Grichting vend des idées plutôt qu’un programme. S’il devait être élu, ce serait un séisme politique, parce que jamais un siège valaisan au Conseil des Etats n’a échappé au PDC, depuis 150 ans. Ça ne fait pas peur au «cow-boy», comme l’appelle un ancien arbitre. A tous ceux qui le voient plus homme d’exécutif que de législatif, et qui le soupçonnent de se positionner pour les élections au gouvernement de 2017, il répond: «Je veux gagner maintenant.»

Parfois, PAG devient mystique. «La seule chose qui me fait peur dans cette campagne, c’est de ne plus sentir une bonne énergie.» Le patron fait du yoga, «pas tous les jours, mais souvent», il croit aux forces énergétiques et parle beaucoup de développement personnel. C’est même une prestation qu’il vend. «Je sais révéler les qualités. C’est ce qui fait de moi un bon manager.» «Il sait utiliser ceux qui travaillent pour lui», corrige un connaisseur du monde vinicole, qui décrit un requin entouré de poissons-nettoyeurs. L’image ne plaît pas à Pierre-Alain Grichting: «Je ne me sers pas des gens! On nage tous dans la même direction.»

Le showman est de retour, celui qui a pris toute la place au congrès du PLR pour les élections fédérales. Sur la photo, il était tout devant. Comme il est également actif dans l’événementiel, il a organisé un vrai spectacle à l’américaine pour sa première assemblée des actionnaires de Provins. Micro-casque vissé près de la bouche, il avait préparé un bel effet d’annonce: la coopérative payera 3 francs le kilo de fendant. Applaudissements nourris. C’est une hausse de 25%, mais c’est un tarif courant dans les autres caves; qu’importe, des sociétaires voteront pour lui en octobre prochain.

Dans le vocabulaire calculé de Pierre-Alain Grichting, tous les mots invitent au rassemblement. Il exhibe des photographies historiques, et se prétend lien entre le passé et le futur. Son entreprise centenaire est à cheval sur la barrière linguistique. Le Haut et le Bas-Valais viennent de se déchirer sur la votation d’un quota de députés pour la minorité linguistique. De père haut-valaisan et de mère bas-valaisanne, il n’a pas voulu s’engager dans le débat. «J’incarne un canton uni, je suis le candidat de tous les Valaisans», répète-t-il partout. Pierre-Alain Grichting veut décidément ratisser très large. Alors il s’entraîne au grand écart. Facile quand on fait du yoga.

Il lui faudra 35 000 voix pour prouver que «la politique n’est pas réservée aux avocats»

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