Vaud

Pierre-Yves Maillard et Anne-Catherine Lyon, une course inégale à l’investiture

Pour briguer un 4ème mandat au gouvernement cantonal, les deux socialistes doivent obtenir une dérogation de leur parti. Cela tient de la formalité pour le premier, cela pourrait tourner au psychodrame pour la seconde. L’un et l’autre font durer le suspense sur leurs intentions

D’un côté Pierre-Yves Maillard, président du gouvernement vaudois depuis que la gauche en a conquis la majorité en 2011. Leader incontesté, puissante locomotive électorale, il vient de voir plébiscitée par 87% des Vaudois la réforme fiscale à laquelle il a donné la caution de la gauche.

De l’autre, Anne-Catherine Lyon, qui achève sa troisième législature à la tête du Département de la formation et de la jeunesse (DFJ). C’est une prouesse avec ce portefeuille: ses prédécesseurs, socialistes également, avaient trébuché au rendez-vous électoral suivant.

Ces deux conseillers d’État ont aujourd’hui un nouveau point commun: tous deux doivent solliciter une dérogation du Parti socialiste vaudois (PSV) s’ils veulent briguer un quatrième mandat. Il y a pourtant une grande différence: alors que cette démarche devrait être une pure formalité pour Pierre-Yves Maillard, elle risque de tourner au psychodrame pour Anne-Catherine Lyon.

Garder la majorité


A ce stade, ni l’un ni l’autre n’a manifesté ses intentions. Mais il n’y a guère de doute, au PSV, que Pierre-Yves Maillard sera au rendez-vous. Il est considéré unanimement comme le meilleur pour tirer la liste de la gauche plurielle; pour conserver au Château cantonal une majorité que la droite espère récupérer, pour garder une présidence où l’argentier PLR Pascal Broulis voudrait bien se rasseoir.

Ces derniers mois, Anne-Catherine Lyon a confié son envie de continuer à diverses personnalités socialistes. Celles-ci l’auraient plutôt mise en garde face au risque d’un échec devant le congrès socialiste et devant les électeurs. La ministre de l’éducation et de la culture n’a pas démérité du PSV, mais son étoile est pâlissante. En 2012, elle a été la moins bien élue des sept magistrats.

S’accrocher ou lâcher prise?

Pour beaucoup de socialistes, quitte à courir un risque, autant le faire en profilant une relève qu’en exposant une sortante à une triste fin. Anne-Catherine Lyon n’est pas pour autant sans partisans. L’ancien conseiller national Eric Voruz estime qu’elle aurait ses chances avec une demande de dérogation. Le cas échéant, c’est le congrès qui votera, à bulletins secrets et à la majorité des deux tiers.

En son for intérieur, Anne-Catherine Lyon a peut-être déjà pris sa décision. Certains la disent engagée dans un lent lâcher-prise, douloureux pour une politicienne qui s’identifie énormément à sa fonction. D’autres décèlent en revanche dans son attitude présente des signes qu’elle continue de faire campagne à l’interne du PSV, auprès des députés. Tant qu’elle voit une petite chance, elle s’accroche, résume un camarade psychologue. Si elle se retire, elle ne souhaitera pas l’annoncer trop vite, alors qu’il reste un an jusqu’aux élections du printemps 2017.

Laisser à l’UDC la carte du renouvellement?

C’est justement pour mettre fin aux trop longs règnes que le PSV s’est doté en 2008 de règles limitant la durée des mandats. Le départ d’Anne-Catherine Lyon aurait pour avantage dynamique de laisser une place libre au gouvernement vaudois. Tous les autres sortants devraient en effet se représenter: la troisième socialiste Nuria Gorrite, la Verte Béatrice Métraux, les trois PLR Pascal Broulis, Jacqueline de Quattro et Philippe Leuba. Allons-nous laisser la carte du renouvellement à l’UDC ou aux partis du centre, alors que le PSV est un vivier de politiciens? demandent certains membres de ce parti. Les noms de Cesla Amarelle, conseillère nationale, de Florence Germond, conseillère municipale lausannoise, et de Roxane Meyer, présidente du Grand Conseil, sont les plus mentionnés parmi les papables candidates.

Alors que des dérogations ont été accordées – sans histoires – pour des députés, la question ne s’était encore jamais posée pour l’exécutif cantonal. Ce premier cas met le PSV dans une situation délicate. Si Anne-Catherine Lyon sollicite une exemption, le parti pourra-t-il assumer un traitement «à la tête du client», lui disant non tout en disant oui à Pierre-Yves Maillard?

«Parfaitement!» rétorquent ceux qui réclament un passage du témoin. Pierre-Yves Maillard a été élu lors d’une élection complémentaire en 2004, soit deux ans après Mme Lyon. A un mois près, il échappait selon les statuts à la limite fatidique. Ce qui justifie selon eux de faire la différence.

Avant l’été

En attendant que les deux ministres déclarent leurs intentions, la tension monte au PSV, où papables et militants voudraient savoir à quoi s’en tenir. «Rien ne presse», assurent officiellement les responsables du PSV, se disant encore accaparés par les élections communales. On attribue toutefois au président du parti, Stéphane Montangero, la volonté de régler avant l’été la question des dérogations. Un délai pour déposer ces demandes pourrait être fixé prochainement. Le PSV tient un congrès ordinaire le 23 avril. Ce sujet n’est pas à l’ordre du jour, mais risque bien d’être dans tous les esprits.

Publicité