Suisse

Pierre-Yves Maillard et la burqa: non à la tolérance sans limites

On le pressentait déjà vendredi, les déclarations politiques de dimanche sont venues accentuer le mouvement: l’interdiction de la burqa pousse le Parti socialiste au réalisme

La discussion sur l’interdiction de la burqa en Suisse, comme le préconise une initiative soumise actuellement à la récolte de signatures, a culminé ce week-end avec des appuis de poids pour le conseiller d’Etat zurichois socialiste, Mario Fehr, qui, le premier à gauche, a signifié la semaine dernière sa conviction pleine et entière qu’elle devait être interdite.

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Pierre-Yves Maillard entre dans la danse

Des soutiens de poids? Personne de moins, en Suisse romande, que le conseiller d’Etat socialiste Pierre-Yves Maillard qui, à la question de notre confrère du Matin dimanche, «La burqa semble être un des grands débats de l’année. Et il divise la gauche…», répond avec une limpidité aussi totale que Mario Fehr: «Il est incontestable aujourd’hui que les libertés de conscience et de comportements sont attaquées. Et cela par des mouvements qui vont jusqu’à la violence et le meurtre […] On sent bien qu’il y a un agenda pour imposer un mode de vie, des croyances. Nous vivons une phase historique où les libertés et les valeurs démocratiques sont attaquées. Le monde est en train de changer vite et fort. Et la gauche doit s’adapter à ce contexte».

Et le ministre vaudois d’ajouter pour être plus clair encore «Je ne serai pas de ceux qui combattront cette initiative. Le Parlement ferait d’ailleurs mieux de régler la question et d’éviter ainsi une votation dont le résultat ne fait pas beaucoup de doute». Et de condamner ceux et celles qui prônent, dans un «entre-soi décalé une tolérance sans limites». Pierre-Yves Maillard peut compter, à Bâle, sur le soutien d’Anita Fetz, conseillère aux Etats, qui s’est déclarée opposée elle aussi à la burqa en Suisse.

Avalanches de commentaires

Que le débat soit pareillement exacerbé, il aura suffi de s’en convaincre en lisant, vendredi, les réactions qu’ont suscité les déclarations de Mario Fehr, par exemple dans la Basler Zeitung: 300 commentaires!

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En la matière, c’est une dénommée Carmen Fürst qui mène la course en tête des commentaires les plus appréciés, en déclarant: «Il ne s’agit pas ici de combattre le terrorisme, mais de donner des signes: ou bien on s’intègre ou bien on le quitte si l’on ne veut pas accepter les us et coutumes du pays d’accueil. Nous avons accompli beaucoup de pas en direction de ces gens-là, mais maintenant le temps est venu de tirer un trait et de mettre fin au débat […] Et que personne ne vienne nous dire «qu’il n’y a pas de solution simple». Bien sûr qu’il y en a. A moins que le Parti socialiste et les Verts ne veuillent continuer comme avant. Fermer les yeux. Ne rien faire. Bloquer les propositions raisonnables. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.» Michael Giger, analyse, lui: «La gauche permissive semble faire marche arrière, malheureusement 30 ans trop tard.»

Le PS se réveille

Mêmes axes chez les commentateurs du Blick, qui s’écrient, à l’image de Markus Hufschmid: «Cela me fait plaisir de constater qu’une partie du PS se réveille lentement mais sûrement. Dommage qu’il faille pour cela tant d’années, au point qu’il est presque trop tard […]». Ou de Pedro Steinmann: «Très bien Monsieur Fehr. Vous êtes bien un des rares stratèges du Parti socialiste qui soit raisonnable. Vous devriez porter votre candidature à la présidence du parti afin que ce pays puisse mener d’un bout à l’autre des partis une politique qui fasse sens.»

Le doigt sur un nerf

A la NZZ, on met en perspective et constate que ce n’est pas la première fois qu’un ponte du Parti socialiste s’engage dans la direction d’une interdiction de toutes pièces de vêtement qui dissimule le visage. Mais, en 2016, le débat a changé de substance et a fait un saut quantique: aujourd’hui, c’est la burqa qui est visée et il s’agit de nos valeurs. Ce qui commence à faire réfléchir à nouveaux frais le parti socialiste, parce que, comme le dit la NZZ, «on a mis le doigt sur un nerf». Au Tages-Anzeiger, même analyse: le Parti socialiste est sous pression. Une pression que le Vaudois Pierre-Yves Maillard a fait monter d’un cran ce dimanche.

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