Pierre-Yves Maillard était dans le terrain, jeudi soir, à Payerne, pleinement engagé dans la campagne des votations cantonales du 17 avril. Pour défendre la loi sur les EMS, qui dépend de son département? Pas du tout. Il se battait pour les quatre hausses d'impôts soumises au peuple le même jour. De ces deux batailles, seule la seconde fait battre le cœur du nouveau conseiller d'Etat socialiste. «Il s'agit d'un modique prélèvement sur les plus riches de ce canton, les gens modestes et de la classe moyenne devraient comprendre que c'est dans leur intérêt», plaidait-il vendredi à l'occasion des cent jours au gouvernement vaudois.

Pour défendre la loi sur les EMS, le chef du Département de la santé et de l'action sociale (DSAS) est loin de mettre la même énergie. C'est son prédécesseur libéral Charles-Louis Rochat qui est le plus souvent au front. Ce dernier a changé de département, mais il assumera jusqu'au bout la responsabilité de cette loi, même si celle-ci est encore plus impopulaire chez les libéraux que chez les socialistes.

L'engagement différencié de Pierre-Yves Maillard confirme l'impression que dégage l'action du ministre socialiste après trois mois d'activité. Le nouveau venu n'a eu aucune peine à se glisser dans ses habits de conseiller d'Etat, mais on attend encore qu'il fasse ses preuves comme chef de département.

Rien d'un «Chiffelle bis»

Au bout de trois mois, il se décrit lui-même comme un ministre heureux, nullement écrasé par son statut de minoritaire: «Le système n'est pas bloqué.» Le politicien a confirmé son sérieux, son pragmatisme. Des qualités qu'il avait démontrées dans sa précédente activité de syndicaliste et qui pousseraient presque les milieux patronaux à lui pardonner la rhétorique de tribun qui jaillit encore de temps à autre de sa bouche. La droite le trouve au moins franc de collier. Pragmatique, il est donc parfaitement collégial, en accord avec le style actuel du Château. Sur les requérants d'asile déboutés, il a finalement renoncé à la rupture de collégialité, préférant faire son possible pour dédramatiser le problème.

Loin d'être un «Chiffelle bis», il ne suscite pas de doute sur son adéquation avec sa nouvelle fonction. Avec Anne-Catherine Lyon et lui, les socialistes disposent de deux forts profils de femme et d'homme d'Etat. Ce qui ne va pas sans entraîner une rivalité potentielle de leadership, d'image, d'avenir politique et plus simplement aussi financière dans un contexte d'économies. A eux deux, les socialistes sont responsables des deux tiers du budget de l'Etat.

Là où on l'attend

Habile communicateur, Pierre-Yves Maillard sait jouer l'effet d'annonce. Il en a donné la preuve avec l'ouverture de lits supplémentaires au CHUV ou l'étalement des économies dans les EMS, même si ces mesures avaient été dans une bonne mesure préparées avant lui. Dans son département, il veut connaître les dossiers en détail, se soucie des réponses que ses services apportent aux administrés. Il a empoigné les affaires avec une facilité qui tranche avec le laborieux apprentissage de son prédécesseur. Certes, son arrivée à lui a été facilitée par une sensibilité politique commune: ce département reste marqué, aux Affaires sociales du moins, par les conseillers d'Etat de gauche qui l'ont dirigé la plupart du temps. Le nouveau patron n'en semble pas moins décidé à s'appuyer sur une garde rapprochée plutôt que sur les chefs de service. Sur le plan humain, ceux qui le connaissaient avant son arrivée au pouvoir assurent qu'il n'a pas changé.

Pierre-Yves Maillard a beau se prêter au jeu des cent jours, il est trop tôt pour tirer un premier bilan. Ses preuves, il doit encore les faire. Si la loi sur les EMS, combattue à gauche comme à droite, échoue devant le peuple, il devra venir avec une nouvelle mouture de son cru. Il pourrait souhaiter plus d'étatisation, mais où trouver l'impossible consensus? Il devra poursuivre la rationalisation hospitalière, en particulier la mise en œuvre de l'hôpital unique Riviera-Chablais, alors qu'on le sait très sceptique sur l'opération. Il ne pourra pas échapper non plus au débat sur le coût de la santé publique: comment se fait-il que les Vaudois, de leur naissance à leur mort, coûtent 100 000 francs de plus par personne que les Saint-Gallois?

«Les propositions Couchepin sont dangereuses»

Le chef du DSAS a indiqué vendredi les lignes de force de son action à venir. Les chiffres alarmants sur la jeunesse au chômage le mobilisent. Le canton compte près de 3000 jeunes à l'aide sociale, dont 60% sans certificat fédéral de capacité, «la preuve qu'il faut décloisonner les régimes de l'aide sociale et de la formation professionnelle». S'il a dû quitter le Conseil national, il compte bien continuer à influencer la politique fédérale à travers la conférence des directeurs cantonaux. «Les propositions de Pascal Couchepin pour confier aux assureurs la planification hospitalière sont l'un des projets les plus dangereux du moment. Si les Chambres vont dans ce sens, je serai candidat pour lancer le référendum.»