«Je sais que mes chances ne sont pas les plus élevées, mais je ne compte pas me dérober à ma responsabilité.» Pierre-Yves Maillard est candidat au Conseil fédéral. La déclaration attendue du socialiste vaudois a attiré mercredi dans un hôtel lausannois l’affluence médiatique des grands jours: une quarantaine de journalistes et photographes étaient présents. Le conseiller d’Etat s’est longuement exprimé sur ses motivations, ses propositions. Il a mis en avant sa participation, avec son parti, au redressement du canton de Vaud, preuve de sa capacité à construire. Et se profile comme «un ardent défenseur de notre modèle fédéraliste». Florilège.

Pourquoi y aller?

Pierre-Yves Maillard avait fait dépendre sa décision, peut-être pour gagner du temps, du résultat des élections fédérales. Or, les socialistes vaudois ont enregistré un «résultat historique». Difficile d’en dire autant à l’échelle suisse, même si d’autres sections romandes ont progressé. Mais le centre nouveau et renforcé le stimule: «Il faut prendre au sérieux ces nouvelles forces, elles font espérer une ouverture aux bons projets.»

Pour faire quoi, justement?

«Je ne brigue pas une fonction de chef d’office fédéral, précise-t-il d’emblée. Si je me lance c’est pour mener une politique, accomplir des réformes.» A savoir: garder le contrôle démocratique sur les infrastructures stratégiques qui, grâce à lui notamment, n’ont pas été vendues à l’encan; réaliser les investissements massifs indispensables dans les réseaux de transport et les énergies renouvelables. Un fonds d’investissement doit être créé, ouvert aux caisses de pension qui feront bien d’y placer leurs fonds plutôt que de les laisser partir en fumée dans des hedge funds. Le magistrat socialiste, qui se souvient toujours de ses racines paysannes, veut aussi protéger le secteur primaire en inscrivant un taux d’auto-approvisionnement dans la Constitution. Dans le domaine de la santé, il continuera le combat: «Comment 80 assureurs en conflit permanent entre eux et avec leurs partenaires pourraient-ils régler le secteur mieux que 26 cantons?»

Le gouvernement de la Suisse

«Dans la santé notamment, on voudrait voir les cantons comme des problèmes, alors qu’ils sont partie de la solution.» Pierre-Yves Maillard se pose désormais en «ardent défenseur» du fédéralisme, voire en «girondin», ce qui n’a pas dû être toujours le cas. Le message s’adresse peut-être au Conseil des Etats, où siège Alain Berset. Il reflète en tout cas une réalité: le ministre vaudois a compris qu’il pouvait réaliser dans son canton ce qui semble inatteignable à l’échelle fédérale. Il veillera en tout cas à ce que le fossé entre Confédération et cantons ne s’élargisse pas, comme il tend à le faire quand la première veut s’occuper de domaines sans en avoir les moyens.

Combien de sièges pour l’UDC?

La Suisse a donc «un bon modèle de gouvernance». Mais sur la composition du Conseil fédéral tel qu’elle devrait être au vu des résultats de dimanche dernier, le candidat est moins disert. «C’est une question à définir au sein du groupe socialiste. Les partis sont importants, mais les personnes tout autant.»

Vaudois ou/et lémanique

Le candidat incarne l’aspiration vaudoise à retrouver au Conseil fédéral le siège perdu avec le départ de Jean-Pascal Delamuraz (1998). Mais se veut-il le candidat de toute la région lémanique? Il manie avec sobriété l’argument régional: «La gouvernance est fragilisée si une région importante n’y est pas représentée. Le profil des ministres tendant déjà à être gommé, il ne faudrait pas que le Conseil fédéral ne devienne de plus hypercentré.»

D’autres arguments?

«Avec moi, on sait ce qu’on achète.» Mais il relativise sa réputation d’étatiste. D’ailleurs, qui aujourd’hui voudrait encore privatiser les CFF? L’Europe, il est plutôt pour. Mais il faudrait négocier une adhésion prévoyant la sauvegarde des services publics, de la démocratie directe et de la souveraineté monétaire, rien de moins. L’Europe n’est pas non plus «la mère de toutes les questions».

Le canton de Vaud sans lui

Partir alors que la majorité de gauche est en vue? «Le PSV ne dépend pas de moi, puisqu’il a fait son meilleur score dimanche sans que je sois candidat. Je ne suis indispensable ni à Lausanne ni à Berne, c’est la meilleure manière de décider librement.» La gauche peut certes espérer la majorité au Conseil d’Etat, lors de l’élection complémentaire de novembre ou aux générales de mars, mais Pierre-Yves Maillard se veut réaliste: les résultats des élections fédérales montrent, malgré les progrès du PSV, que la gauche n’est pas majoritaire dans le canton.

Et si ça rate?

«Je n’y vais pas en me disant que c’est enfin le rêve de ma vie qui se réalise. J’ai la chance de pouvoir envisager les deux scénarios sereinement. Si cela ne marche pas, je m’engagerai avec conviction dans la campagne cantonale, en espérant que le peuple vaudois veuille bien me réélire.» Choisir de ne pas y aller, ajoute-t-il, aurait aussi eu des conséquences: «On déçoit, on casse une dynamique.» Il ne le dit pas en ces termes, mais il n’a rien à perdre dans l’aventure.