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Pierre-Yves Maillard: «Aujourd’hui, je sais que l’ouverture à un travail de négociation et de concertation avec la droite était un bon choix.»
© Keystone/Jean-Christophe Bott

Vaud

Pierre-Yves Maillard: «Mon programme pour les années à venir»

L’actuel président du Conseil d’Etat vaudois repart pour une nouvelle législature à majorité de gauche. Ses priorités porteront sur le marché de l’emploi, les défis du vieillissement de la population, et la prévention du communautarisme par l’affirmation de valeurs démocratiques

A l’issue des élections vaudoises, le ministre socialiste Pierre-Yves Maillard a brillamment été reconduit dans sa fonction. Cette législature sera la dernière. L’actuel président du Conseil d’Etat donne au Temps les axes fort de son programme. N’hésitant pas à déborder de ses attributions départementales, il appelle les Vaudois à cultiver leurs fondamentaux et faire de ce canton une société inclusive qui ne s’accommode pas des dérives communautaires.

Le Temps: Nous voici au lendemain du second tour des élections, lors desquelles les Vaudois ont plébiscité le maintien de la majorité de gauche au Conseil d’Etat. Qu’est ce que cela dit de votre électorat et de l’état de la droite?

Pierre-Yves Maillard: Nous avons mobilisé plus qu’au premier tour, la droite beaucoup moins, c’est particulièrement clair pour le PLR. C’est cohérent avec le fait que de nombreux électeurs PLR et même UDC n’ont pas hésité à élire un socialiste au premier tour. La droite compte une aile sociale, sensible à des accords gauche-droite. Cet électorat-là ne suit pas quand la droite se raidit, veut remettre en cause les négociations et les compromis. On le voit dans les votations sur les sujets économiques et sociaux, mais aussi dans les choix de personnes pour les exécutifs. Le PLR a su garder ou retrouver cet électorat modéré et ouvert à des idées de gauche. Si cela se durcit, alors des mouvements d’électeurs d’un bord à l’autre sont possibles, comme dans les années nonante.

- Aujourd’hui rien ne change? Comme s’il n’y avait pas eu d’élections?

- L’histoire ne se répète jamais. Nous entamons cette nouvelle législature avec des défis différents d’il y a cinq ans. Mais nous sommes confortés dans notre travail. Vous savez, même si je ne le montre pas, je doute! Et les élections, c’est toujours l’heure de vérité. Aujourd’hui je sais que cette ouverture à un travail de négociation et de concertation avec la droite était un bon choix, et je continuerai à tendre la main, pour le progrès et l’intérêt général.

- Parce que vous avez un parlement à majorité de droite?

- Bien entendu, mais ces notions de majorité sont trompeuses. Regardez au second tour l’écart de 4% entre le meilleur candidat de droite et notre candidate Cesla Amarelle, qui a été présentée avec un profil bien à gauche… c’est un signe. La gauche, minoritaire dans le canton, peut compter, quand cela se crispe, sur le soutien d’une partie des électeurs de centre-droit.

- Vous avez tout fait pour conserver la majorité. Maintenant que vous l’avez, qu’allez-vous en faire?

- Le premier axe, c’est le souci d’une économie inclusive. Nous devons composer avec les effets d’une économie vaudoise globalement dynamique, mais qui peine à en faire profiter tout le monde. Travaillons sur l’inclusion par l’emploi et pour cela, il faudra davantage traverser les barrières départementales. On ne peut continuer à avoir une économie vaudoise qui crée entre trois et cinq mille places de travail par année et une croissance du chômage en fin de droit. La proportion des chômeurs de 50 ans et plus a augmenté ces six dernières années. Nous devrons proposer un emploi temporaire aux chômeurs de plus de 55 ans, sinon leurs chances de s’en sortir sont trop faibles.

Le second grand sujet, c’est la question de la personne âgée. La croissance de cette population est supérieure à la croissance démographique. Dans ce domaine, la politique d’investissement et de réformes va rester soutenue.

- La droite craint les explosions des coûts dans votre département. Que lui répondez-vous?

- C’est un souci. Quatre cents personnes par mois sortent des Offices régionaux de placement en fin de droit et sont de futurs candidats à l’aide sociale. Ce nombre a fortement augmenté en six ans. Le nombre de requérants d’asile qui obtiennent une admission provisoire et deviennent ainsi éligibles pour l’aide sociale augmente aussi. La droite ne cesse de faire porter tout le poids de ce défi au DSAS qui assure le filet de dernier recours: j’aimerais qu’elle regarde en amont. Beaucoup se jouera aussi au département de l’économie, dans les ORP, afin de mieux connecter la main d’œuvre vaudoise au besoin du marché de l’emploi. C’est l’enjeu principal du nouveau conseil d’Etat. Il faudra encore mieux mobiliser les ressources et les compétences des départements de la formation, de l’économie, mais aussi de toute la collectivité vaudoise.

- Comment la gauche apaisera-t-elle son département de la formation?

- L’école ne va pas faire l’objet de grande révolution, mais d’adaptations. On reste sur deux voies scolaires parce qu’il n’y a que deux débouchés en sortant de l’école: la formation professionnelle ou la voie académique.

- Durant la campagne, la question fiscale est revenue sur la table…

- Nous ne sommes pas fermés à toute baisse d’impôts, nous l’avons déjà montré dans le passé, mais nous voulons dans ce cas qu’elle soit ciblée sur la classe moyenne, par exemple pour la garde d’enfants, la dépendance ou une plus forte déduction des primes LAMal.

- C’est votre dernière législature, qu’allez-vous faire pour marquer le coup?

- J’aimerais que l’on renforce l’enseignement et la défense de l’humanisme, à l’école et dans toutes nos politiques publiques. Cela signifie un engagement clair et conséquent pour Les Lumières, contre le fanatisme et l’obscurantisme. Les sociétés démocratiques ont tort de ne pas cultiver leurs fondamentaux. Nous avons conquis de grandes libertés, qui, si elles ne sont pas défendues, deviennent fragiles. Il faut qu’on les enseigne.

- Vous allez reprendre le département de la formation?

- C’est un sujet qui concerne tant l’école que les politiques d’insertion et les politiques sociales. Nous voulons une société inclusive et vivante, qui ne s’accommode pas de sociétés parallèles fermées. Cela se travaille au niveau cantonal.

- Que pouvez-vous faire concrètement? Créer un département des humanités, de l’inclusion?

- Les questions de valeur et de défense des libertés reviennent en force. Elles inspireront le programme de législature et la politique de tous les départements. L’égalité entre hommes et femmes, l’égalité des chances en fonction des origines sociales ne sont plus assurées d’être en progrès comme nous l’avons vécu. Il faut recommencer à se battre contre les mariages arrangés, les destins fermés dès la jeunesse. Je suis frappé par la tolérance du monde à l’égard des inégalités faites aux femmes. On a combattu un apartheid, mais sur toute une partie du globe, il subsiste un apartheid… fait aux femmes.

- Pour cela, allez-vous conserver la présidence du Conseil d’Etat? Et resterez-vous durant toute la durée de votre mandat?

- La question de la présidence se décidera en collège. Pour le reste, tout est toujours possible. Je ne me projette pas pour dix ans, mais le feu sacré est toujours là.

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