Le président du gouvernement vaudois, Pierre-Yves Maillard, s’étonne du succès médiatique d’Emmanuel Macron. Il attend de connaître le programme de ce dernier avant de porter un jugement étayé. Toutefois, la politique très libérale de l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande ne lui semble pas du meilleur augure pour la France.

– Quels sont les électeurs qui peuvent potentiellement voter pour Emmanuel Macron?

Pierre-Yves Maillard: Plutôt des électeurs du centre droit séduits par la ligne libérale. Le risque, c’est que ces électeurs lui préfèrent ensuite le candidat qui sera issu de la primaire républicaine.

– Emmanuel Macron se targue d’être au-delà des partis, ni d’un camp ni de l’autre. Où le rangeriez-vous?

– Il est libéral. Dans les quelques projets qu’il a conduits et dans ce qu’il préconise, intérêt pour l’ubérisation, suppression des régulations dans certains secteurs de l’économie, je vois peu de ce qui est nécessaire au moment présent. Au contraire, c’est l’extension d’approches qui ont déjà fragilisé tant de travailleurs salariés et indépendants. Plus généralement, en Europe, une partie des problèmes de la gauche est liée à la mise en œuvre de processus de libéralisations et de dérégulations au nom du projet européen.

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– Qu’auriez-vous attendu d’un gouvernement de gauche?

– Par exemple, il aurait dû relever le salaire minimum de 10%. Ce faisant, il aurait augmenté réellement le pouvoir d’achat des deux millions de salariés les plus pauvres. Le coût pour les entreprises aurait été de 4 milliards d’euros environ. Largement compensé par la hausse de consommation qui en aurait découlé et par les dizaines de milliards de baisses d’impôt octroyées.

– Ne voyez-vous rien de commun entre Emmanuel Macron et la gauche et le centre en Suisse?

– En Suisse ou en France, le problème, c’est toujours moins de dire, mais de faire. Faire des progrès concrets est devenu quasi révolutionnaire, tant c’est rare. Ainsi le programme d’un politicien qui a gouverné doit inclure son bilan. Faire des phrases, promettre la lune, c’est trop facile. Quel est le bilan d’Emmanuel Macron? Il y a eu la libéralisation du travail du dimanche pour les vendeurs et vendeuses, je n’y vois aucun progrès. La libéralisation du transport des passagers en car? La modernité serait plutôt de favoriser le rail. Ce qui a manqué ces derniers temps à certains partis sociaux-démocrates européens, ce sont des avancées concrètes, qui montrent aux citoyens qu’on peut avoir confiance en l’avenir pour soi et ses enfants.

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