Dans quinze jours, tout sera dit, le nouveau Conseil fédéral sera constitué. Cela laisse très peu de temps aux deux candidats à la succession de Micheline Calmy-Rey pour «faire campagne». Et en particulier au Vaudois Pierre-Yves Maillard pour rattraper le retard qu’on lui attribue sur le favori fribourgeois, Alain Berset.

Comment le challenger entend-il se donner le plus de chances? «Il fera ça à sa manière, il n’y a pas de machine de guerre», répond la conseillère aux Etats Géraldine Savary. Plus précisément, le ministre vaudois soignera ses auditions devant les groupes parlementaires, les deux prochains mardis. Mais il n’est pas prévu de vaste opération de «com» auprès des parlementaires. Le «réseautage» restera discret et d’«ultra-proximité».

Lundi, jour d’ouverture de la nouvelle législature, tous les élus sous la Coupole recevront de sa part une «lettre». Dans ce document, en cours de finalisation, le candidat devrait expliquer ses positions et évoquer ses réalisations de ministre vaudois, profilé et collégial à la fois.

Des sujets comme la politique agricole, les énergies renouvelables, l’âge de la retraite ou les accords fiscaux internationaux ont été particulièrement travaillés en vue des auditions. Celle qu’il a menée devant le groupe socialiste a montré que Pierre-Yves Maillard excellait dans l’exercice, estime son entourage politique. D’où la confiance mise dans cette phase du processus.

Quant à l’approche individuelle, Pierre-Yves Maillard s’y consacrera aussi la semaine prochaine, par téléphone notamment. Les sept socialistes vaudois des Chambres sont tous engagés dans la promotion du candidat. Nouvelle élue au National et présidente du PS cantonal, Cesla Amarelle contactera par exemple les autres nouveaux venus du parlement fédéral.

Roger Nordmann, qui passe pour avoir le meilleur réseau de la députation cantonale, jouera un rôle particulier auprès des Alémaniques. Il ne souhaite pas en dire plus: «Ce serait un non-sens de dévoiler le dessous des cartes.»

Si l’on met à part l’UDC, qui aura peut-être dès jeudi soir Guy Parmelin sur son propre ticket, l’ensemble de la députation vaudoise, qui compte 20 élus à Berne, est censé porter le candidat du cru, en le faisant mieux connaître auprès des députés de tous bords que la brièveté des auditions laisse parfois sur leur faim.

Dans la promotion d’une candidature, il y a un délicat équilibre à trouver entre le trop et le trop peu face à un parlement qui est, selon l’expression de Roger Nordmann, «majeur et vacciné». Il n’a jamais été question que Pierre-Yves Maillard se lance dans une vaste opération de relations publiques, comme celle qui avait permis à Micheline Calmy-Rey de se faire connaître. Mais on se souvient d’un contre-exemple plus récent: l’an dernier, Karin Keller-Sutter a raté son coup. La radicale saint-galloise avait beaucoup misé sur sa forte présence dans les médias, négligeant le contact direct avec ses électeurs. Les Romands n’avaient guère été approchés que par le porte-parole du PLR.

Dans cette affaire, les Vaudois ne peuvent guère s’inspirer d’un précédent récent. Le radical Pascal Broulis n’avait précisément pas passé le cap de la désignation par le groupe. Surtout, il ne faut pas oublier que les groupes parlementaires eux-mêmes ne peuvent être approchés que par la direction du PSS, selon une stratégie de parti qui pourrait ne se décider qu’au dernier moment.

Et Alain Berset, que fait-il pendant ce temps? Bien connu des anciens élus, il pourrait concentrer sa campagne personnelle sur les nouveaux venus. Pas plus que son concurrent Maillard, il n’a répondu à nos questions. Les camarades vaudois ne s’attendent pas à de l’agressivité de sa part. Ce qui ne les empêche pas de jeter un regard envieux sur sa disponibilité, tenue pour supérieure tandis que le conseiller d’Etat vaudois est accaparé en cette fin d’année par ses tâches cantonales.

Tous les deux doivent participer vendredi à Arena, la fameuse émission de la télévision alémanique. Pierre-Yves Maillard a dans son entourage plusieurs germanophones, qui le coachent pour ce défi dans le défi.