Livre

Pierre-Yves Maillard, réflexions et autocritiques

Dans «Le Pari du possible», le rédacteur en chef sortant du quotidien «24 heures» Thierry Meyer interroge le ministre socialiste vaudois sur son expérience du pouvoir

Sur la couverture du dernier livre des Editions Favre, deux silhouettes connues, deux belles carrières vaudoises construites en parallèle. Celle de Pierre-Yves Maillard, qui accède en 2004 au pouvoir exécutif de son canton et celle de Thierry Meyer, qui deux ans plus tard prend les rênes d’un autre pouvoir, la rédaction en chef du grand quotidien vaudois 24 heures. Au moment de raccrocher, ce dernier propose au ministre une conversation, une dizaine d’heures d’entretien, retranscrites dans une interview qui se lit avec intérêt. Pourquoi lui? Thierry Meyer dit de Pierre-Yves Maillard qu’il s’est emparé de sa fonction avec une autorité rare, et l’on comprend que c’est le ministre qui a eu le plus d’impact au-delà du canton de Vaud. Au fil des pages et de ses réflexions, on plonge dans les concessions d’un véritable homme de gauche qui quitte les négociations syndicales pour s’asseoir à la table des exécutants politiques.

Confronté à la puissance de l’administration

En accédant au gouvernement, il se confronte à la puissance de l’administration. «Elle s’est développée ces dernières décennies pour dire au politique: «Tu ne peux rien faire.» Tendance renforcée selon lui par le courant néolibéral, qui cherche depuis trente ans à réduire la marge de manœuvre du politique. Mais à force de persévérance, il entrevoit les espaces qui lui laissent une certaine latitude. Il apprend à défendre ses intérêts dans sa nouvelle position, d’abord minoritaire, puis majoritaire, et comprend que les fonctions exécutives donnent surtout un pouvoir d’influence, plus important qu’il n’y paraît.

«Le pouvoir est institutionnel, la sphère d’influence est le fruit d’une capacité individuelle de synthèse, de conviction, de réseau», distingue Thierry Meyer. «Dans le fond, c’est l’art de savoir jouer de l’instrument qu’est le pouvoir, d’en comprendre le fonctionnement.»

Assécher le terreau de l’extrême droite

Classée en neuf chapitres, la discussion des deux hommes aborde l’état de la gauche en Suisse et à l’international, les certitudes de Pierre-Yves Maillard bousculées au fil des ans, le rapport du politicien au temps, «chaque décision dépend de ce qu’on s’est dit juste avant, du contexte dans lequel le dossier arrive, qui fera qu’on intervient ou qu’on laisse passer». Le ministre aborde aussi sa course au Conseil fédéral, qu’il ne retentera pas dans de pareilles conditions, l’évolution de ses relations avec Pascal Broulis, son mariage et ses enfants, qu’il a réussi à préserver de la sphère publique.

Par des petits gestes, comme la redistribution de l’argent des primes maladie payées en trop, Pierre-Yves Maillard est convaincu d’avoir asséché le terreau de l’extrême droite «pour un temps au moins». Le conseiller d’Etat socialiste met en garde contre le mépris social et se met à la place des étrangers chez qui le sentiment d’injustice existe parfois de manière exacerbée. Il ne se satisfera jamais d’une démocratie qui pense que 30% de la population est perdue. Il parle longuement de la montée des extrémismes. «Là où le libéralisme trie, sélectionne et exclut toujours plus sur la base des performances individuelles, les répliques religieuses et identitaires accueillent toutes les âmes pour ce qu’elles sont, c’est leur force», s’inquiète-t-il, avant d’aborder nos libertés menacées, «plus fragiles qu'on ne le croit», comme celle des femmes.

Le Pari du possible est une rencontre riche entre un auteur qui signe un adieu à la vie politique vaudoise et son interlocuteur qui ne fait qu’entamer son quatrième et dernier mandat.

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