L'élection du Conseil fédéral par le peuple? Le Vaudois Pierre-Yves Maillard est revenu à la charge avec cette proposition, vendredi, sur les ondes de la RSR. Le gouvernement gagnerait ainsi en légitimité. «Aujourd'hui, une fois le Conseil fédéral élu, le parlement ne lui accorde plus de légitimité, à cause du climat de rivalité permanent prévalant entre les partis», a expliqué le conseiller d'Etat socialiste au Temps.

L'idée, on le sait, n'enchante pas le PS. Même si ce parti avait déposé une initiative pour l'élection par le peuple en 1939 - initiative balayée en 1942. Mais pour Pierre-Yves Maillard, un changement du mode de scrutin se justifie notamment de deux points de vue. «Les exécutifs cantonaux et communaux sont également passés à l'élection populaire», rappelle-t-il.

«Ensuite, seuls des candidats modérés, capables de former des coalitions auraient leur chance avec un tel système. Ce qui a un effet positif sur la ligne des partis. On le voit: les candidats trop profilés échouent aux portes des exécutifs cantonaux», poursuit l'ancien vice-président des socialistes suisses. Avant de conclure: «D'ailleurs, je suis sûr qu'un Christoph Blocher ne serait pas élu par le peuple.»

Christoph Blocher fait mine de se réjouir

L'UDC, qui projetait de réactiver l'initiative populaire pour l'élection du Conseil fédéral par le peuple, après la non-élection de Christoph Blocher en décembre 2007, a en effet abandonné l'idée depuis. Ce qui n'a toutefois pas empêché l'ancien conseiller fédéral zurichois de féliciter hier, malgré ce changement de stratégie, Pierre-Yves Maillard pour ses déclarations. «Je suis très heureux qu'un socialiste reprenne notre proposition. Il a raison.»

Du côté des socialistes, l'élection du gouvernement directement par le peuple n'est pas à l'ordre du jour. «J'ai une position détendue par rapport à ce thème, mais je ne suis pas sûr que ce soit nécessaire d'en discuter», souligne le président du PS, le Fribourgeois Christian Levrat.

Le socialiste vaudois François Cherix s'oppose quant à lui catégoriquement à cette proposition. «Elle procède d'une double erreur. Premièrement, de diagnostic. Dire que le Conseil fédéral manque de légitimité est inexact. Le peuple est impliqué dans l'élection du parlement, qui lui-même désigne le Conseil fédéral», note le politologue. Qui argumente qu'un changement du mode de scrutin forcerait les candidats au gouvernement à se profiler davantage durant leur campagne et à se montrer moins aptes au consensus.

Par ailleurs, poursuit François Cherix, cette analyse procède d'une confusion entre les cantons et la Confédération. «Les cantons ne sont pas des Etats, les problèmes y relèvent plus de la gestion que de la politique. En plus, ils sont homogènes, au niveau linguistique et culturel, contrairement au système suisse, qui est totalement hétérogène.»

Pour François Cherix, l'élection par le peuple représente, dans le contexte actuel particulier, «une mauvaise solution à des problèmes de fonctionnement interne».