Un Suisse de 20 ans, soupçonné d'être l'un des pirates informatiques s'étant attaqué à l'ordinateur central du Forum économique mondial (WEF), a été arrêté vendredi matin à son domicile bernois. «C'est un jeune homme sympathique, qui est manifestement proche des organisations qui luttent contre la mondialisation et qui a de bonnes connaissances en informatique», souligne le juge genevois Marc Tappolet. Inculpé de soustraction de données, accès indu à un système informatique, dommages à la propriété et abus de cartes de crédit, il a été placé en détention préventive à la prison de Champ-Dollon pour éviter tout risque de collusion avec d'éventuels complices.

Le WEF, partie civile, et les deux «cyberflics» du groupe de criminalité économique de la police genevoise (Le Temps du 12 février) ont étroitement collaboré pour remonter la piste du jeune hacker. Grâce au disque dur de l'ordinateur central du WEF, on a pu déterminer à quel moment le piratage des données concernant 27 000 personnalités a été effectué. A partir de là, les spécialistes sont remontés au fournisseur d'accès, lequel a révélé l'identité du pirate, explique Me Paulo Castiglioni, qui représente le WEF avec Me Bénédict Fontanet. «Dans le domaine du hacking, il y a toujours des traces qui restent, les données ne sont effacées que si le disque dur est saturé. Les providers gardent l'historique des connexions durant un à deux mois. L'essentiel est d'agir vite. Cette affaire a pu se résoudre rapidement car tout s'est passé au niveau national», précise encore l'avocat.

Rappelons que le ou les auteurs de cette attaques avaient envoyé au journal dominical SonntagsZeitung un CD-Rom contenant 1400 numéros de cartes de crédit, ainsi que les numéros de téléphones personnels et les dates de déplacement à Davos de milliers de personnalités. Le juge Tappolet a demandé à l'hebdomadaire de lui remettre ce CD-ROM. «La direction a refusé en se retranchant derrière le secret des sources», précise le magistrat. Une ordonnance de saisie a été notifiée mais le délai de recours n'est pas encore échu. L'apport de ce CD-Rom, qui aurait pu permettre de retrouver la piste des pirates, est désormais moins essentiel, reconnaît le juge. La partie civile estime pour sa part que celui-ci doit de toute façon être restitué car il contient des données confidentielles. Et d'ajouter: «En l'état, on ne sait pas précisément ce qui a été copié, on ne connaît en fait que ce qu'a bien voulu révéler le journal.» L'enquête se poursuit pour déterminer si le jeune homme a agi seul ou bien avec les trois autres individus dont a parlé la SonntagsZeitung. De son côté, la partie civile précise qu'aucun membre ne s'est plaint à ce jour d'une utilisation abusive de sa carte de crédit. Une première alarme a été donnée par un participant japonais qui suspectait un retrait anormal. Mais de retour au pays, l'intéressé a trouvé une autre explication, relève Me Castiglioni.

Après avoir perquisitionné vendredi matin le domicile du jeune Bernois, saisi son ordinateur et procédé à son arrestation, le juge Tappolet l'a entendu durant deux heures. En l'état, le magistrat n'en dira pas plus sur le contenu des déclarations du prévenu.