Alessia et Livia, les deux jumelles de 6 ans disparues à Saint-Sulpice (VD) le dimanche 30 janvier dernier, ont bien été vues en vie sur le ferry «Scandola» reliant Marseille à Propriano, en Corse. C’était dans la nuit du lundi 31 janvier au mardi 1er février, selon ce qu’a annoncé mercredi matin le procureur de la République de Marseille.

Si les polices suisse, française et italienne savaient déjà ce week-end que leur père avait acheté et composté trois billets à Marseille et avait été vu sur le Scandola, rien n’était sûr pour les fillettes. Lui s’est donné la mort jeudi dernier en se jetant sous un train à Cerignola, dans la région italienne des Pouilles.

Désormais, les policiers s’appuient sur les témoignages de plusieurs passagers et notamment d’une voisine de cabine. Elle a entendu des pleurs le lundi soir, et a formellement reconnu l’une des deux enfants dans l’aire de jeu du bateau. Propriété de la Compagnie méridionale de navigation (CMN), le ferry a été passé au peigne fin par la police technique et scientifique française. Mais leurs enregistrements des caméras de surveillance du ferry ont été effacés après 48 heures. «Ces caméras se situent dans l’espace d’accueil. Mais c’est comme pour les boîtes noires des avions, qui effacent les images après un certain temps», a expliqué au Temps Marc Reverchon, directeur général de la CMN. Le port de Propriano, 3500 habitants, n’en est pas équipé.

Au total, le ferry peut emmener 250 passagers au maximum. Durant une traversée de douze heures et trente minutes pour parcourir les 170 kilomètres séparant le continent et la Corse, 138 passagers voyageaient à son bord cette nuit-là. Parmi eux, 125 avaient pour destination Propriano, tandis que 13 autres poursuivaient le voyage jusqu’à Porto Torres en Sardaigne.

Alessia et Livia ont-elles débarqué en Corse? Si Matthias S. a été vu à terre le mardi 1er février au matin, un témoin – «âgé» selon les autorités judiciaires françaises – aurait vu les filles avec leur père. Mais rien ne le confirme. «Nos enquêteurs s’attachent à démontrer la présence en Corse de Matthias S. et ses filles», explique le commandant Isabelle Lheureux, du bureau du «coordonnateur» pour les services de sécurité en Corse.

«Un véhicule immatriculé à l’étranger aurait pu se repérer facilement, poursuit l’officière. Nos enquêteurs se penchent également sur la façon dont Matthias S. aurait regagné l’Italie. Il n’y a pas 36 solutions: c’est uniquement par voie maritime, surtout avec une voiture.» A-t-il acheté un ­second billet? Combien de temps est-il resté sur l’Ile de Beauté avant de gagner l’Italie? Ces ­éléments doivent encore être éclaircis.

Rien ne permet non plus pour l’instant de vérifier les dires d’un témoin qui affirme avoir vu les jumelles en Italie. Quant aux informations données par des voyantes italiennes, elles ont été vérifiées par la police. En vain. «Dès le moment où les informations sont précises, nous les vérifions. Même si elles peuvent paraître farfelues», explique Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police vaudoise.

L’inquiétude est dès lors toujours vive pour la famille d’Alessia et Livia. Leur mère suit le déroulement de l’enquête à Saint-Sulpice, après être allée la semaine dernière à Marseille. «Avec mon cœur de mère, je vous remercie de tous vos efforts», a-t-elle déclaré mercredi après-midi à l’adresse des journalistes et des policiers, lors d’une rencontre furtive avec la presse. Le soir même, il était prévu qu’elle participe à l’émission «Chi l’ha visto» sur la RAI, copie italienne de l’ancienne émission française «Perdu de vue».

Dans le même temps, la police vaudoise a continué à fouiller la maison du père des fillettes et la région, notamment avec des chiens de la police bernoise. Selon Jean-Christophe Sauterel, «ces recherches permettent d’en savoir davantage sur l’environnement du père, ainsi que de retrouver d’éventuelles traces de sang.»

L’avis de disparition d’Alessia et Livia est disponible sur le site Internet de la police cantonale vaudoise. Celle-ci a mis en ligne de nouvelles photos des jumelles, à l’attention d’éventuels témoins: www.police.vd.ch