Les milieux de défense des chiens et les vétérinaires ne semblent pas suivre la vague populaire qui s'était soulevée pour demander l'interdiction des pitbulls en Suisse. Les résultats de la consultation express menée par l'Office vétérinaire fédéral (OVF) font apparaître la volonté tenace des vétérinaires, des détenteurs de chiens et des associations qui les représentent de ne pas plier devant les interdictions.

L'OVF proposait vendredi dernier des mesures visant à éviter de nouveaux accidents, comme celui qui avait coûté la vie d'un garçonnet à Oberglatt (ZH), en décembre dernier. Il s'agit principalement de soumettre à autorisation treize races et d'interdire les bâtards issus des croisements entre ces chiens, dont le pitbull (LT du 14.01.2006).

Lancée sous la pression populaire, relayée par la presse de boulevard alémanique, la consultation n'a duré que cinq jours. «Nous avons reçu un grand nombre de réponses malgré le délai très court», assure Cathy Maret, porte-parole de l'OVF. La plupart des prises de position fustigent le principe d'interdiction et le régime d'autorisation applicables à certaines races de chiens, mais laissent apparaître un large soutien des milieux concernés aux mesures préventives visant à améliorer les conditions d'élevage, de détention et à responsabiliser davantage les propriétaires.

Difficultés d'application

Parmi les principales critiques: le caractère drastique des mesures, leur coût et leur difficile mise en œuvre. Car dans son projet, l'OVF compte sur le bon vouloir des propriétaires à déclarer leur animal. Une chimère estiment plusieurs associations de vétérinaires qui craignent également que l'interdiction de certains chiens ne donne une fausse impression de sécurité à la population, alors même que d'autres races peuvent aussi s'avérer dangereuses. Les vétérinaires cantonaux de Suisse romande se sont même fendus d'une lettre ouverte à Joseph Deiss pour le mettre en garde.

La Protection suisse des animaux (PSA) craint que les propriétaires des chiens incriminés ne les abandonnent en cas d'interdiction.

Plus extrême, l'American pibull-terrier club promet de lancer une action en justice si les propositions de l'OVF devaient passer la rampe du gouvernement.

Quant aux cantons, les avis divergent. Ceux qui appliquent déjà une législation très restrictive, le Valais par exemple, soutiennent l'interdiction. D'autres, comme Neuchâtel, privilégient les mesures préventives.?

L'Office vétérinaire fédéral va dès à présent faire la synthèse des prises de position, mais refuse de dire s'il devra modifier son projet initial suite à la levée de boucliers des spécialistes. Des adaptations paraissent toutefois vraisemblables. Joseph Deiss présentera la version définitive du train de mesures lors de la première semaine de février .