Deux mois après l'avoir redécouverte, les Genevois n'ont toujours pas percé les arcanes de la place de Cornavin. Inauguré en décembre dernier, le nouvel aménagement visait pourtant à en faire une zone où le piéton serait roi. Mais en l'absence d'une signalisation routière claire et de passages cloutés, le chaos n'a pas tardé à s'installer sur la place: les piétons, les conducteurs de bus et les chauffeurs de taxi ne savent plus comment circuler. A tel point qu'un «mode d'emploi de la place de Cornavin» a vu le jour au mois de janvier.

Campagne d'information

Pendant trois semaines, les piétons qui se promenaient dans le secteur de la gare se sont vu distribuer un papillon contenant un plan et un message élaborés conjointement par les autorités cantonales et municipales. Cette opération ne constitue que l'un des éléments d'une vaste campagne d'information destinée à réduire le sentiment d'incompréhension qui règne dans le secteur de la gare. Aux quatre coins de la place, des panneaux illustrés ont été installés. Ils contiennent ce même plan schématique de la nouvelle organisation et un texte avertissant les usagers des futures étapes du chantier. Et ce n'est qu'une première étape: selon Dominique Matthey, collaborateur au Service de l'aménagement urbain de Genève, «la Ville va appuyer et renforcer la communication. Il y aura de nouvelles campagnes d'information avec des distributions de papillons et de divers documents.»

Une démarche fructueuse? Les avis divergent sur la question. Du côté de la Ville et du canton, on se félicite du bilan intermédiaire de la place de Cornavin. Le directeur de l'Office cantonal de la circulation et des transports, Philippe Burri, affirme que les conducteurs de bus et les chauffeurs de taxi s'habituent à la nouvelle configuration. En revanche, il dit ne «pas avoir eu écho» des réactions piétonnes. Au Service d'aménagement de la Ville, Dominique Matthey assure que, désormais, les Genevois «s'approprient l'espace». Selon lui, «les remarques négatives faites à l'époque se sont atténuées».

Sur la place de Cornavin pourtant, les réactions ne reflètent en rien cet optimisme. Profitant d'une courte pause entre deux services pour observer quelques instants le vaste espace devant la gare, un conducteur de bus n'en revient pas: «C'est devenu l'endroit le plus dangereux de la ville. Depuis l'inauguration, ça n'a pas changé: personne ne respecte rien. Ici, c'est la loi du plus fort qui prévaut.» Figée devant l'un des panneaux explicatifs du nouvel aménagement, Imola Jakob reste sceptique: «Je ne comprends pas ce plan. De toute façon, les choses changent tous les jours ici. L'arrêt du tram 13 a déjà été déplacé deux fois.» A quelques mètres, c'est la grogne des chauffeurs de taxi qui monte: «Rien n'a été prévu pour les piétons, ils sont bien mal renseignés, les pauvres. Alors nous essayons de rouler plus lentement.»

Trémie déplacée

Si les travaux ne sont pas encore terminés, les piétons ne doivent pas espérer voir réapparaître des passages cloutés. Comme l'explique Alexandre Prina, ingénieur en transports au Service municipal de l'aménagement, «le but était d'éliminer les passages piétons, au profit d'espaces de rencontre que tout le monde doit apprendre à utiliser. Mais il est vrai que l'Etat devrait mener une action de sensibilisation auprès des taxis et des bus», ajoute-t-il. Son collègue, Dominique Matthey, tient à souligner qu'il n'y a «pas encore eu d'accident».

A long terme, les Genevois peuvent néanmoins s'attendre à voir une amélioration: la trémie de sortie du parking de Cornavin devrait être déplacée du centre de la place, où elle se trouve actuellement, au boulevard James-Fazy, hors de la zone piétonne. Un crédit de 2,5 millions de francs a déjà été voté par la Ville. Reste à obtenir l'aval de la Société anonyme du parking de Cornavin: son président, Gilbert Xavier Martinet, attend les conclusions d'une étude menée par la Ville pour évaluer les contraintes qu'un tel chantier occasionnerait avant de rendre son verdict.