«Le Temps» recueilleles impressions de nouveaux élus durant leur première session parlementaire Mauro Poggia 52 ansMCG/Genève Bien que tiré à quatre épingles, il est le SDF du parlement. Seul membre du Mouvement Citoyens genevois, il ne fait partie d’aucun groupe parlementaire et ne peut donc siéger au sein d’aucune commission. Mauro Poggia a aussi hérité d’une drôle de place, la No 6, en face de la plupart des élus, avec un seul voisin. «Je suis un peu isolé, en effet, mais je n’ai pas du tout l’impression d’avoir hérité d’une place «maudite». Je suis à côté du deuxième vice-président du National et quand les conseillers fédéraux sont venus s’asseoir devant moi pour la cérémonie d’ouverture de la nouvelle législature, ils m’ont serré la main. J’ai aussi une belle vue sur l’ensemble de mes collègues», raconte-t-il, tout sourire.

Seul, oui. Un peu anxieux – «Je serai plus observé que n’importe quel élu» – aussi, avoue-t-il. Et ému. «J’ai eu une pensée pour mes parents, arrivés en Suisse en 1951. Fils d’ouvrier, j’ai fait un bout de chemin. C’est d’ailleurs aussi un 5 décembre que j’ai pour la première fois fait usage de mon brevet d’avocat. C’était en 1983». Le communiqué du MCG qui claironnait sa victoire de meilleur élu genevois annonçait envoyer un «empêcheur de tourner en rond» à Berne. Mauro Poggia rappelle que son mouvement n’est «ni de droite ni de gauche» et préfère dire qu’il compte intervenir sur des sujets «rassembleurs, pas trop marqués politiquement». Comme la question du surendettement. «Je me vois plus dans le rôle de mouche du coche, de franc-tireur au sein d’une armée régulière.»

Sans mentor ou poisson pilote capable de lui expliquer les subtilités du fonctionnement parlementaire, il observe, prend ses marques. Et déposera ce mardi déjà sa première intervention, pour l’heure des questions de lundi. Sur le nouveau financement hospitalier. «Le fait de ne siéger au sein d’aucune commission me pousse à m’affirmer davantage, peut-être plus vite que d’autres nouveaux élus». Président de l’Association suisse des assurés, celui qui milite au sein du comité d’initiative pour une caisse unique a été un peu déçu par la prestation de serment. «Cela s’est passé tellement vite… Je pensais au moins que ce serait nominatif.» Sa famille n’était pas dans les tribunes pour assister à ce moment. Il s’y est pris trop tard. «On m’a dit qu’il n’y avait plus de place. Ils sont un peu rigides, non?» Il a en revanche pu faire visiter le palais fédéral à sa femme et à son fils de 10 ans le matin même. «Mon fils a même pu s’asseoir à mon pupitre et je l’ai pris en photo. Il était tout content.»