Vaud

La place scientifique de Lausanne se dotera d’un centre sur le cancer

CHUV, Université et EPFL lient leurs chercheurs contre le cancer. Un nouvel édifice servira la mobilisation de la place scientifique lausannoise

Le bâtiment, en fait, sera discret. A Lausanne, il se situera en retrait de la rue du Bugnon, celle qui conduit au CHUV et au quartier hospitalier. Mais cette position recluse ne réduit pas les ambitions que le CHUV, l’Université de Lausanne ainsi que la fondation de l’Institut suisse de recherche expérimentale contre le cancer (Isrec) placent dans le futur «Centre suisse du cancer – Lausanne». Nom du pôle que les trois instances comptent créer, avec pour cœur cet édifice qui voisinera avec le bâtiment principal de la Faculté de médecine. L’ouverture est prévue pour 2016. Une déclaration d’intention a été signée mardi par les trois institutions.

D’un paysage encore émietté il y a quatre ans, l’heure est au rassemblement pour les chercheurs lausannois qui traquent des mécanismes du cancer. En 2008, l’Isrec rejoignait l’EPFL, sa fondation restant indépendante afin de financer des projets. L’antenne lausannoise de l’Institut Ludwig, fondée par un riche homme d’affaires américain au début des années 70, a intégré l’Université il y a deux ans. Et le CHUV a créé un département d’oncologie dont les effectifs augmenteront de 10 postes de chercheurs ces prochaines années.

Pour les responsables, l’étape suivante doit passer par le regroupement d’une partie de ces chercheurs dans un lieu quasi emblématique. Au cœur du quartier du Bugnon, les chantiers s’accumulent, entre les rénovations et les constructions prévues. Le Conseil d’Etat proposera bientôt au parlement l’édification d’un nouvel hôpital pédiatrique centralisé, pour quelque 170 millions de francs, qui prendra place sur la station M2 du CHUV. Lundi, l’exécutif demandait 105 millions pour refaire à neuf le bloc opératoire du grand hôpital. Le projet du Centre du cancer ravit le ministre des Finances, Pascal Broulis, puisque, dans ce cas, il n’aura pas un centime à débourser: le devis de 70 millions sera pris en charge par la fondation de l’Isrec, qui dit avoir déjà trouvé la moitié, «notamment par des donations spécifiques pour ce projet», selon son directeur, Jean-Marc Tissot. Hormis les salaires des chercheurs et médecins relevant du CHUV ainsi que de l’Université, l’Etat se contentera de mettre le terrain à disposition.

Baptisée «Agora», pour illustrer la rencontre des chercheurs qu’elle permettra, la future maison du cancer devra traduire, sur le plan matériel, l’élan de la place scientifique lausannoise. En plaçant dans le même espace les ­généticiens penchés sur les plus infimes dérèglements qui déclenchent la maladie, jusqu’aux cliniciens au chevet du patient, en passant par les bio-ingénieurs ou les chimistes. Une telle convergence de forces peut paraître évidente, «mais elle ne l’est pas encore», assure le responsable de l’Isrec à l’EPFL, le Californien Douglas Hanahan: «A l’Université de Californie à San Francisco, d’où je viens, chercheurs et cliniciens sont sur deux campus différents, sans contact entre eux…» La démarche a pourtant déjà ses centres vedettes, en particulier, à Boston, l’alliance de l’Université Harvard et du Massachusetts Institute of Technology. Pour George Coukos, qui dirigera le futur centre, après les difficultés biologiques (l’hétérogénéité du cancer, sa plasticité), la «fragmentation» des compétences fait désormais partie des défis à relever pour les spécialistes. Rassembler les pratiques «donne un formidable coup d’accélérateur à la recherche», renchérit Yves J. Paternot, président de la fondation de l’Isrec. A la tête du CHUV, Pierre-François Leyvraz constate qu’«avec le vieillissement de la population, la recherche sur le cancer est de plus en plus fédératrice pour les cliniciens. Chacun d’entre eux est confronté à cette maladie à un moment ou à un autre.»

Les Lausannois veulent ainsi montrer qu’ils «prennent la décision politique et académique de mettre l’accent sur le cancer», revendique le recteur Dominique Arlettaz. Ils se «positionnent», ajoute le président de l’EPFL, Patrick Aebischer, lequel ajoute que «nous rencontrons déjà aujour­d’hui des limites en matière d’espace» à la disposition des chercheurs. Pour incarner leurs ambitions, le bureau Behnisch Architekten, basé à Stutt­gart, a été retenu au terme du concours. Ce studio avait déjà réalisé un projet proche, de moindre taille, pour l’Université de Heidelberg. Stefan Behnisch décrit un volume de 11 500 m2 tout en laboratoires et espace ouverts, ouvrant la voie aux confrontations des découvertes des 400 spécialistes qui y travailleront. Autant d’espoirs pour la lutte contre la deuxième cause de mortalité de Suisse – et pour la scène scientifique lausannoise.

Rassembler les pratiques «donne un formidable coup d’accélérateur à la recherche»

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