Si elle a permis de renouer le dialogue entre Jurassiens du canton et Jurassiens bernois, l'Assemblée interjurassienne n'a généré aucune évolution chez les «durs» de la Question jurassienne. Le Mouvement autonomiste jurassien ne jure que par la réunification, les antiséparatistes de Force démocratique n'envisagent l'avenir qu'au travers du statu quo.

Ces derniers l'ont confirmé samedi à Tramelan. La septantaine de loyalistes à Berne, parmi lesquels une quinzaine de jeunes du mouvement de lutte du Sanglier, dit «préférer, en connaissance de cause, les acquis du statut particulier du Jura bernois aux promesses de mieux-être du budget Jeanrenaud établi sur de simples évaluations, de surcroît caduques par les temps qui courent».

D'ailleurs, pour le président de Force démocratique, Roland Benoit, «la Question jurassienne n'existe plus. Notre région veut sa place dans le cadre du canton bilingue de Berne. Et rien d'autre». En d'en appeler à la dissolution de l'Assemblée interjurassienne. Une AIJ très décriée, notamment par le conseiller national UDC Jean-Pierre Graber, qui dénonce «sa partialité relative, son exclusivisme substantiel et son irréalisme partiel».

Un double discours?

L'événement du 56e congrès de Force démocratique, c'est le discours du conseiller d'Etat bernois, Philippe Perrenoud. Le ministre socialiste, chaudement applaudi par une assistance à majorité bourgeoise qui s'appliquera à le faire trébucher lors des élections cantonales de mars 2010, a surtout précisé le traitement qui sera fait du rapport que rendra l'AIJ. Premier élément: l'AIJ ne peut que faire des propositions, «elle n'a aucun pouvoir de décision». La décision appartient au Jura bernois. Avec un discours double du ministre: «Personne ne pourra le contraindre à se séparer du canton de Berne s'il n'en exprime pas le souhait», laissant entrevoir un scrutin populaire. Mais Philippe Perrenoud peut imaginer qu'il ne soit pas nécessaire de consulter le peuple, le Conseil du Jura bernois pouvant être considéré «comme l'organe légitimé par la population pour en exprimer sa voix». Et d'affirmer, alors, «qu'il n'y a aucune raison, ni pour les autorités cantonales, ni pour la région, de craindre l'issue des travaux de l'Assemblée interjurassienne». Sous-entendu: même si l'AIJ devait recommander la piste du nouveau canton des Juras à six communes, la majorité du Conseil du Jura bernois reste acquise au statu quo. Dernière déclaration de Philippe Perrenoud: si le Conseil du Jura bernois devait déclarer «qu'il ne veut pas d'un changement de frontière cantonale, plus aucune personne et plus aucun mouvement ne seront légitimés à revendiquer un tel changement».