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Le conseiller d'Etat Pascal Broulis attend les résultats de son contrôle fiscal.
© Valentin Flauraud/KEYSTONE

Vaud

Les plaies ouvertes de l’affaire Broulis

La polémique entourant le grand argentier marque une rupture brutale dans le mode de fonctionnement du Conseil d’Etat. Le gouvernement vit dans l’attente des conclusions de l’expertise fiscale, qui pourraient le faire replonger dans la crise

Le Conseil d’Etat vaudois vit sa «drôle de guerre». Cette étrange période d’accalmie apparente s’intercale entre la violente crise interne provoquée en février par l’éclatement de l’affaire Broulis et l’annonce, attendue d’ici à fin mai, des conclusions des expertises sur la situation fiscale du chef du Département des finances. «Tout le monde fait comme si de rien, mais en étant conscient que rien n’est terminé, que quelque chose de grave est en suspens», relève-t-on dans l’entourage du gouvernement. La publication du rapport des différents experts est vue comme une épée de Damoclès, pouvant replonger l’exécutif dans une nouvelle crise.

Crise gouvernementale

Il est difficile aujourd’hui d’anticiper le résultat du contrôle fiscal du grand argentier vaudois. Mais il est certain que ce qui a commencé comme une simple affaire personnelle, devenue une crise gouvernementale, marque un tournant dans la vie publique du canton. Elle semble condamner le fameux «compromis dynamique», cette entente des membres du collège qui, même si elle a été quelque peu idéalisée, reste l’une des clés de la réussite vaudoise de ces quinze dernières années.

Relire notre éditorial: Les errances de Pascal Broulis

Les plaies peinent en effet à se refermer. Les semaines qui ont suivi les révélations sur la situation fiscale ambiguë de Pascal Broulis ont été éprouvantes. La déflagration a pris tout le monde de court. Le refus initial de l’élu PLR de lever le secret fiscal, puis la découverte de l’ampleur de ses déductions ont rapidement enflammé les discussions. Les séances de l’exécutif ont été d’une brutalité inouïe. «Un cataclysme», murmure-t-on dans les couloirs de l’Etat. Dans les cordes, prisonnier d’une communication calamiteuse, Pascal Broulis s’est vu contraint par ses collègues à une humiliante mise à nu. A reculons, le magistrat a fini par accepter de se soumettre à un contrôle fiscal.

Confiance rompue

Ce sont surtout des fuites dans la presse sur le déroulement de ces réunions qui vont laisser des traces. Un article du Tages-Anzeiger évoquant les larmes versées par Pascal Broulis devant ses collègues est vécu comme une douloureuse trahison. «Le rapport de confiance entre les membres du collège a été rompu», constate-t-on encore.

Cette méfiance a modifié les rapports de travail au sein du collège, où la loyauté, malgré les divergences politiques, était de mise. Le climat de suspicion est tel qu’il est suggéré aux journalistes de ne plus communiquer par SMS avec les conseillers d’Etat.

Chant du cygne

Les secousses de l’affaire ont surtout modifié en profondeur l’équilibre des forces du Conseil d’Etat. Le «compromis dynamique» était en effet incarné par la paire formée par Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard, deux hommes forts, l’un à droite, l’autre à gauche, tenant leur troupe, verrouillant le Grand Conseil. Le raz-de-marée populaire en faveur de la RIE III vaudoise, acceptée en mars 2016 à 87,12%, demeurera comme leur chef-d’œuvre de tactique politique, mais peut-être aussi leur chant du cygne. Le duo n’aura plus jamais la même emprise. L’autorité morale du grand argentier est aujourd’hui entamée.

De son côté, en début de législature, le socialiste Pierre-Yves Maillard a accepté de transmettre la présidence du gouvernement à sa collègue de parti Nuria Gorrite, une passation de pouvoir bien plus que symbolique. La crise Broulis restera comme l’épreuve du feu de celle-ci. «Sa gestion de la polémique, où elle a su se montrer intransigeante à l’interne avec Pascal Broulis, mais aussi loyale vis-à-vis de l’extérieur, l’a véritablement imposée comme la primus inter pares», glisse un député du Grand Conseil.

Comme une odeur de fin de règne

Au final, la crise Broulis se révèle être un catalyseur. «Elle agit comme la maïeutique de Socrate qui permet d’accoucher d’une nouvelle situation, illustre un haut fonctionnaire du canton. Cette crise accélère un changement qui allait survenir.» Il flotte en effet sur cette législature une odeur de fin de règne. Outre Jacqueline de Quattro, qui a rapidement annoncé sa volonté d’être candidate aux élections fédérales de 2019, plusieurs conseillers d’Etat ont peut-être entamé leur dernier mandat, Pierre-Yves Maillard et Pascal Broulis, voire Béatrice Métraux et Philippe Leuba. Seules Nuria Gorrite et la dernière élue, Cesla Amarelle, seraient certaines de se représenter.

Des rumeurs insistantes concernant le départ de l’un ou l’autre en cours de route ont ajouté une certaine fébrilité. En particulier à droite, où l’on n’a pas digéré les dernières élections. «Le compromis dynamique a surtout servi à consolider le statu quo et, donc, le maintien de la majorité gouvernementale de gauche», peste un PLR. Un parti qui n’a pas su gérer son renouvellement, avec ses trois conseillers d’Etat qui se sont représentés en 2017, frustrant une relève qui piaffait aux portes du Château cantonal.

Lire aussi: Pascal Broulis lèvera le voile sur trois années fiscales

Derrière le soutien à leur conseiller d’Etat affiché publiquement, les PLR sont nombreux à manifester leur courroux en aparté. Il y a même eu quelques explications musclées à l’interne. Tout le monde attend le résultat du contrôle fiscal. Et suivant les conclusions, la pression sur Pascal Broulis pourrait monter d’un cran.

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