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Plainte pénale contre Bulat Chagaev

Le président de Neuchâtel Xamax est soupçonné de faux dans les titres. Il a produit une attestation bancaire douteuse

Après la justice civile, la justice pénale. Réagissant à de nouvelles révélations sur l’authenticité douteuse d’un document attestant la fortune de Bulat Chagaev, l’avocat genevois Vincent Solari – mandaté par le créancier de Xamax Ralph Isenegger – annonce qu’il va porter l’affaire devant la justice pénale.

«Nous allons déposer ce lundi une plainte contre Monsieur Chagaev pour faux dans les titres et tentative d’escroquerie au procès civil, révèle Me Vincent Solari au Temps. Nous avons également fait nos recherches, et suffisamment d’éléments montrent que l’attestation est fausse.»

Ce document est une attestation d’évidence de fonds, à l’en-tête de la Bank of America. Or, soutiennent la TSR et Le Matin Dimanche, cette attestation est pour le moins douteuse. La date de l’envoi, d’abord, est formulée à l’européenne – «14/09/11» – alors que l’usage américain est d’indiquer le mois avant le jour. L’identité du signataire, ensuite: selon Le Matin Dimanche, une seule employée de la Bank of America porte ce nom. Mais elle travaille en Caroline du Nord, très loin de l’adresse new-yorkaise indiquée sur le document. Contacté par Le Temps, le service de presse de la banque avait même affirmé ne trouver personne de ce nom dans son annuaire interne. Qui plus est, selon la presse, la banque a déménagé depuis des mois de son adresse new-yorkaise, où elle «n’avait pas de contact avec la clientèle».

En outre, sur le document, l’anglais est approximatif, n’a rien à voir avec le langage commercial d’usage et le tampon est inconnu des employés interrogés. Enfin, l’attestation affirme que les 35 millions de dollars dont dispose Bulat Chagaev sont «suffisants pour financer son club de football Xamax pour la saison». Difficile de croire qu’une banque s’engage à ce point. Bank of America a donc décidé d’ouvrir une enquête.

Les experts interrogés doutent de l’authenticité du document. «Je peux vous assurer qu’il est impossible que cette attestation soit issue d’une banque américaine, affirme un agent d’affaires au Matin Dimanche. Je n’aimerais pas être à la place de l’avocat qui a produit ce document.» L’avocat de Neuchâtel Xamax, Me François Canonica, prévient ainsi dans le journal dominical que, si le document s’avérait être un faux, il résilierait son mandat avec le club. Contacté dimanche, il s’en tient à cette déclaration.

Problème: l’attestation a été produite par le club dans le cadre de la procédure de mise en faillite. S’il devait s’agir d’un faux, le juge Bastien Sandoz reviendrait-il sur son rejet de la requête de mise en faillite? Le magistrat n’a pas tenu à répondre à cette question. Mais, selon les juristes, sa décision pourrait devenir caduque si elle était fondée, même en partie, sur un faux document.

La direction du club n’était pas joignable dimanche. Un communiqué publié sur son site internet dénonce cependant une «fratrie» entre Le Matin et la TSR et «espère que cette famille n’a pas d’intérêts cachés qui la poussent à nuire au club et à son entourage».

Cette nouvelle affaire risque de faire replonger le club dans l’incertitude: «Nous allons constater que Monsieur Chagaev n’a pas les moyens de ses ambitions, conclut Vincent Solari. Et, si le club se retrouve en situation d’insolvabilité, la question de la faillite se reposera.»

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